Au coeur de la vie | Édition 2012

Les pharmaciens du CHUS : un plus pour les patients

Geneviève Proulx
Radio-Canada

Ils possèdent la connaissance des comprimés colorés qui sauvent des vies. Ils sont les magiciens du dosage précis des narcotiques qui soulagent les douleurs insoutenables. Manifestement, les pharmaciens sont de grands amis des personnes malades. Mais que font-ils dans un centre hospitalier? Radio-Canada Estrie est allée à la découverte de ce métier méconnu.

Le travail de pharmacien en milieu hospitalier est l'objet de nombreux préjugés. « Plusieurs pensent que je passe mes journées à compter des pilules, ce qui est loin d'être le cas! » lance, d'entrée de jeu, la pharmacienne des Soins intensifs médicaux, Mélanie Lacerte, que Radio-Canada Estrie a suivie pendant une journée.

Pas question pour elle de finir ses jours derrière le comptoir d'une pharmacie de quartier. « Je serais pourrie! J'ai développé d'autres champs d'expertise. Travailler aux Soins intensifs médicaux colle plus à ma personnalité. Ce n'est jamais monotone. Je ne me vois pas faire autre chose », soutient celle qui détient une maîtrise de l'Université Laval en pharmacie d'hôpital.

Au départ, Mélanie Lacerte se destinait à la médecine. Quand la lettre d'admission est arrivée, elle l'a jetée à la poubelle et a poursuivi ses études en pharmacie. « J'ai eu la piqûre! Chaque clientèle à ses caractéristiques. Ici, aux Soins intensifs, j'acquiers une expertise dans l'aigu. Le défi est là. Nous sommes toujours dans l'inconnu. Nous avons affaire à des trucs nébuleux, à des nouveaux médicaments », explique-t-elle.

Et ça rapporte! « Ça a été démontré qu'avoir un pharmacien à temps complet aux Soins intensifs médicaux diminue les coûts et aide grandement à diminuer la mortalité. C'est très payant pour un hôpital. Notre place est plus qu'établie dans l'équipe médicale. Nous sommes une partie intégrante de l'équipe », soutient Mélanie Lacerte.

Son rôle principal est d'aiguiller l'équipe de médecins dans le choix des médicaments administrés aux patients. « Il faut aller au-delà du meilleur médicament. Il faut aussi penser aux effets secondaires, aux coûts, aux risques d'infection. On fait attention aux antibiotiques. On va, par exemple, en choisir un avec un large spectre et qui a un coût moindre. On privilégie le meilleur antibiotique pour la situation. »

Columbo médical!

Il n'est pas rare qu'un patient hospitalisé aux Soins intensifs reçoive une dizaine de médicaments par voie intraveineuse. « Les voies d'administration sont un véritable défi ici. Il faut s'assurer de la compatibilité des médicaments. C'est tout un casse-tête, mais c'est ça qui est l'fun! »

Le catalogue du CHUS comporte environ 1500 médicaments.  Photo :  Martin Labbé

Quand elle ne résout pas des casse-têtes, Mélanie Lacerte enfile son costume de Columbo. « Quand nous recevons un patient confus qui ne peut pas nous aiguiller avec les médicaments qu'il prend à la maison, je dois trouver moi-même. Il n'est pas rare que je doive appeler de nombreuses pharmacies pour trouver ce que le patient prend à la maison. Parfois, on est dans le néant total. C'est toujours un challenge de trouver ce qu'on cherche. »

Après avoir pris connaissance des nouvelles ordonnances rédigées pendant la nuit et s'être assurée de leur conformité, Mélanie Lacerte parcourt le dossier des 14 patients hospitalisés aux Soins intensifs médicaux. « Je priorise les nouveaux arrivés. Je fais ensuite un plan de soins pour eux. Je prends des notes sur les trucs dont je veux discuter avec l'équipe médicale lors de la tournée. »

Sur le coup de 10 h, toute l'équipe médicale se réunit et chacun fait le tour du dossier de son patient, voit ce qui cloche, ce qu'il faut améliorer. On discute de la suite des choses, des examens à prescrire, de la médication à ajuster.

Le premier patient vu ce jour-là a été hospitalisé à la suite d'une hypoglycémie prolongée qui a causé une encéphalopathie. Le résident chargé du dossier rappellera à l'équipe son histoire.

L'infirmière souligne les hauts et les bas des 24 dernières heures. Puis, la pharmacienne y va de ses recommandations. « Je suggère de diminuer et de passer le Dilaudid Per os (administré par la bouche) plutôt que de façon sous-cutané. Aussi, on devrait scinder sa dose en deux pour qu'elle soit moins « gommée » pendant le jour. »

L'équipe se range aux suggestions de la pharmacienne. L'ordonnance est inscrite au dossier. Ils auront discuté une quinzaine de minutes de ce cas. « Des fois, ça prend cinq minutes. D'autres fois, ça s'étire jusqu'à une demi-heure. Ça dépend de chaque cas », explique Mme Lacerte.

Au patient suivant, une personne atteinte d'une pancréatite nécrosante, pendant que l'équipe discute, la pharmacienne prend des notes, calcule des dosages. « Je n'ai pas grand-chose à dire. On est pas mal sur le cruise control dans ce cas », dit-elle.

Finalement, en prenant connaissance de nouvelles données, la pharmacienne demandera qu'on cesse le Lasix, un médicament qui aide à l'élimination de l'excès d'eau retenu par l'organisme.

« Pour vérifier les impacts d'un médicament sur un patient, je peux demander des tests aux résidents. Le monitoring des médicaments fait partie de notre travail », explique Mélanie Lacerte. Elle demandera ensuite un bilan hépatique : « Il est plus jaune que dans mon souvenir. » L'équipe se range à sa suggestion. Le bilan est prescrit.

La pharmacie du CHUS en chiffres

  • Le CHUS compte 57 pharmaciens
  • 52 assistantes techniques travaillent à l'une des deux pharmacies centrales (Hôtel-Dieu et Fleurimont)
  • 973 803 ordonnances ont été traitées en 2011 au CHUS
  • En moyenne, chaque jour, 2600 ordonnances sont traitées au CHUS
  • 24 500 doses de chimiothérapie ont été préparées en 2011 au CHUS
  • 200 000 doses de médicaments injectables ont été préparées en 2011 au CHUS
  • Environ 1500 médicaments sont disponibles au CHUS

Mélanie Lacerte, au coeur des soins intensifs  Photo :  Martin Labbé

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