Course à la direction du Parti libéral de l'Ontario

Kathleen Wynne devient la première première ministre de l'Ontario

Victoire de Wynne

L'ex-ministre des Affaires municipales Kathleen Wynne est devenue, samedi soir, la prochaine première ministre de l'Ontario, la première femme à occuper ce poste dans l'histoire de la province.

Elle a battu l'ancienne ministre du Développement économique, Sandra Pupatello, au troisième tour de scrutin du congrès à la direction du Parti libéral de l'Ontario, après que cette dernière eut remporté les deux premiers tours.

Résultats du 3e tour :

Kathleen Wynne : 57 % des voix; Sandra Pupatello : 42 % des voix

C'est dans un ancien amphithéâtre de Toronto où ont défilé notamment Elvis et les Beatles que les libéraux ontariens ont choisi leur nouveau chef et, par conséquent, le successeur du premier ministre démissionnaire Dalton McGuinty.

Les libéraux, à la tête d'un gouvernement minoritaire et en troisième place dans les sondages, ont bien besoin d'une vedette pour espérer remporter un quatrième mandat.

Entrevue : Kathleen Wynne répond aux questions de Christian Noël

Mme Wynne a appelé ses cinq adversaires à monter sur scène avec elle pour son discours de la victoire, mettant l'accent sur la nécessité de « travailler ensemble ». La députée torontoise a aussi invité les Ontariens de toutes les régions à l'appuyer.

« Je vais être le premier ministre de toute la province. » — Kathleen Wynne, candidate victorieuse

Elle a par ailleurs promis de travailler avec les partis d'opposition pour « faire fonctionner le parlement minoritaire ».

Qui est Kathleen Wynne?

  • Âgée de 59 ans, née à Richmond Hill
  • Mère de trois enfants et ouvertement lesbienne
  • Députée de la circonscription torontoise de Don-Valley-Ouest depuis 2003
  • Ancienne ministre des Affaires municipales et du Logement, des Transports et de l'Éducation
  • Ex-conseillère scolaire
  • Diplômée en médiation de l'Université Harvard

Six premières ministres au Canada

En plus de l'Ontario, quatre autres provinces et un territoire sont dirigés par des femmes, soit le Québec (Pauline Marois), la Colombie-Britannique (Christy Clark), l'Alberta (Alison Redford), Terre-Neuve-et-Labrador (Kathy Dunderdale) et le Nunavut (Eva Aariak).

Pour la première fois de son histoire, l'Ontario aura une femme comme premier ministre. Par ailleurs, Kathleen Wynne, ouvertement lesbienne, devient la première homosexuelle à occuper un poste de premier ministre au pays. Elle a abordé la question de son orientation sexuelle directement, affirmant que les Ontariens étaient prêts à élire une lesbienne.

Qui pouvait voter?

Les 40 000 membres du Parti libéral de l'Ontario avaient élu plus tôt ce mois-ci plus de 1800 délégués pour le congrès de ce week-end. En plus de ces délégués, près de 450 députés libéraux (anciens et actuels) et organisateurs du PLO avaient le droit de vote.

Comment fonctionnait le vote?

Les délégués s'étaient engagés à voter pour un candidat en particulier au premier tour. Mais ils étaient libres de voter pour le candidat de leur choix aux tours subséquents. À chaque tour, le candidat qui avait reçu le moins de votes était éliminé, jusqu'à ce que l'un d'entre eux remporte une majorité des voix plus un. Lors du dernier congrès à la direction des libéraux en 1996, Dalton McGuinty était revenu de l'arrière pour triompher au 5e tour à 4 h 30 du matin.

Des élections?

Kathleen Wynne a promis devant les délégués de faire tout en son pouvoir pour travailler avec les partis d'opposition afin d'éviter le déclenchement d'élections, moins d'un an et demi après les dernières.

Le politologue Alexandre Brassard Desjardins du Collège universitaire Glendon de Toronto pense que c'est une sage décision, parce que les libéraux, selon lui, doivent faire oublier les scandales et recoller les pots cassés avec les syndicats avant de se représenter devant les électeurs.

Le conflit avec les enseignants, qui ont vu leur salaire être gelé au nom de la lutte contre le déficit, plane toujours, alors que les travaux de l'Assemblée législative sont suspendus depuis trois mois. Des milliers d'enseignants ont manifesté à nouveau samedi à l'extérieur de l'ancien Maple Leaf Gardens, pendant que les libéraux élisaient leur nouveau chef.

Des enseignants manifestent Des enseignants manifestent à l'extérieur du congrès des libéraux contre l'imposition de contrats de travail.  Photo :  Alex Boissonneault

Par ailleurs, l'Ontario a le déficit le plus important de toutes les provinces. Les candidats à la direction du Parti libéral ont été vagues durant la campagne sur la façon de faire disparaître ce trou budgétaire de plus de 11 milliards de dollars.

Selon le professeur Brassard Desjardins, Mme Wynne, « connue pour ses talents de médiatrice » est plus apte à aider les libéraux, minoritaires, à rester au pouvoir le plus longtemps possible. Il croit même qu'il n'est « pas impossible » qu'elle puisse mener les libéraux à un quatrième mandat consécutif, malgré ce qu'en disent les sondages.

« Elle gagne à être connue. » — Alexandre Brassard Desjardins, politologue au Collège Glendon

Le professeur Brassard Desjardins ne pense pas que le fait que Mme Wynne soit une lesbienne minera les chances des libéraux de se faire réélire, même dans les régions rurales. Il croit, toutefois, que la députée torontoise et diplômée d'Havard gagnerait à garder à ses côtés Sandra Pupatello, qui vient de Windsor, pour projeter l'image d'un parti qui dépasse les frontières de la ville centre de Toronto.

Mme Wynne a promis de rappeler les députés à l'Assemblée législative dès le 19 février. Elle a répété durant la campagne à la direction du PLO qu'elle avait déjà un siège de députée et qu'elle mettrait fin rapidement à l'impopulaire prorogation, contrairement à Sandra Pupatello, qui a quitté la politique en 2011 pour emploi avec la firme PricewaterhourseCoopers, et qui voulait se faire élire lors d'une élection partielle avant toute nouvelle session législative.

Le prochain chef libéral devrait présenter un discours du Trône suivi d'un budget au printemps.

La chef du NPD, Andrea Horwath, a félicité Mme Wynne, tout en la pressant de « rappeler les députés en chambre sans délai pour qu'ils puissent, peu importe leur allégeance politique, faire le travail pour lequel les Ontariens nous ont élus ».

Mme Wynne, une ancienne ministre de l'Éducation, a promis d'essayer de rebâtir les ponts avec les enseignants, mais sans s'engager à annuler les conventions collectives imposées par son gouvernement aux professeurs des écoles publiques anglaises.

La Fédération des enseignants de l'élémentaire a demandé à la rencontrer dès que possible.

Longue pente à remonter :

Un nouveau sondage de la firme Forum Research place les libéraux en troisième place dans les intentions de vote des Ontariens, peu importe qui devient le nouveau chef libéral. Les favorites dans la course à la succession du premier ministre Dalton McGuinty, Sandra Pupatello et Kathleen Wynne, recueillent seulement le quart des appuis, derrière le NPD et les conservateurs. Le candidat Gerard Kennedy obtiendrait 30 % des votes, mais se classerait tout de même derrière les néo-démocrates et le PC, si une élection avait lieu aujourd'hui. Le sondage a été mené mercredi et jeudi dernier auprès de 1108 répondants.

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