La réserve de Buffalo Point s'avère un modèle économique

Le chef de la réserve de Buffalo Point, John Thunder Le chef de la réserve de Buffalo Point, John Thunder

Si la plupart des réserves autochtones du Canada vivent dans la pauvreté, certaines comme Buffalo Point se distinguent par leur réussite économique. Le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien s'intéresse à ce succès.

Radio-Canada a obtenu une copie des conclusions préliminaires d'un rapport commandé par le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien sur une soixantaine de réserves. Il en ressort que les réserves où la qualité de vie est la plus élevée sont celles qui s'affranchissent de l'aide gouvernementale. Ce qui est le cas de Buffalo Point, situé à la frontière entre le Manitoba, l'Ontario et les États-Unis.

Des 3000 réserves indiennes du Canada, seule une poignée arrive à sortir de la misère chronique.

En se basant sur l'indice de bien-être communautaire, qui combine le revenu, le niveau d'éducation, le taux d'emploi et le logement, l'étude du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien conclut qu'elles sont 65 à se trouver dans une position favorable.

Près de la moitié d'entre elles se situent en Colombie-Britannique, une douzaine en Ontario et six au Québec. Dans la majorité des cas, leur succès vient d'une plus grande autonomie.

Le taux de chômage à Buffalo Point n'est que de 1 %, selon le chef de la Première Nation, John Thunder. À la tête de la réserve depuis 1997, il suit les traces de son père, Jim Thunder, qui a toujours prêché l'indépendance économique.

Dans les années 70, Jim Thunder a payé de sa poche le premier kilomètre et demi d'une route reliant la réserve au monde extérieur. Ce geste a permis d'attirer les investisseurs et les touristes, et de réaliser des profits avec la construction, la vente de chalets et l'émission de permis de chasse.

Prélever des taxes

Toutefois, son fils souhaitait trouver une source de revenus plus fiable. « En tant que gouvernement, nous devrions pouvoir avoir le droit qu'ont tous les gouvernements, celui de taxer », affirme John Thunder. Depuis trois ans, le conseil de bande perçoit sa propre taxe, appelée Buffalo Point Sales Tax, et ne paye pas celle de la province.

Cette gestion pourtant illégale de la taxe provinciale est tolérée pour l'instant par le gouvernement. Avec cette taxe, la vente de chalets et les impôts fonciers, Buffalo Point engendre des revenus de 4 millions de dollars par année. Grâce à ces fonds, elle réussit à financer ses projets.

« Si les Premières Nations du pays se prennent en main, nous pourrons nous retrouver au même niveau que le reste de la société canadienne », conclut John Thunder, qui ambitionne de convaincre les membres des autres conseils de bandes canadiens d'emprunter le même chemin que Buffalo Point.