Des survivants livrent leur témoignage.
Lors du cercle de partage mis en place à la Commission de témoignage et réconciliation, des survivants des pensionnats autochtones ont la possibilité de témoigner publiquement de ce qu'ils ont vécu.
Les survivants des pensionnats autochtones ont le choix de livrer leur témoignage en public ou dans la plus stricte intimité. La consultation se poursuit pendant quatre jours.
Le jeune chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, a raconté mercredi que sa vie, tout comme celle de tous les membres de sa communauté, avait été affectée par ce qu'ont vécu les anciens pensionnaires. Il a fallu qu'il grandisse pour comprendre cette douleur et cette souffrance.
Il est aujourd'hui reconnaissant d'avoir la possibilité d'en parler. Shawn Atleo se dit également heureux d'être en vie alors qu'il a vu plusieurs de ses amis sombrer dans l'alcoolisme, tomber dans la violence ou se suicider.
Robert Joseph, chef héréditaire de la nation Kwagiulth, au nord-est de l'île de Vancouver, n'a pas parlé sa propre langue pendant longtemps.
L'homme de 70 ans a été abusé sexuellement par deux personnes lorsqu'il était au pensionnat. « Je ne peux pas comprendre. J'essaye très fort, parce que c'est important », dit-il au bord des larmes.
Albert McLeod est homosexuel. Il en avait honte parce que les gens autour de lui avaient honte. Alors qu'il n'était qu'un enfant, il avait choisi la mort plutôt que la vie. Il raconte les intimidations et les violences subies dans les pensionnats, l'homophobie qui y régnait, dans un pays démocratique.
Aujourd'hui grand-père d'un garçon de 10 ans, il dit prendre soin de son petit-fils comme on n'a jamais pris soin de lui lorsqu'il avait son âge.
La chance de s'exprimer
« Je connais beaucoup de résidents d'école qui sont morts et qui n'ont pas eu la chance de parler de ce qu'ils ont vécu », souligne Marie Simon, présidente de la communauté inuite Tapiriit Kanatami. Dans la culture inuite, on dit que peu importe ce qui t'est arrivé dans la vie, il faut aller de l'avant, ajoute-t-elle.
Originaire du Nunavik, dans la région arctique du Québec, elle raconte qu'elle ne parlait pas un mot d'anglais lorsqu'elle s'est retrouvée dans une école fédérale.
C'est de cette manière qu'ils ont été introduits à l'école. « Lorsqu'on devient adulte et que l'on a des enfants, on ne sait pas comment les élever », déplore-t-elle.
Ces témoignages publics se poursuivent tout au long du rassemblement national de quatre jours. Mercredi, ce sont des personnes invitées qui sont venues s'exprimer publiquement.
Dès jeudi, le cercle a été élargi à toutes les personnes touchées par ce qu'elles ont vécu dans les pensionnats indiens. La seule directive consiste à ne pas identifier qui que ce soit par son nom, à moins que la personne ne soit décédée ou qu'elle ait été condamnée par la justice.
La consignation des témoignages se prolonge jusque samedi dans une vingtaine de lieux privés. La commission dispose de moyens humains et techniques lui permettant de recueillir quelque 600 témoignages durant les quatre jours de son passage à Winnipeg.