Se renseigner sur l'avortement, pas si facile auprès des hôpitaux canadiens

Le reportage de Karine Morin

Des indications adéquates, mais parfois aussi de l'information inexacte et des réceptionnistes qui leur raccrochent au nez; tel semble être les possibilités auxquelles peuvent s'attendre les femmes qui appellent des hôpitaux canadiens pour se faire avorter, suggère une enquête de Radio-Canada.

Radio-Canada a appelé 42 hôpitaux dans six provinces canadiennes qui n'offrent pas l'avortement. Une journaliste s'est fait passer pour une femme désirant savoir si ces hôpitaux offraient la procédure, puis a noté les hôpitaux qui réfèrent au bon endroit ou à la ligne infosanté, ainsi que ceux qui ne donnent aucun renseignement, ou encore, des informations erronées.

Au total, environ un hôpital sur quatre n'a pas été en mesure de donner l'information juste.

Par exemple, la journaliste s'est fait répondre qu'il faut la prescription d'un médecin dans des provinces où ce n'est pas le cas. La réceptionniste de l'hôpital Concordia de Winnipeg lui a même raccroché la ligne au nez, après lui avoir simplement dit qu'elle devait s'adresser à un autre hôpital.

Dans la capitale manitobaine, la clinique d'avortement est située dans un endroit discret du centre-ville, témoignant du tabou entourant l'interruption volontaire de grossesse. Dans ce contexte, se renseigner n'est pas toujours une démarche facile, témoigne la psychothérapeute Candace Neufeld, de la Women's Health Clinic. Celle qui travaille avec les femmes qui décident de se faire avorter affirme qu'il n'est pas rare d'entendre des patientes parler de mauvaises expériences en voulant obtenir de l'information dans le réseau de la santé.

Tableau des réponses données à la journaliste Karine Morin de Radio-Canada, lorsqu'elle s'est renseignée sur l'accès à l'avortement auprès de 42 hôpitaux canadiens, en janvier 2013. Tableau des réponses données à la journaliste Karine Morin de Radio-Canada, lorsqu'elle s'est renseignée sur l'accès à l'avortement auprès de 42 hôpitaux canadiens.

Le gouvernement du Manitoba réagit

La sous-ministre adjointe de la Santé du Manitoba, Jean Cox, qualifie la situation d'inacceptable. Si le réceptionniste ne connaît pas les cliniques d'avortement, il devrait toujours référer à infosanté, assure-t-elle.

La façade de l'édifice de l'Office régional de la santé de Winnipeg, au 650 rue Main, filmée en janvier 2013. L'Office régional de la santé de Winnipeg.

Toutefois, la plupart des provinces n'ont pas de directive claire. La responsabilité incombe donc aux hôpitaux et aux autorités régionales en matière de santé. Chez l'organisation qui chapeaute les hôpitaux de Winnipeg, on ne croit pas que les réceptionnistes qui donnent de mauvais renseignements agissent de mauvaise foi. « Nous sommes désolés que ce soit arrivé comme ça, mais c'est une question d'oubli. Ce n'est pas une question de blâme », fait valoir la porte-parole de l'Office régional de la santé de Winnipeg, Bronwyn Penner-Holigroski.

Dans la foulée du reportage de Radio-Canada, la province du Manitoba a décidé d'envoyer une note à tous ses hôpitaux pour qu'ils répondent correctement aux demandes d'information sur l'avortement.

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