La Couronne réclame une peine de 6 ans de prison pour Graham James

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Graham James, en 1989 Graham James, en 1989  Photo :  PC/Bill Becker

La procureure de la Couronne a demandé, mercredi lors de l'audience de détermination de la peine à Winnipeg, six ans de prison sans possibilité de libération conditionnelle pour Graham James.

La cour a entendu les recommandations sur la peine à imposer à l'ex-entraîneur de hockey coupable d'agressions sexuelles sur des mineurs, ainsi que les témoignages de victimes.

La juge Catherine Carlson a annoncé qu'elle rendrait sa décision quant à la peine de prison à laquelle sera condamné M. James le 20 mars prochain.

La procureure Colleen McDuff a fait valoir que Graham James, qui a plaidé coupable en décembre dernier aux accusations qui pesaient contre lui et ainsi évité un procès, a manifestement une attirance sexuelle pour les jeunes garçons. Elle soutient que les médecins disent « qu'il n'existe pas de remède pour ce genre de déviances sexuelles ».

Selon elle, James admettrait pleinement ses préférences sexuelles pour les jeunes adolescents, malgré son emprisonnement et les traitements reçus alors qu'il était derrière les barreaux.

Elle a demandé à la juge de considérer la durée des crimes commis, ainsi que le nombre de victimes, et a donné pour exemple d'autres jugements dans lesquels il fut évalué que des peines conditionnelles sont rarement appropriées pour les agresseurs d'enfants.

La défense demande une peine de 12 à 18 mois avec sursis

Disant ne pas chercher à minimiser la sévérité des gestes posés par son client, l'avocat de James met plutôt de l'avant les accomplissements de l'ancien entraîneur dans le monde du hockey.

Pour Me Evan Roitenberg, la Cour doit considérer le dévouement de James à son sport. Il a rappelé que James a amélioré le programme pédagogique de la Western Hockey League en participant à l'introduction la mise sur pied d'un programme de bourses. De même, il l'a présenté comme un défenseur d'une interdiction des bagarres et des bizutages.

La défense a tenu à spécifier qu'une peine judiciaire doit concerner les circonstances d'un délit, et ne sert pas à rétablir sa dignité à une victime. Selon elle, il n'y a pas de doute quant à l'existence des gestes posés, mais il en existe quant au nombre d'occurrences. Les victimes Todd Holt et Theoren Fleury ne « gonfleraient » pas sciemment le nombre de fois qu'ils ont été agressés, mais leurs estimations résulteraient peut-être du fait qu'ils ont été victimes, a poursuivi Me Roitenberg.

Contrairement à la Couronne, il estime que James représente un risque modéré ou peu élevé de récidive, à cause des traitements qu'il a suivis et du temps écoulé entre les crimes et aujourd'hui. Le fait qu'il a collaboré avec la justice et a reconnu sa culpabilité devrait jouer en sa faveur, a affirmé l'avocat. D'autre part, James et Holt seraient demeurés amis après les faits a soutenu la défense.

Mais selon la procureure de la Couronne Me McDuff, si la cour avait su qu'il existait d'autres victimes, en 1997, quand James a écopé de trois ans et demi de prison pour des accusations semblables, la peine aurait été différente. L'ex-entraîneur de hockey junior n'avait finalement purgé que 18 mois de prison pour avoir agressé sexuellement plusieurs jeunes joueurs de hockey, dont Sheldon Kennedy, un ex-joueur des Flames de Calgary et des Red Wings de Détroit.republié

James a reconnu en décembre dernier avoir agressé sexuellement l'ex-joueur vedette des Flames de Calgary, Theoren Fleury, et Todd Holt dont l'identité était protégée jusqu'ici par un interdit de publication.

Témoignage de l'ex-joueur des Broncos de Swift Current

Todd Holt, qui a lui-même accepté que soit levé l'interdit de publication sur son identité, a par ailleurs témoigné mercredi à l'audience au sujet des nombreuses agressions qu'il a subies aux mains de son ex-entraîneur.

Dans un témoignage ponctué de pauses et de sanglots, il a déclaré qu'il ne peut décrire avec précision le jeune garçon qu'il était avant que son entraîneur n'entre dans sa vie, parce que ce garçon a cessé d'exister à cet instant.

Todd Holt affirme être passé « d'un garçon plein d'énergie, qui accueillait tout ce que la vie avait à lui offrir » à un « jeune homme brisé et meurtri qui avait tout perdu : [son] innocence, [sa] motivation, [son] âme ». Toutes les relations qu'il a eues dans sa vie ont été affectées par les gestes de Graham James, a ajouté Holt.

« Ce qu'a fait cet homme à moi et à plusieurs autres est la forme la plus cruelle d'abus. J'ignore ce que j'aurais pu devenir, mais voici ce que je sais : je veux la paix, et la justice, et je veux une chance de devenir la personne que j'étais. »

Pour une peine de prison

Theoren Fleury, une vedette retraitée de la Ligue nationale de hockey et lui aussi victime de l'ancien entraîneur trouve qu'il est normal que son bourreau retourne en prison.

L'ex-joueur de la LNH, Theoren Fleury L'ex-joueur de la LNH, Theoren Fleury

Fleury, qui avait fait savoir qu'il ne serait pas présent mercredi, a cependant fait parvenir une déclaration qui a été lue au tribunal.

« Mon seul but dans la vie - et pour le reste de ma vie - est d'appuyer d'autres victimes qui sortent de l'ombre, ou qui ne l'ont pas encore fait et qui ont entrepris le chemin de guérison », a-t-il déclaré plus tôt cette semaine à La Presse canadienne.

Dans une conférence de presse à Vancouver en marge de l'audience de détermination de la peine, Theoren Fleury a toutefois indiqué avoir surmonté les agressions sexuelles qu'il a vécues et « en être sorti vainqueur ».

« Mon seul objectif [maintenant et pour le reste de ma vie] est d'offrir du soutien aux autres victimes qui se sont signalées ou qui le feront, et qui ont entamé le processus vers la guérison. »

James présente ses excuses

« Pour ma conduite, je suis profondément désolé. J'avais tort. »

La juge Carlson a aussi entendu les déclarations de l'ancien entraîneur durant l'audience. James s'est excusé auprès des amateurs de hockey canadiens et à « l'institution du hockey », pour avoir placé celle-ci sous les projecteurs par sa faute.

James, qui s'est fait connaître avec son visage rond et ses cheveux roux affichait mercredi un visage émacié et une chevelure grise. Il a lu une déclaration écrite qu'il avait préparée, dans laquelle ses excuses allaient également aux joueurs, aux parents et aux amateurs dans les communautés où il avait été entraîneur.

« Les parents s'attendaient à ce que leurs enfants soient en sécurité : tous ne l'étaient pas, » a-t-il reconnu devant la cour. En s'adressant directement à ses victimes Todd Holt et Theoren Fleury, il a ajouté : « Je voulais le meilleur pour vous, mais ne vous ai pas donné le meilleur de moi-même. »

Pardon accordé à James

En 2007, James a obtenu un pardon concernant son passé criminel. Trois ans plus tard, la révélation de cette information avait provoqué un tollé et poussé le gouvernement Harper à proposer des changements au fonctionnement de la Commission des libérations conditionnelles.

James vit à Montréal depuis qu'il a été libéré sous caution en décembre 2010. Il doit respecter 11 conditions, dont celles de se présenter à la police une fois par semaine, de ne pas se trouver seul en présence d'une personne de moins de 18 ans et de ne pas quitter le pays.

Sheldon Kennedy et un autre ex-joueur de hockey, Greg Gilhooly, étaient présents mercredi au tribunal. Gilhooly avait aussi porté plainte contre James, mais elle a été retirée par la Couronne.

Gilhooly soutient qu'il est important pour lui d'être présent afin de se prouver que Graham James n'a plus d'emprise sur lui, et Shedlon Kennedy a dit vouloir être présent pour soutenir Gilhooly.

Par ailleurs, Sheldon Kennedy a témoigné devant un comité du Sénat, mardi, pour plaider en faveur de peines minimales obligatoires pour ceux qui sont reconnus coupables d'agressions sexuelles sur des mineurs.

Il a alors dit s'attendre à ce que James reçoive une peine avec sursis. « Graham James va s'en tirer. Encore. Ce n'est pas correct », a-t-il dit.

Quant à Gilhooly, il dit tenter de se blinder contre cette possibilité, et soutient que Graham James n'est pas très différent du tueur en série Clifford Olson, sauf que James laissait ses victimes en vie après les avoir agressées.