Phoenix Sinclair : route tortueuse d'une enquête publique

L’ex-DG des services sociaux manitobains parle d’agences déficitaires et affaiblies

L'ex-directrice générale des Services à l'enfant et à la famille du Manitoba, Linda Trigg, témoigne à l'enquête publique sur la mort de Phoenix Sinclair, le 28 janvier 2013 à l'hôtel Fort Garry à Winnipeg.

Une période chaotique précédant le transfert des responsabilités au sein des services sociaux a créé des trous et affaibli une structure censée protéger des enfants à risque comme la petite Phoenix Sinclair, a-t-on entendu lundi durant l'enquête publique sur la mort de cette dernière en 2005.

La commission d'enquête sur la mort de Phoenix Sinclair, une fillette morte à l'âge de cinq ans après avoir passé la majeure partie de sa courte vie en foyer d'accueil, a repris ses audiences pour une courte semaine de deux jours. La directrice générale des Services à l'enfant et à la famille du Manitoba (CFS) de 2001 à 2004, Linda Trigg, a repris son interrogatoire entamé la semaine précédente.

Mme Trigg a évoqué les nombreux problèmes qui minaient le système à l'époque et a directement fait référence au cas de la fillette morte en 2005, lorsqu'il lui a été demandé si les enfants étaient en danger à cause de la charge de travail aux CFS, sous sa gouverne.

Mme Trigg a été à la tête des Services durant la période chaotique qui a précédé le transfert des responsabilités, connue sous le nom de « dévolution ». Les dossiers concernant des enfants autochtones ont alors été confiés à des agences gérées par des Premières Nations.

Cette période a été source de frustration pour nombre d'intervenants venus témoigner précédemment à l'enquête publique. L'une des inquiétudes les plus criantes était la formation, a indiqué la témoin, répétant à plusieurs reprises que cette formation était inadéquate insuffisante.

Phoenix Sinclair Phoenix Sinclair (archives)

Les agences de services sociaux sont devenues des agences gouvernementales durant les années 2000.

Selon l'ex-directrice, elles avaient des difficultés financières et accusaient un déficit durant tout son règne comme directrice générale.

Mme Trigg a également affirmé que le gouvernement fournissait des subventions pour aider la situation déficitaire. Le transfert des responsabilités était sa principale tâche alors qu'elle menait l'agence, mais « le temps et l'argent » l'ont empêché de tout faire, a-t-elle déclaré.

En plus du manque de fonds, l'ex-directrice générale a affirmé qu'il manquait de ressources humaines. Lorsque les gens quittaient leurs postes, ceux-ci demeuraient parfois vacants, a-t-elle relaté.

Mme Trigg reviendra la semaine prochaine devant les membres de la commission du juge Ted Hugues pour poursuivre son contre-interrogatoire.

Un autre cadre évoque les dangers auxquels étaient exposés les enfants

Le témoignage de l'ancienne directrice a été suivi lundi par celui de Rob Wilson, le directeur adjoint du centre d'intervention d'urgence de 2003 à 2008. Selon M. Wilson, bien que la charge de travail de chaque travailleur social a toujours été problématique, il existait des difficultés supplémentaires en 2004 et 2005. Cela était dû, dit-il, à la transition durant laquelle les agences des Premières Nations ont été dissociées des autres agences.

Lui aussi a affirmé que la charge de travail que devait gérer chaque travailleur social mettait les enfants en danger, mais il n'a pas fait référence à un cas particulier, contrairement à Linda Trigg.

Le corps de Phoenix Sinclair a été retrouvé en mars 2006, enterré dans une fosse sans inscription, près du dépotoir de la réserve manitobaine de Fisher River à 150 km au nord de Winnipeg. On apprendra plus tard qu'elle était morte depuis juin 2005, à l'insu des services sociaux.

Sa mère, Samantha Kematch et son beau-père, Karl Wesley Mackay, ont été reconnus coupables de son meurtre prémédité en 2008 et condamnés à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

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