Élections 2012 : la parole aux vacanciers

Élections 2012 : la parole aux vacanciers | À la pêche aux maquereaux

C'est le temps du lançon. C'est sûr qu'il y a du maquereau, ça les attire, m'avait dit M. Cloutier au moment où j'étais encore en Haute-Gaspésie.

Les maquereaux, la morue en mangent tellement, me racontait-il, que c'est trop, ils en régurgitent.

Trois jours plus tard, à Carleton, le quai est plein de pêcheurs à la ligne.

Paroleauxvacanciers M. Marchand de Saint-François-de-Laval  Photo :  Joane Bérubé

Le monsieur au petit chapeau qui joue avec son hameçon m'a bien l'air d'un vacancier. J'ai de plus en plus l'oeil; M. Marchand vient de Saint-François de Laval.

« Ras-le-bol des libéraux. Mais j'ai l'impression qu'on va changer quatre trente sous pour une piastre », déclare le pêcheur amateur.

Il poursuit : « Mon idée n'est pas parfaitement faite. Je reste perplexe devant la situation. Avec ce que j'ai entendu jusqu'à maintenant, le choix va se diviser entre deux partis la CAQ et le Parti québécois. »

Pour ma part, me confie M. Marchand, qui n'a toujours pas mis sa ligne à l'eau, François Legault m'a désappointé. « Je m'attendais à une idée plus ouverte, plus nouvelle, plus moderne. Dans le fond, il cale les autres, il joue à l'opportuniste », relève le pêcheur.

Pierre de Montréal s'approche, regarde la ligne de M. Marchand, demande si ça va.

« Pis, vous en avez pris? », s'informe-t-il

Il regarde le fond du seau; cinq maquereaux aussi raides que bleus.

Parolesauxvacanciers Pierre de Montréal et M. de Varennes de New Richmond  Photo :  Joane Bérubé

Il est en visite dans la baie, habite chez M. De Varennes qui vit à New Richmond. Les trois hommes échangent entre eux. « Il y a trop d'affaires qui se disent, qui se promettent », commente Pierre.

Il a toujours voté pour le PQ. Il est d'accord avec M. Marchand : « « J'aimerais ça que Charest débarque, ça fait assez longtemps. Ils en ont assez sorti sur lui, jamais je ne croirai qu'on va l'élire encore. »

« Mais à la dernière élection, on a dit ça et il a été élu encore », ajoute Pierre en homme qui sait qu'à la pêche, on se garde toujours une petite prudence sur les captures à venir.

Retraité, M. de Varennes, de New Richmond, est au même diapason politique que sa visite. Il fait sa profession de foi : « Je suis PQ, je le suis depuis que le parti existe et je vais mourir Parti québécois. »« Mais pressez-vous pas, on a encore besoin de votre vote », lance M. Marchand qui finalement avoue qu'il est aussi nationaliste.

Il remet sa ligne à l'eau.

Pour M. de Varennes, la corruption a dépassé les bornes. « Il y en a toujours eu, mais là c'est trop. On met un gouvernement là pour qu'il gère nos choses et que ça avance. C'est sûr qu'il y a de bonnes idées, le Plan Nord et tout ça, mais on exporte nos affaires à l'extérieur pour des miettes. »

Un autre pêcheur s'approche. Daniel est aussi de Saint-François-de-Laval, c'est le coloc de M. Marchand. Il me raconte que le groupe - ils sont trois, il y a une dame avec eux - est mordu de pêche. Le mois passé, ils étaient à Baie-Comeau.

Parolesauxvacanciers Daniel de Saint-François de Laval  Photo :  Joane Bérubé

Il est indécis. L'actualité politique le scandalise : « On voit Charest qui sacrifie des générations pour essayer de repasser aux élections. On voit le maire Tremblay sortir une loi spéciale pour accompagner l'autre pendant que Zampino, son ami, se fait mettre les bracelets. On voit la twist de Charest partout dans tous les domaines pour faire une diversion après l'autre. »

Sa ligne se prend dans celle de sa voisine. Ils se déprennent. Il revient en place, relance sa ligne à l'eau et puis se met à parler d'agriculture.

Il me raconte alors que lui et ses deux compagnons de voyage possèdent une petite terre, deux hectares de culture maraîchère et une érablière. En agriculture, c'est petit, il en convient. Ils font les choses autrement, précise Daniel : « Ça nous fait vivre, je suis ici à prendre des vacances, mais ils ne veulent pas reconnaître ça, parce qu'on transforme, parce qu'on est ingénieux. On est débrouillards, ça ne fait pas leur affaire. »

Il dénonce l'inaction gouvernementale : « Il n'y a personne qui va répondre présent quand on pose des questions. »

Pourtant, souligne Daniel, il y a de beaux rapports : « Le rapport Ouimet, la commission Pronovost, il n'y a personne qui sait quoi faire avec ça. L'agriculture devrait se libéraliser un peu, l'UPA devrait prendre du retrait, l'Union paysanne devrait avoir le droit de siéger et de représenter des gens. Mais le patron est là, ses amis sont là. Il veut avoir les deux mains sur le volant. Il veut guider, il veut gérer, alors il prend le Québec en otage sur tous les fronts. »

La conversation se termine abruptement. Une averse. Chacun se réfugie dans sa voiture.

J'étais allée plus tôt sentir le vent à la marina.

Peu de monde. Paul et sa copine France passent le week-end à Carleton. Ils sont de Matane. Quand je les aborde, ils sont avec Jonathan, un jeune de Saint-Omer qui travaille au resto de la marina.

Les promesses électorales ne séduisent pas du tout Paul : « On peut bien parler des projets à venir, mais la réalité, c'est ce qu'on doit. »

Parolesauxvacanciers Paul, France et Jonathan  Photo :  Joane Bérubé

Il est inquiet pour les générations qui viennent : « Avec les gouvernements du passé, tout ce qu'on s'est donné comme outils de développement, les programmes sociaux, on a avancé, mais là j'ai parfois l'impression que ça piétine. Ce n'est pas évident avec le système de santé et tout ça, la clientèle vieillit. Tu te dis que ce n'est pas les jeunes qui mènent, c'est les vieux. »France est bien d'accord : « C'est les vieux qui endettent les jeunes. Les enfants sont endettés par-dessus la tête et c'est ce que les autres générations leur ont laissé. »

Jonathan approuve.

France parle de mauvaise gestion. Elle rappelle le scandale des commandites, le déficit de la Caisse de dépôt et elle tranche : « On s'est fait voler. On se fait voler. C'est ça. »

Notes de voyage

Comment prendre une douche sur un quai. On parle, on parle puis quelques gouttes tombent. Puis tombent encore, encore et encore. Voilà, c'est fait. Pour le bain de pieds, c'est pareil. On attend encore un peu et quand on est certaine qu'il y a trois pouces d'eau partout, on marche jusqu'à sa voiture stationnée à l'autre bout du quai.

Pour me joindre : Berubej@radio-canada.ca ou sur twitter @joane berube

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