Possible taupe au Service de police de Sherbrooke : Alex Therrien accusé

Geneviève Proulx
Radio-Canada
Le reportage de Mylène Grenier

Alex Therrien, un agent du Service de police de Sherbrooke, a comparu jeudi après-midi au palais de justice de Sherbrooke. Il fait face à quatre chefs d'accusation pour avoir utilisé frauduleusement un ordinateur et le Centre de renseignements policiers du Québec, ainsi que pour avoir transmis de l'information à un tiers non autorisé.

Selon des informations obtenues par Radio-Canada Estrie, il aurait transmis des informations à un ou à des membres d'un groupe criminel.

L'homme de 38 ans a été arrêté vers 6 h jeudi et a été détenu au quartier général de la Sûreté du Québec à Sherbrooke, où il a été interrogé jusqu'à sa comparution. 

Le policier compte plus d'une dizaine d'années d'expérience. Le personnel du poste de police où il travaillait a été informé à ce sujet jeudi matin.

Au terme de sa comparution, Alex Therrien a été remis en liberté, mais devra respecter de nombreuses conditions. Il reviendra en cour le 11 juin prochain pour la suite des procédures.

Les accusations

1. Entre le 3 novembre 2008 et le 5 décembre 2012, à Sherbrooke, district de Saint-François et ailleurs au Québec, a frauduleusement, directement ou indirectement, obtenu des services d'ordinateur, commettant ainsi l'acte criminel prévu à l'article 342.1 (1) a) du Code criminel;

2. Le ou vers le 28 septembre 2012, à Sherbrooke, district de Saint-François, ou ailleurs au Québec, a, étant fonctionnaire, commis un abus de confiance relativement aux fonctions de sa charge en rapport avec l'utilisation du Centre de renseignements policiers du Québec (C.R.P.Q.) afin de transmettre de l'information qui y est contenue à un tiers non autorisé, commettant ainsi l'acte criminel prévu à l'article 122, du Code criminel;

3. Le ou vers le 19 octobre 2012, à Sherbrooke, district de Saint-François, ou ailleurs au Québec, a, étant fonctionnaire, commis un abus de confiance relativement aux fonctions de sa charge en rapport avec l'utilisation du C.R.P.Q. afin de transmettre de l'information qui y est contenue à un tiers non autorisé, commentant ainsi l'acte criminel prévu à l'article 122, du Code criminel;

4. Le ou vers le 5 décembre 2012, à Sherbrooke, district de Saint-François, ou ailleurs au Québec, a, étant fonctionnaire, commis un abus de confiance relativement aux fonctions de sa charge en rapport avec l'utilisation du C.R.P.Q. afin de transmettre de l'information qui y est contenue à un tiers non autorisé, commettant ainsi l'acte criminel prévu à l'article 122 du Code criminel.

Réactions

Par voie de communiqué, la direction du SPS a expliqué que le policier avait été suspendu avec solde et qu'un rapport sera soumis aux autorités municipales afin de déterminer les suites à donner à ce dossier. Le conseil municipal se penchera sur la question lors de sa prochaine séance, le 15 avril. 

Le maire de la Ville de Sherbrooke, Bernard Sévigny, s'est dit rassuré que l'on puisse mener une telle enquête à l'interne et arrêter un collègue.

« On a encore la capacité de réagir à l'interne, de s'auto-enquêter et quand il y a des irrégularités que l'on puisse y mettre un terme et prendre les actions en conséquence. C'est le volet qui est rassurant, mais pour l'image du corps de police, c'est tout de même difficile. » — Bernard Sévigny, maire de Sherbrooke

Le président du syndicat des policiers de Sherbrooke, Robin Côté, rappelle qu'Alex Therrien n'a aucune tache à son dossier depuis qu'il travaille au SPS.

« Comme n'importe quel autre citoyen, Monsieur a droit à la présomption d'innocence. On va laisser l'enquête se dérouler et la justice suivre son cours. Nous, au syndicat, nous n'avons jamais eu de dossier actif au nom d'Alex Therrien. Je suis donc doublement surpris. »

Qui est Alex Therrien?

Alex Therrien avait témoigné dans le procès civil qui opposait Pierre-Hugues Boisvenu et sa famille à la Ville de Sherbrooke en 2009. Le sénateur poursuivait la Ville pour avoir fait preuve de négligence dans l'assassinat de sa fille, Julie Boisvenu, survenu en 2002.

Le policier avait été le premier à intercepter Hugo Bernier, le meurtrier, au centre-ville de Sherbrooke dans la nuit du 23 juin 2002, près d'une heure avant le meurtre de Julie Boisvenu.

Après avoir vérifié son identité, Alex Therrien avait relâché Hugo Bernier qui s'était fait passer pour son frère Lucas. Le policier s'est toujours défendu d'avoir fait son travail correctement et n'avait pas de motif pour procéder à son arrestation à ce moment.