Le dépistage des donneurs de sang pourrait échapper au contrôle des infirmières

Un donneur de sang

Le gouvernement fédéral envisage la possibilité de ne pas réserver exclusivement aux infirmières l'étape du dépistage des donneurs de sang. Du personnel non médical formé pourrait aussi se voir confier la tâche.

Santé Canada a discrètement approuvé la nouvelle façon de faire proposée par la Société canadienne du sang, le 6 novembre dernier, après des essais à Winnipeg et à Calgary.

Depuis 2009, le personnel responsable du dépistage d'un point de collecte de sang de Winnipeg n'a besoin que d'une formation de deux semaines en établissement. Selon une gestionnaire de la clinique, Debbie Rempel, tout va bien jusqu'ici et l'expérience est prête à être étendue au niveau national.

« Ce que nous avons démontré, avec le projet-pilote, c'est que la sécurité lors de la collecte de sang n'était pas compromise, que nous utilisions du personnel formé ou des infirmières », fait valoir Mme Rempel. « Le processus était invisible pour les donneurs durant l'essai. Nous n'avons pas changé la façon dont nous dépistons un donneur, seulement la personne qui le fait », ajoute-t-elle.

Mme Rempel argumente que peu importe s'il s'agit d'une infirmière ou d'un employé qui n'est pas membre d'un ordre professionnel, les deux suivent la même formation en établissement.

La santé en « chaîne de montage »

La présidente et chef de la direction par intérim de l'Association des infirmières de l'Ontario, Vicki McKenna, n'est pas convaincue. Elle rétorque que le système usuel ne fait pas défaut et se demande pourquoi il faudrait le changer.

Les infirmières ont plus d'expérience et peuvent mieux voir l'ensemble d'une situation quand elles évaluent les antécédents médicaux d'un donneur, clame Mme McKenna. Pour elle, le changement que caresse Ottawa équivaut à des « soins de santé en chaîne de montage ».

L'avocat Douglas Elliott est aussi inquiet. Il a travaillé sur des cas de patients infectés durant le scandale du sang contaminé, dans les années 1980, quand un mauvais dépistage avait mené à l'infection à l'hépatite C et au VIH de milliers de Canadiens. Me Elliott estime que cela pourrait arriver à nouveau. « Je ne vois pas comment remplacer des infirmières améliore la sécurité. Cela peut réduire les coûts, mais réduire des coûts uniquement n'est pas une raison suffisante, à mon avis », opine-t-il.

La Société et la ministre de la Santé du Canada, Leona Aglukkaq, ont confirmé qu'une étude avait été menée auprès de plus de 20 000 donneurs. Dans un communiqué, la Société dit que le dépistage de donneurs par des personnes autres que des infirmières autorisées n'a jamais compromis la sécurité des dons de sang.

La ministre Aglukkaq a assuré vendredi à Iqaluit qu'au regard de cette analyse, les Canadiens ne devraient pas s'inquiéter et que le Canada a un système sécuritaire d'approvisionnement en sang. Elle a aussi fait valoir que la nouvelle façon de faire libèrera des infirmières pour leur permettre d'être affectées ailleurs.

Nii l'agence, ni le fédéral n'ont divulgué les résultats de leur analyse. Les changements d'affectation pourraient être déployés au cours des prochains mois.

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