Il y a dix ans, la ville de Sherbrooke changeait de visage. Comme plusieurs autres grandes villes du Québec, dont Montréal, elle se lançait dans l'aventure des fusions municipales.
Les municipalités de Rock Forest, Deauville, Saint-Élie-d'Orford, Fleurimont, Bromptonville, Lennoxville, Ascot et une petite partie de Stoke se joignent à Sherbrooke. Le ministère des Affaires régionales avait prévu annexer Waterville également. Les élus de cette ville en auront décidé autrement.
La nouvelle grande ville passe de 62 élus à 24.
Il aura fallu travailler fort pour convaincre plusieurs municipalités, dont Saint-Élie-d'Orford et Rock Forest, de se rallier.
Jean Perrault, qui était le maire de Sherbrooke à l'époque, y croyait dur comme fer. Sa ville était destinée à devenir le pôle d'attraction en Estrie.
« Dans l'arrondissement de Rock-Forest-Saint-Elie-Deauville par exemple, il y avait 21 élus, donc trois conseils municipaux complets où les conseillers étaient beaucoup plus présents. Nous sommes passés de 21 à quatre. Sur le coup, les gens l'ont senti, mais en vivant la nouvelle ville, les élus ont pris leur place », croit l'actuel maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny.
L'ex-maire de Bromptonville, Clément Nault, était de ceux qui craignaient les impacts de la fusion. « La grande ville, on en avait très peur parce que c'était 140 000 personnes de plus. Lorsque tu es habitué de vivre dans une petite ville de 5000 ou 6000 habitants et que tu te réveilles dans une grande ville de 140 000, les gens avaient l'impression de perdre leur identité », se rappelle-t-il.
L'objectif du gouvernement était de réduire les dépenses de 500 millions de dollars. Dix ans plus tard, les élus disent que cette économie d'échelle, ils y croyaient peu ou pas.
« Personnellement, jamais je n'ai parlé d'économies en fonction du regroupement. Pour moi, ce n'était pas l'objectif premier. L'objectif premier, c'était une question de cohésion, une question d'efficacité », explique le conseiller municipal Serge Paquin.
« On ne saura jamais comment auraient été les taxes sans le regroupement. On ne peut que l'imaginer. La réalité a été que le gouvernement délestait de plus en plus de pouvoirs aux municipalités », soutient Clément Nault.
Malgré la possibilité de revenir en arrière en 2004, les défusionnistes perdent leur bataille dans chacun des arrondissements. Sherbrooke demeure unifiée.
« À partir de là, l'unité a commencé à se faire et évidemment dix ans plus tard, c'est beaucoup mieux. Les gens se sentent de plus en plus sherbrookois », croit l'ex-maire Nault.
Son ex-collègue Serge Paquin est du même avis. « Je pense qu'il faut compter au moins une génération avant que tous les citoyens de cette nouvelle ville se sentent confortables dans la nouvelle ville, mais je dirais que, globalement, c'est une réussite. »