Mon fleuve, mon histoire

Des fous de Bassan morts de faim

Colonie de Fous de Bassan de l'Île Bonaventure Colonie de Fous de Bassan de l'Île Bonaventure

Trois carcasses de fou de Bassan, retrouvées cet été en Basse-Côte-Nord, ont été récemment autopsiées.

Selon le Dr Stéphane Lair de la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, les oiseaux seraient morts de faim.

Une cinquantaine de carcasses de fous de Bassan ont été découvertes cet été à Baie-des-Moutons, près de Blanc-Sablon. Des découvertes semblables ont aussi été rapportées à La Tabatière.

De nombreux fous de Bassan ont été retrouvés morts dans l'Est du Québec De nombreux fous de Bassan ont été retrouvés morts dans l'Est du Québec

Plus tôt cet été, des biologistes rapportaient que la reproduction des fous de Bassan de l'île Bonaventure a été cette année presque nulle. Selon le directeur du programme d'études avancées en biologie de l'Université du Québec à Rimouski, Magela Guillemette, les poussins seraient aussi morts de faim.

Les scientifiques avancent qu'en raison d'une eau plus chaude, les couples de fous de Bassan, qui peuvent pourtant parcourir des centaines de kilomètres à la recherche de nourriture, n'ont pas réussi à capturer les proies nécessaires pour alimenter leur petit. Les oiseaux auraient aussi éprouver de la difficulté à assurer leur propre subsistance.

La mortalité des adultes est une mauvaise nouvelle pour la colonie de fous de Bassan du golfe, selon Magella Guillemette. « Ce qui va expliquer beaucoup la trajectoire démographique d'une population d'oiseaux comme les fous de Bassan, c'est le taux de survie des adultes », commente le chercheur.

La population va se remettre assez bien d'une reproduction catastrophique comme on a eu cet été, poursuit M. Guillemette, mais la mort des adultes pourrait avoir un impact encore plus considérable sur le niveau de population du golfe Saint-Laurent.

Une eau plus chaude

D'autres études seront nécessaires pour confirmer les hypothèses avancées par les chercheurs pour expliquer ces mortalités. Mais, souligne le professeur de l'UQAR, tout tourne autour de la température de l'eau.

Les biologistes de l'Institut Maurice-Lamontagne ont d'ailleurs confirmé que la température de l'eau dans le golfe avait augmenté de 2 degrés cet été. « Cette température de l'eau, explique Magella Guillemette, aurait rendu la disponibilité des proies plus difficiles tant en profondeur, dans le sens vertical, que sur le plan horizontal puisque semble-t-il que les populations de proies du fou de Bassan se seraient déplacées vers la Basse-Côte-Nord. Ils ont dû dépenser beaucoup d'énergie pour aller chercher des proies dans ces régions à partir de l'île Bonaventure. »

Une eau plus chaude aurait aussi favorisé la floraison d'algues toxiques qui, soupçonnent les chercheurs seraient entre autres responsables de la mort de bébés bélugas dont 17 carcasses ont été retrouvées sur les rives du fleuve cet été.

Le professeur Guillemette croit que les algues toxiques auraient aussi pu contaminer les poissons que mangent les fous de Bassan.

Cette autre hypothèse pourrait expliquer la mortalité des adultes.

Les trois carcasses de fous de Bassan adultes ont d'ailleurs été envoyées à l'Institut Maurice-Lamontagne pour des analyses toxicologiques.

Toutefois, le Dr Lair de la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal ne s'attend pas à un résultat positif compte tenu de l'état des carcasses. Selon M. Lair, l'algue provoque une mort rapide et les carcasses étudiées étaient plutôt maigres ce qui démontre qu'elles seraient bel et bien mortes de faim en raison de la température de l'eau.

« On a affaire à un phénomène complexe », commente Magella Guillemette. Des équipes de l'UQAR et de l'Institut Maurice-Lamontagne poursuivent leurs recherches.