Fusions municipales, 10 ans après
Il y a dix ans, les villes de Shawinigan et de Trois-Rivières changeaient de visage. Comme plusieurs autres grandes villes du Québec, dont Montréal, elles se lançaient dans l'aventure des fusions municipales.
À l'époque, le gouvernement de Lucien Bouchard promettait alors que les citoyens en sortiraient gagnants en payant moins de taxes et en obtenant plus de services.
Le Trois-Rivières d'aujourd'hui est le résultat de la fusion de six villes. À l'époque, on comptait 54 conseillers, six directeurs généraux et six visions différentes du développement.
« Oui, il y avait, dans le passé un discours anti-fusion. Même le boulevard des Récollets pouvait ressembler au mur de Berlin. Les villes se chicanaient continuellement et ça n'avait pas de sens »' se rappelle le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.
« Les gens ne voulaient pas fusionner avec Trois-Rivières. Avec Saint-Louis-de-France et Sainte-Marthe, nous étions intéressés, mais surtout pas avec Trois-Rivières. Il y avait vraiment la rivière Saint-Maurice qui venait faire toute une différence entre les deux côtés », se souvient l'ex-maire de Cap-de-la-Madeleine, Alain Croteau.
Quand la ministre des Affaires municipales au gouvernement du Québec, Louise Harel, a lancé l'idée des fusions municipales, elle promettait aux citoyens que les regroupements donneraient des économies d'échelle. Dix ans plus tard, selon plusieurs intervenants, les fusions n'ont pas donné les économies promises.
En 2001, le budget des six villes avant la fusion s'élevait à 127 millions de dollars. Dix ans plus tard, le budget de la ville de Trois-Rivières se chiffre à 212 millions de dollars ce qui représente une augmentation de 67 %. Cette hausse s'explique, entre autres, par le laisser-aller des anciennes municipalités dans l'entretien de leurs infrastructures.
« L'une des raisons principales pourquoi le gouvernement voulait fusionner les agglomérations était que le gouvernement voulait refiler plus de responsabilités aux municipalités et ne voyait pas comment certaines villes, avec des populations de 6000 ou de 35 000 personnes, pourraient à long terme assumer ces responsabilité- là », croit, pour sa part, Alain Croteau.
Avant 2002, il y avait trois services municipaux de police en plus de la Sûreté du Québec et six systèmes différents de sécurité incendie. Après la fusion, Trois-Rivières a été forcé d'investir dans la création d'un service de sécurité incendie unique, entre autres.
Shawinigan aussi a fusionné en 2002 avec six autres villes qui avaient toutes leurs façons de faire. « J'étais contente parce que quand on regardait l'avenir, lorsqu'on regardait ce que le gouvernement se préparait à nous transférer, la Ville de Shawinigan aurait eu des problèmes », croit l'ex-mairesse de Shawinigan, Lise Landry.
À Shawinigan aussi, les dépenses ont augmenté. En 2001, le budget des sept anciennes municipalités s'élevait à 55 millions de dollars alors qu'aujourd'hui, le budget municipal est passé à 70 millions de dollars ce qui représente une augmentation de 27 %.
« Lorsque ç'a été regardé au ministère des Affaires municipales, ils se sont dit qu'il y avait des fonctionnaires dans chacune des municipalités et qu'en nous regroupant, il y en aurait moins, mais ça n'a pas été le cas », soutient Mme Landry.
« Le regroupement donnait justement un pouvoir économique supérieur pour permettre à des villes de se développer et d'éviter beaucoup plus les confrontations et les chicanes et les municipalités », croit le maire actuel de Shawinigan, Michel Anger.
Shawinigan est l'endroit au Québec où les dépenses ont le moins augmenté. « On est loin d'être premier de classe bien au contraire. Il y a des travaux d'infrastructure qui ont été repoussés pour justement éviter les comptes de taxes et éviter que la pression soit forte » se justifie M. Anger.
Les fusions municipales de Shawinigan et Trois-Rivières auront surtout permis de réduire le nombre d'élus. Plutôt que d'avoir 13 maires, on en compte désormais que deux.