Pensionnat autochtone
Lors de ces cinq prochaines années, la Commission de témoignage et réconciliation organisera quelque sept événements d'envergure nationale dans tout le pays.
La Commission de témoignage et réconciliation entame mercredi ses travaux à Winnipeg, première étape d'une grande tournée canadienne qui se terminera en 2014. Elle doit documenter les abus subis par des milliers d'enfants autochtones dans les années 50 à 70.
Le premier d'entre eux débute mercredi à Winnipeg, où de 7000 à 8000 participants sont attendus du 16 au 19 juin à La Fourche, lieu de rencontre historique pour les Autochtones.
Lors de ces quatre journées, des techniques de guérison traditionnelle et de méditation seront pratiquées, et les membres de la collectivité auront l'occasion de poser un geste de réconciliation.
Le programme débute mercredi par la cérémonie d'allumage du feu sacré et celle du calumet pour se terminera avec un pow-wow traditionnel, samedi.
Mandat de la commission
La commission a pour mandat de recueillir les témoignages des anciens élèves des pensionnats fédéraux pour dresser le portrait le plus complet possible de ce sombre chapitre de l'histoire canadienne. Grâce à ces témoignages, elle consignera des documents d'archives sur les événements survenus dans les pensionnats indiens avec la création d'un centre national de recherche.
La Commission espère aussi entendre le témoignage d'anciens membres du personnel, de représentants de l'Église et du gouvernement, d'experts et de citoyens canadiens qui ont été touchés par la politique sur les pensionnats indiens.
La Commission a été instaurée en juin 2008, à la suite de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens de 2007, la plus importante action de recours collectif de l'histoire du Canada à ce jour. Cette convention, conclue entre les avocats des anciens élèves, les avocats des Églises, le gouvernement du Canada et l'Assemblée des Premières Nations, a mis fin à la plupart des poursuites en justice relatives aux pensionnats indiens, moyennant un accord d'indemnisation de 1,9 milliard de dollars envers les anciens élèves de pensionnats fédéraux.
Historique
Un pensionnat indien (archives)
Au cours du siècle dernier, environ 150 000 enfants (Métis, Inuits et membres des Premières Nations), âgés de 5 à 16 ans, ont été arrachés à leur famille et envoyés dans des pensionnats fédéraux de 1879 à 1996. Plusieurs d'entre eux ont été victimes de sévices et d'agressions sexuelles, en plus d'avoir été privés de leur culture et de leur langue. De ce nombre, environ 80 000 sont encore vivants.
Quelque 135 pensionnats indiens ont été ouverts par le gouvernement au fil des années, dont 25 en Alberta, 18 en Saskatchewan, 17 en Colombie-Britannique, 15 au Manitoba et en Ontario, 13 au Nunavut et 10 au Québec.
Ces pensionnats étaient administrés, selon les endroits, par les Églises anglicane, catholique, presbytérienne, baptiste ou unie. Leur objectif était l'assimilation accélérée des Indiens. Les jeunes Autochtones y étaient dépouillés de leurs vêtements, rasés et habillés à l'Européenne. Ils ont été forcés à renier leur langue et leur culture.
La plupart de ces écoles ont fermé leurs portes vers le milieu des années 70. Le dernier pensionnat administré par le gouvernement fédéral a été fermé en 1996, en Saskatchewan. Ces institutions ont eu des répercussions sur les générations qui se sont succédé, et encore aujourd'hui, certains problèmes sociaux y trouvent leur origine.
Excuses
Le gouvernement canadien a présenté ses excuses le 11 juin 2008, quelques jours seulement après que la Commission de vérité et de réconciliation des pensionnats indiens eut été mise sur pied.
Dix ans plus tôt, en 1998, la ministre des Affaires indiennes, Jane Stewart, avait présenté des excuses officielles aux victimes des pensionnats autochtones, mais elles avaient été jugées insuffisantes. Parallèlement, une société à but non lucratif, la Fondation pour la guérison des autochtones, avait été mise ne place afin de gérer la subvention de 350 millions de dollars octroyée par le gouvernement fédéral.
Membres de la commission
La Commission de témoignage et réconciliation du Canada, qui a établi son siège à Winnipeg, au Manitoba, est présidée par le juge Murray Sinclair, qui a été le premier Autochtone à accéder à un poste de juge au Manitoba. Originaire de la région de Selkirk, au nord de Winnipeg, il a été nommé juge en chef adjoint de la Cour provinciale du Manitoba en mars 1988 et de la Cour d'appel du Manitoba, en janvier 2001.
Il sera assisté de deux commissaires : Marie Wilson, ex-dirigeante de CBC North, et le vice-chef de l'Assemblée des Premières Nations, Wilton Littlechild, également avocat dans la réserve Ermineskin.
Les travaux de la commission, dont le budget atteint les 60 millions de dollars, doivent durer jusqu'en 2014. Le prochain événement se tiendra à Inuvik, dans les Territoires de Nord-Ouest, en juin 2011.