Au coeur de la vie | Édition 2012

Visite au coeur du bloc opératoire

Geneviève Proulx
Radio-Canada

Le bloc opératoire est, selon plusieurs, le coeur d'un hôpital. Ici, au CHUS Fleurimont, une centaine d'employés y oeuvrent au quotidien à réparer des genoux cassés, à remettre à niveau des coeurs fatigués, à débarrasser les cerveaux de crabes indésirables, à amener des poupons à prendre leur première bouffée d'oxygène. Radio-Canada Estrie a suivi, l'instant d'une journée, l'assistante infirmière-chef , Renée Parenteau, question de mieux comprendre le boulot de ceux qui font beaucoup plus que de donner des scalpels aux chirurgiens.

Les journées commencent toujours sur les chapeaux de roues au bloc opératoire majeur du CHUS - Fleurimont. Entre 7 h 30 et 8 h, moment de congestion intense dans le coin, on peut y compter une trentaine de personnes, toutes habillées en vert, chacune affairée à une tâche spécifique.

Un chirurgien revoit le dossier d'un patient qui dira bientôt au revoir à son pancréas. Une infirmière s'assurera que le formulaire de consentement opératoire a bien été signé. Un anesthésiste vérifie que les examens préopératoires sont en accord avec son plan de match pour que le tout se déroule comme sur des roulettes.

La réceptionniste de l'unité, Marie-Pierre Pelletier, voit à ce que l'horaire opératoire ne comporte aucune erreur. Trois nouvelles infirmières, qui viennent d'obtenir un poste dans le département, attendent dans le coin qu'on s'occupe de leur formation. Une étudiante en médecine arrive sur l'entrefaite.

« Euh... je suis la nouvelle externe en chirurgie. On m'a dit de me présenter ici. Où puis-je me changer? Savez-vous où est mon titulaire? »

L'assistante infirmière-chef, Renée Parenteau ce jour-là, voit à tout. Même à diriger les stagiaires. « Tiens, tu peux prendre le casier 75. Les vêtements sont tout juste à côté. Tu n'as qu'à revenir ici après. Je vais te trouver ton titulaire. »

Le téléphone sonne pour une 12e fois en moins de quatre minutes. Mais cette fois, les choses se corsent. « Ils n'ont trouvé personne pour remplacer l'infirmière et le préposé aux bénéficiaires qui sont malades », dit la réceptionniste à l'assistante.

« Je dois trouver une solution », laisse-t-elle tout simplement tomber en se dirigeant vers un immense tableau où sont inscrits les noms de tous les employés, répartis dans les neuf salles du bloc. Un beau casse-tête pour les non initiés. Mais un pratique outil de travail pour les autres.

Des solutions à tout

Renée Parenteau semble avoir trouvé une façon de régler son problème de travailleurs malades. Une employée du bloc mineur viendra prêter main-forte à l'équipe. Pour le reste, on se serrera les coudes.

« Renée! Il manque de green chez les femmes! » lance une infirmière en sortant du vestiaire. Le « green » fait référence aux vêtements que doivent obligatoirement porter les employés du bloc. Un appel à la buanderie et le problème est réglé : les infirmières auront des pantalons sous peu.

7 h 55. L'ambiance est électrisée autour du poste d'accueil. Tellement que Renée Parenteau sent le besoin de demander à tous de baisser le ton. « C'est toujours un peu le bordel les lundis matin, souffle la grande patronne de l'endroit, Lucie St-Martin, à l'oreille de la journaliste de Radio-Canada Estrie. Il y a comme une effervescence que tu ne retrouveras pas le reste de la semaine. Il y a plein de choses à coordonner. » Elle laissera d'ailleurs de côté son boulot administratif quelques minutes, question de donner un coup de pouce à son personnel.

Entre temps, les premiers patients font leur entrée au poste de réception du bloc à l'instant même où un chauffeur de taxi arrive avec une grande boîte de plastique dans les mains. « Ce sont des instruments que nous avons prêtés à l'Hôtel-Dieu pendant le week-end et qui nous reviennent », explique Mme St-Martin.

Des yeux tout le tour de la tête

L'assistante infirmière-chef voit à tout, pense à tout, prévoit tout. Renée Parenteau intercepte l'infirmier en charge de la salle d'urologie. « Tu t'assures de compléter l'évaluation de Jean (NDLR : un infirmier qui complète sa formation au bloc opératoire)? »

8 h 05 : Le premier patient prend le chemin de la salle où il se fera opérer. Il sera suivi d'un deuxième, quelques secondes plus tard. Six autres personnes prendront la même route au cours des minutes qui suivront.

Puis, c'est le calme plat. On pourrait entendre une mouche voler. Tous les chirurgiens, les résidents, les anesthésistes, les infirmières, les inhalothérapeutes sont affairés à leurs tâches. Au poste, il ne reste que la réceptionniste de l'unité et l'assistante infirmière-chef. Elles profitent de l'accalmie pour revoir, à nouveau, l'horaire des opérations de la journée.

La pagette de Renée Parenteau sonne. « C'est seulement un test pour s'assurer que toutes les pagettes de trauma fonctionnent bien, explique-t-elle, rassurée, en composant le numéro demandé. Quand il y a un trauma, un blessé grave, qui arrive à l'hôpital, cette pagette sonne pour nous indiquer de nous préparer à l'accueillir. »

Elle profitera de ce rare et calme moment pour préparer l'horaire du lendemain. « Il faut s'assurer que l'horaire est adéquate. Par exemple, si un patient est allergique au latex, il passera en premier et si un autre a une infection au SARM, il passera en dernier », explique celle qui cumule une douzaine d'années d'expérience au bloc opératoire.

Mère de famille

Certains diront que le boulot d'assistante infirmière-chef en est un de pompier qui passe ses journées à éteindre des feux. « Je préfère dire que je suis comme une mère de famille qui s'assure du bon déroulement du département. »

Ainsi, régulièrement, elle entrera dans les neuf différentes salles opératoires de l'unité pour s'assurer que les opérations se passent bien, pour vérifier si tout le monde finira à temps ou pour gérer les prolongations et prévoir ainsi qui travaillera plus tard . « Quand on travaille au bloc, on s'attend à faire des heures supplémentaires », dit-elle.

Idéalement, on souhaite que tout soit terminé à 16 h. « Mais ça n'arrive jamais. Trois infirmiers ont un horaire décalé de 10 h à 18 h. Ce sont eux qui finiront les opérations qui se termineront plus tard. Une équipe est aussi disponible pour les urgences de soir et de nuit. »

Entre-temps, elle approuve les fiches de présence des employés, assiste à quelques réunions, siège à certains comités, signe des rapports d'accident, communique avec les techniciens en génie biomédical, par exemple. Envie d'une carrière pour vous tourner les pouces, faire des mots croisés ou jaser de Tout le monde en parle et des derniers potins? Ne frappez pas à la porte du bloc.

« Plus il y a de monde, plus il y a de problèmes! Mais ce qui est beau, c'est qu'on arrive toujours à les régler », souligne-t-elle.

Quelques chiffres sur le bloc opératoire

  • 13 218 personnes ont subi une opération au CHUS Fleurimont entre le 1er avril 2011 et le 30 mars 2012
  • 18 677 interventions ont été faites dans la même période
  • 423 interventions cardiaques
  • 564 chirurgies neurologiques
  • 1319 chirurgies orthophédiques
  • 4466 chirurgies urologiques
  • 65 infirmières
  • 15 inhalothérapeutes
  • 6 préposées aux bénéficiaires
  • 29 anesthésistes et autant de résidents
  • 86 chirurgiens et autant de résidents
Entre 7 h 30 et 8 h, ça se bouscule au bloc opératoire. À un certain moment, près d'une trentaine de personnes se retrouveront au poste. Période charnière de la journée où tous veulent s'assurer que les chirurgies du jour se dérouleront rondement.  Photo :  Martin Labbé

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