Gentilly-2 : mésentente entourant le fonds de diversification

le pdg d'Hydro-Québec confirme que les libéraux connaissaient les coûts de la réfection de Gentilly-2

Une guerre de clocher se dessine pour mettre la main sur les millions de dollars alloués par Québec pour compenser la fermeture de la centrale Gentilly-2, de Bécancour.

Le fonds de diversification économique de 200 millions de dollars doit ratisser plus large que les seuls environs de Trois-Rivières et s'étendre à tout le Centre-du-Québec, a fait valoir la présidente de la Conférence régionale des élus du Centre-du-Québec (CRE), Francine Ruest Jutras, mercredi, en commission parlementaire.

Même si trois travailleurs de Gentilly-2 sur quatre ont élu domicile à Trois-Rivières, la centrale est située à Bécancour dans le Centre-du-Québec et sa fermeture va affecter le portrait économique de toute la rive sud du fleuve Saint-Laurent, a expliqué la mairesse de Drummondville.

« On pense que c'est tout à fait normal que la compensation, par rapport aux emplois perdus, se fasse sur le territoire où se trouvaient les emplois : donc, prioritairement dans la région de Bécancour, qui est la première touchée, mais également dans toute la région du Centre-du-Québec », a-t-elle soutenu.

Mme Ruest Jutras estime que le mode proposé de répartition du fonds, soit 75 % de la cagnotte pour les secteurs de Trois-Rivières et Bécancour, « pénalise » le Centre-du-Québec parce que les retombées risquent d'échapper à la région.

« Vous avez 800 emplois dans une région et vous dites : "Ce n'est pas grave pour cette région, on va compenser la région voisine parce que le taux de navettage fait en sorte que les gens viennent chercher leur chèque de paie à un endroit mais demeurent ailleurs". Ces emplois-là sont au Centre-du-Québec. Quand on va regarder les statistiques d'emploi, le perdant va être le Centre-du-Québec », a-t-elle lancé.

Position de la FTQ

Plus tôt en matinée, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) - qui représente les employés d'Hydro-Québec - a tenu un tout autre discours.

Le président de la centrale, Michel Arsenault, a dit craindre le « saupoudrage » du fonds sur un territoire trop grand.

Le président de la FTQ, Michel Arsenault Le président de la FTQ, Michel Arsenault

« Il ne faut pas que les argents [sic] disponibles pour relancer l'emploi dans la région soient comme le Fonds LaPrade [créé par le gouvernement fédéral] que l'on a saupoudré un peu partout pour faire plaisir aux maires des différents villages et des différentes villes », a-t-il relaté.

Dans son mémoire présenté aux membres de la commission, la FTQ souligne de plus qu'elle « doute de la pertinence des projets visant des territoires plus éloignés, couvrant par exemple les villes de Drummondville et de Victoriaville ».

À l'exception de la périphérie de Bécancour, la région du Centre-du-Québec connaît déjà une situation économique prospère et n'a pas besoin d'un soutien supplémentaire à la diversification, a argué le leader syndical.

Pour la FTQ, l'effort de diversification devrait être restreint aux environs de Trois-Rivières et de Bécancour.

Et pour assurer la vitalité économique de la région, la centrale syndicale y est allée de sa proposition : le développement d'un monorail électrique, d'abord entre Montréal et Québec, puis entre les diverses régions.

Une coopérative, Trens Québec, a été créée et sollicite des appuis aux municipalités pour demander un prêt au gouvernement. Ce projet d'envergure, selon M. Arsenault, pourrait être réalisé dans le secteur Bécancour-Trois-Rivières, une localisation stratégique entre Montréal et Québec.

Mais le dernier mot en cette matière appartient à la Table de diversification économique, composée d'une dizaine de leaders régionaux, qui soumettra ses recommandations à la fin du mois de mars sur les orientations à donner au fonds de 200 millions de dollars.

Laissée sur les lignes de côté, la FTQ critique l'absence, autour de cette table, des milieux syndicaux, sociaux et communautaires.

« Nous aurions espéré que le nouveau gouvernement, qui a tant décrié l'exclusion des groupes de la société civile sous le régime libéral de la dernière décennie, saisisse une occasion telle que la création de la Table de diversification économique pour mettre fin à cette pratique », ont soulevé les représentants de la FTQ dans leur mémoire.

Centrale Gentilly-2 Centrale Gentilly-2 (archives)

Les verts veulent démanteler plus rapidement

En après-midi, la vaste nébuleuse de groupes environnementaux « Sortons le Québec du nucléaire » est venue plaider en faveur d'un démantèlement rapide du complexe Gentilly, sur une période de 20 ans plutôt que 50, comme le prévoit Hydro-Québec.

« Le chantier d'une génération », a déclaré le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, évoquant les avantages, pour l'activité économique de la région, d'accélérer les processus de déclassement et de démantèlement des installations nucléaires.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a dit trouver la suggestion intéressante mais a ajouté un bémol : il faudra bien se débarrasser des déchets nucléaires et le Canada ne dispose toujours pas d'un site à cette fin.

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