Cancer du sein : le Manitoba ordonne la suspension des activités d'une clinique de thermographie

Le reportage de Gabrielle Sabourin sur la thermographie du sein, suivi de la réaction de Santé Canada

La ministre de la Santé manitobaine, Theresa Oswald, a ordonné à une clinique de thermographie de Winnipeg de cesser ses activités à la suite d'une enquête de Radio-Canada qui soulève des questions sur cette pratique de dépistage du cancer du sein.

La clinique de l'avenue Taché devra cesser ses activités pendant que les autorités mènent leur propre enquête sur la thermographie et les plaintes que la clinique a suscitées.

Theresa Oswald affirme qu'elle prendra contact avec la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, pour lui faire part de ses inquiétudes au sujet de la thermographie, après que les autorités médicales et certaines survivantes du cancer du sein eurent soulevé des questions.

Une enquête de Radio-Canada a révélé mardi que des dizaines de cliniques privées au pays, dont à St-John's, Montréal et Winnipeg, faisaient la promotion de la thermographie comme un outil de dépistage du cancer du sein, ce que rejette la Société canadienne du cancer et les radiologistes canadiens.

Le manque de réglementation entourant la thermographie, soit l'imagerie numérique des variations de chaleur du corps, est aussi dénoncé par la présidente de Chemo Savvy, un groupe de Winnipeg composé de survivantes du cancer qui font du bateau-dragon.

La présidente, Linda Venus, raconte qu'après avoir reçu un diagnostic de cancer, une amie lui a parlé de la thermographie, ce qui a piqué sa curiosité.

Linda Venus, présidente de Chemo Savvy Inc, un groupe de survivantes du cancer du sein de Winnipeg qui font du bateau-dragon, en entrevue en novembre 2012. Quand elle a reçu son diagnostic de cancer du sein, Linda Venus s'est renseignée sur la thermographie, mais n'a pas été convaincue par les arguments des cliniques qui offraient cette technologie.

Toutefois, en quelques clics de souris, Mme Venus n'a pas été convaincue de ce qu'elle a lu sur Internet, notamment que « la thermographie permet de dépister un cancer bien avant la mammographie ».

Cette affirmation est rejetée avec vigueur par la Société canadienne du cancer, qui s'inquiète du faux sentiment de sécurité que procure ce test.

L'écho est le même du côté de l'Association canadienne des radiologistes. Le test y est vu comme « une perte de temps et d'argent » par la présidente du programme d'agrément de mammographie, la Dre Nancy Wadden.

Mme Waden se dit aussi soucieuse du haut taux de faux positifs chez les femmes qui ont recours à la thermographie.

Selon Linda Venus, ces cliniques privées abusent de la vulnérabilité des femmes et devraient être encadrées.

Santé Canada a approuvé l'utilisation de l'appareil de thermographie comme un outil pour calculer la température, mais non comme un outil de dépistage. L'organisme de réglementation fédéral affirme que c'est aux provinces d'encadrer l'utilisation que les cliniques privées en font.

En attendant, ces cliniques continuent de réclamer plus de 200 $ la séance.

D'après un reportage de Gabrielle Sabourin

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