S'affranchir de la Loi sur les Indiens

Shawn Atleo Le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, à Winnipeg   © Florence Reinson

Lors de la première journée de l'assemblée générale annuelle, le chef national, Shawn Atleo, met l'accent sur la santé, l'éducation et l'indépendance économique.

Winnipeg accueille pour la première fois en 16 ans l'assemblée annuelle de l'Assemblée des Premières Nations. Jusqu'à jeudi, plus de 4000 Autochtones sont réunis dans la capitale manitobaine pour la 31e édition de l'événement.

Le thème des discussions est « Là où se rencontrent les nations - mouvement international pour faire progresser nos droits ».

Outre la santé, l'éducation et les services d'aide à la famille, l'affranchissement de la Loi sur les Indiens et l'indépendance économique des Premières Nations figurent au menu des sujets prioritaires de ces trois jours. Autant d'enjeux ayant fait l'objet de promesses dans des traités il y a plus d'un siècle.

Le chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, entend bâtir une nouvelle relation avec le gouvernement fédéral afin d'avancer dans les dossiers des revendications territoriales, de l'éducation et du partage des ressources.

Il ne souhaite rien de moins que l'abrogation de la Loi sur les Indiens d'ici cinq ans. « Cette loi s'écroule et a été détruite par les tribunaux. D'ici cinq ans, nous aurons dépassé cette Loi sur les Indiens et nous n'aurons plus les taux de suicide et d'incarcération qui sont les nôtres ».

Des pressions sur Ottawa

Après des décennies d'efforts, les Premières Nations vont aussi insister pour que le Canada respecte la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée en septembre 2007, a encore annoncé Shawn Atleo. « Nous devons soutenir les nations qui découlent des traités, dit-il, ce sont des priorités nationales ». Il souhaiterait voir la création d'un ministère des Relations avec les Premières Nations et un tribunal sur les traités.

Le chef Atleo veut aussi s'affranchir de la dépendance économique. « L'Assemblée reçoit presque tous ses fonds du gouvernement fédéral, ce qui créé un conflit d'intérêts. Nous devons résister à cela. Nos états financiers sont stables depuis plusieurs années. Nous devons être libérés pour bien servir les Premières Nations sur tout le territoire », insiste-t-il.

La santé et l'éducation sont des éléments-clés, une priorité socio-économique pour les Premières Nations. D'ailleurs, coïncidence, Ottawa a annoncé, lundi, l'octroi de 177 millions de dollars au cours des cinq prochaines années afin de réduire le nombre de placements d'enfants autochtones en famille d'accueil.

Le chef national, élu à ce poste il y a un an, souhaite un meilleur avenir pour les jeunes autochtones. « Nous devons rassembler notre énergie pour bâtir notre futur. Nous travaillons pour améliorer la santé », insiste-t-il.

La santé par le sport

L'Assemblée des Premières Nations a d'ailleurs lancé la fin de semaine dernière, à Winnipeg, une nouvelle initiative, baptisée Indigènaction, pour inciter les jeunes autochtones à se tourner vers le sport. Car pour les chefs autochtones, le sport peut aider à résoudre beaucoup de problèmes.

« Lorsqu'on est en bonne santé et que l'on se sent bien, ça contribue au bien-être de notre communauté », estime le chef national. Le taux de diabète atteint des niveaux alarmants chez les Autochtones. Le manque d'accès à un centre sportif est un frein à l'activité sportive des Autochtones. Au Canada, une soixantaine de communautés ne disposent pas d'écoles, donc pas de gymnases.

Shawn Atleo a encore émis le souhait, lors de la déclaration d'ouverture de l'assemblée générale, de voir la discrimination fiscale à l'égard des étudiants autochtones disparaître. Il revendique également le droit à des programmes d'immersion en langues autochtones. Il faut qu'il y ait des ressources nécessaires pour soutenir l'apprentissage des langues autochtones.

M. Atleo a également réclamé davantage d'aide financière de la part du secteur privé, grâce à des ententes conclues avec des entreprises.

Les Autochtones disposent d'ailleurs de leur propre chambre de commerce au Manitoba, la seule qui existe dans le pays et qui compte 160 membres. Ceux-ci essayent notamment de conclure des partenariats avec les entreprises pour qu'il y ait de plus en plus d'employés autochtones dans les entreprises.