Mine Lac d'amiante (archives)
Dans un contexte difficile pour l'industrie de l'amiante, la compagnie minière LAB Chrysotile, de Thetford Mines, dans la région Chaudière-Appalaches, confirme avoir déclaré faillite le 30 décembre 2011.
La direction de l'entreprise a expliqué mercredi par voie de communiqué que sa situation financière actuelle ne lui permettait plus de poursuivre ses activités.
« Durant les derniers mois, les frais fixes s'accumulaient sans aucune source de revenus pour les soutenir. Tous les délais et incertitudes liés aux étapes intermédiaires de la relance nous ont forcés à prendre cette décision. La lourde structure de coûts héritée d'une autre époque n'était plus soutenable », peut-on lire dans le communiqué.
La compagnie précise que dès la première semaine de janvier, elle compte réunir « tous les intervenants afin de discuter de l'avenir de la relance de l'opération minière » dans l'espoir de trouver des pistes de solution pour une relance. Selon la direction, cette faillite serait une étape nécessaire pour repartir sur des bases solides.
En entrevue à Radio-Canada, le dirigeant de l'entreprise, Simon Dupéré, a indiqué qu'il n'abandonnait pas l'espoir de trouver des investisseurs prêts à racheter les actifs de l'entreprise pour redémarrer les opérations. Il dit travailler à l'élaboration d'un plan de relance pour réduire les coûts de la compagnie ainsi qu'au développement de nouveaux sites d'exploitation pour assurer la survie de LAB Chrysotile à long terme.
De son côté, le maire de Thetford Mines, Luc Berthold, ne s'attendait pas à ce que la faillite survienne aussi vite, mais dit garder bon espoir. « C'est quand même plusieurs centaines d'emplois qui sont en jeu dans notre région. Ça mérite qu'on mette beaucoup d'efforts pour la relance de cette mine-là », a-t-il fait valoir, demandant du même coup à l'entreprise de déposer un plan d'affaires le plus rapidement possible.
D'après des informations obtenues auprès du Registre des dossiers de faillites et d'insolvabilité, l'entreprise LAB Chrysotile a des actifs de près de 3,3 millions de dollars, mais elle aurait des créances de plus de 33 millions de dollars.
Une première assemblée des créanciers est prévue pour le 23 janvier prochain.
Surprise du syndicat
Le président du syndicat des employés de l'entreprise, Luc Lachance, a appris la nouvelle mardi soir en voyant le communiqué de l'entreprise sur Internet. « C'est une surprise pour nous, mais avant de se faire des idées, nous allons attendre la rencontre de vendredi avec les dirigeants de l'entreprise », a-t-il dit, précisant néanmoins que l'éventualité d'une relance constitue une lueur d'espoir pour les employés.
M. Lachance a souligné que déjà des syndiqués avaient communiqué avec lui afin de lui faire part de leurs inquiétudes.
Gordon Ringuette, du syndicat des Métallos, s'attend, quant à lui, à ce que l'employeur profite de cette faillite pour tenter de réduire ses coûts de main-d'oeuvre.
« On s'attend à ce qu'on nous demande encore des concessions. Lui parle d'un modèle économique qui est rendu trop cher ou pas rentable. [...] J'aimerais quand même faire remarquer que les travailleurs, en 2005, à la dernière négociation de convention collective, ils ont laissé 25 % de concessions monétaires sur la table. Vingt-cinq pour cent de concessions sur les salaires, sur les paies de vacances, sur les avantages sociaux, c'est énorme », a-t-il soutenu.
« Nous allons tout de même écouter la direction parce qu'on ne veut pas porter l'odieux de l'arrêt de l'exploitation de la mine », affirme Luc Lachance.
Les 350 syndiqués de l'endroit gagnent en moyenne 17 $ l'heure.
Bien que l'annonce de la direction soit une surprise pour les employés, ces derniers connaissaient bien les difficultés de la compagnie minière. En février 2008, une note interne du ministère fédéral des Ressources naturelles obtenue par la Loi sur l'accès à l'information laissait déjà entendre que les activités de la mine d'amiante pourraient se terminer au début 2012.
Le président du syndicat croit fermement en l'avenir du chrysotile. « Chaque année, les demandes pour le chrysotile augmentent de 10 à 15 %. La demande mondiale est encore là », dit-il.
Fibre de chrysotile, le type d'amiante utilisé de nos jours.
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AP/Rich Pedroncelli
Une industrie du passé, selon le NPD
Le Nouveau Parti démocratique n'a pas tardé à réagir après l'annonce de la compagnie minière, en soutenant que « l'entêtement des conservateurs et des bloquistes » dans le dossier « équivaut à abandonner les gens de toute une région ». Plutôt que de s'acharner sur « une activité en déclin », le NPD estime qu'Ottawa devrait aider la région de l'amiante à se doter de nouveaux moteurs économiques qui seraient profitables à long terme.
« L'exploitation de l'amiante et le courageux combat de ses travailleurs a jadis fait la fierté du Québec. On voit bien que c'est une industrie qui appartient au passé. [...] Le gouvernement fédéral devrait plutôt investir dans un véritable plan de relance pour la région », a indiqué le député néo-démocrate de Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-loup, François Lapointe, par voie de communiqué.
Santé Canada a déjà mis en garde le gouvernement fédéral contre la nocivité de l'amiante chrysotile et voulait le faire inscrire comme produit dangereux dès 2006.
« Qu'est-ce qu'on attend pour agir? On attend d'autres morts? On attend d'être la risée internationale? Les gens de la région méritent mieux, ils méritent un plan porteur d'espoir pour l'avenir », a conclu le député néo-démocrate de Compton-Stanstead, Jean Rousseau.