Tragédie à Lac-Mégantic

Lac-Mégantic : la sécurité du type de wagons déjà mise en cause

Radio-Canada avec Associated Press
Les wagons impliqués dans la tragédie de Lac-Mégantic seraient fragiles, selon un expert

Les wagons DOT-111, utilisés pour transporter des matières dangereuses, ne sont pas assez sécuritaires, selon un rapport publié en 2012 par l'Office national de la sécurité des transports (NTSB) des États-Unis.

Le NTSB note que « les wagons DOT-111 ont une grande probabilité de rupture lors d'accidents ». Le rapport recommande également que ceux-ci soient dotés de « mesures de protection supplémentaires », comme une armature plus robuste et une robinetterie moins fragile.

Jean-Paul Lacoursière, professeur associé au Département de génie chimique de l'Université de Sherbrooke, affirme que certains des wagons qui ont déraillé samedi à Lac-Mégantic sont bel et bien des DOT-111.

« Ces wagons ont été impliqués dans plusieurs accidents. » — Jean-Paul Lacoursière, professeur associé à l'Université de Sherbrooke

Il partage d'ailleurs l'avis du NTSB à leur sujet : « Ils sont fragiles, la coque de ces wagons est de 7/16 po [1,11 cm], c'est faible, et la robinetterie est mal protégée. »

Selon lui, les produits pétroliers ne se seraient pas enflammés si rapidement après le déraillement si des wagons plus solides avaient été utilisés.

L'industrie ferroviaire avait déjà promis des changements

Depuis le début des années 2000, les wagons DOT-111 ont été impliqués dans une quarantaine d'accidents.

En 2011, l'industrie ferroviaire américaine a accepté de se soumettre à de nouvelles règles de sûreté concernant le transport de matières dangereuses. Les manufacturiers ont également promis de construire des wagons avec une coque plus épaisse. Toutefois, l'industrie ferroviaire et les manufacturiers refusent de modifier la flotte de DOT-111 déjà en fonction, évaluée à 40 000 wagons.

De son côté, le NTSB souhaite que les wagons existants soient modifiés ou tout simplement retirés des chemins de fers. Selon l'Office, la proposition de l'industrie ferroviaire « ne tient pas compte des risques posés par la flotte existante. » 

Le transport de matières dangereuses par voie ferrée a grimpé en flèche depuis le début du XXIe siècle. Aux États-Unis, 325 000 wagons transportant de l'éthanol ont circulé sur les chemins de fers du pays en 2010. Plus de 30 000 barils de pétrole ont notamment transité par le Maine en 2012. 

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Denis Lebel promet de garder un oeil sur l'enquête

Le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, promet de surveiller attentivement les progrès de l'enquête que mène le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) à propos du déraillement de samedi à Lac-Mégantic, en Estrie.

Dans un communiqué publié dimanche, le ministre affirme avoir nommé un observateur ministériel qui doit le tenir informé des efforts déployés par le BST. Transports Canada est également en contact direct avec les autorités de Lac-Mégantic, ainsi qu'avec l'entreprise Montreal, Maine and Atlantic Railway, propriétaire du train en cause dans cette catastrophe.

Denis Lebel assure que son ministère prendra les mesures nécessaires si des lacunes sont décelées.

« Notre gouvernement est toujours déterminé à maintenir la sécurité et la sûreté du réseau de transport du Canada. » — Denis Lebel, ministre fédéral des Transports

Il rappelle aussi que le gouvernement conservateur a mis en oeuvre des modifications à la Loi sur la sécurité ferroviaire, qui « exige que les compagnies de chemin de fer créent et maintiennent une culture de la sécurité et prévoit de nouvelles sanctions sévères pour pénaliser les contrevenants ».

Pénalités financières importantes

Le projet de loi S-4, adopté par la Chambre des communes en mai 2012, prévoit en effet des contraventions plus salées pour les contrevenants à la Loi sur la sécurité ferroviaire. Les sanctions financières pour des individus déclarés coupables par mise en accusation en vertu de cette loi peuvent s'élever jusqu'à 50 000 $. Pour des personnes morales, les amendes peuvent grimper jusqu'à 1 000 000 $ pour chaque mise en accusation.

La Loi sur la sécurité ferroviaire concerne tous les chemins de fer sous compétence fédérale et permet à Transports Canada d'entreprendre toute enquête qu'elle juge nécessaire à propos des entreprises qui utilisent ces chemins.