Est-du-Québec : un pas de plus vers le cabotage

Navire au port de Sept-Îles Navire au port de Sept-Îles

Les Armateurs du Saint-Laurent visent toujours le printemps 2012 pour la mise en place d'un service de cabotage vers la Côte-Nord. Une première rencontre entre le ministère des Transports et les armateurs a eu lieu à ce propos le 21 février dernier.

Ces échanges ont permis de valider l'échéancier. Il ont également permis de préciser que le projet serait éventuellement admissible au programme de Réduction ou d'évitement des émissions de gaz à effet de serre dans le transport maritime et ferroviaire (PAREGES)

Pour concrétiser le projet, il faut que le gouvernement du Québec accepte de verser entre 1,6 million et 4, 5 millions de dollars par année pendant trois ans.

Cet argent permettrait de combler 50 % du manque à gagner des armateurs, prévu durant les premières années du projet. Il permettrait aussi de financer le fonctionnement de l'organisme de logistique.

La première réaction du ministre délégué aux Transports, Norman McMillan a été encourageante pour les armateurs. « Tant les acteurs du milieu maritime que le ministère des Transports du Québec souhaitent qu'un tel service de transport puisse être offert », a commenté le ministre.

L'Autoroute bleue

Dans leur « étude de faisabilité pour un service de transport maritime de marchandises vers la Côte-Nord », les Armateurs du Saint-Laurent écartent la possibilité que des entreprises de camionnage, seules, assurent la gestion du projet.

Ils proposent plutôt la création de l'Autoroute bleue de la Côte-Nord (ABCN). Cette nouvelle entreprise de services logistiques assurerait un transport intermodal, incluant une portion maritime.

Ainsi, ABCN offrirait dans un premier temps un service de transport de type Ro-Ro qui prendrait en charge les camions de marchandises jusqu'au port d'arrivée. Une fois débarqués, les camions rouleraient jusqu'à leurs destinations finales. La partie maritime du trajet serait donc un prolongement du réseau routier.

Éventuellement, pensent les armateurs, ce service pourrait inclure également le transport de conteneurs.

La nouvelle entité, indique le rapport, « permettrait une vision globale du transport intégré, alliant des partenaires armateurs et camionneurs. »

À ses débuts, le service pourrait être assuré sur une base hebdomadaire.

Désengorger la 138

La mise en place d'un tel transport intermodal permettrait de désengorger la route 138, tout en répondant à la demande accrue de transport de marchandises pour les grands chantiers de la région. Évidemment, ce service de cabotage permettrait aussi aux entreprises de profiter pleinement du Plan Nord.

Selon les auteurs du rapport, un total 10 000 voyages de camion par année sont envisageables seulement pour les grands chantiers d'ici 2020. Avec le trafic courant, ce chiffre grimpe à 140 000 voyages par année. Seulement pour l'axe Sept-Îles-Port-Cartier, le potentiel est de 1000 voyages par semaine.

Des tarifs compétitifs

Le rapport démontre que pour assurer la rentabilité de ce type de cabotage, il faut absolument proposer des tarifs compétitifs par rapport à ce que coûte le transport routier. C'est à cette seule condition, affirment les auteurs du document, que l'ABCN pourra « capturer des volumes suffisants ».

L'étude a analysé divers ports d'origine, dont Matane, mais aucun n'a été retenu formellement. Même chose pour le port de destination. Tout indique cependant que Sept-Îles devrait être le port principal, lui seul disposant d'une rampe de type Ro-Ro.

traversier aux Îles de la Madeleine Le traversier aux Îles de la Madeleine   © CTMA Vacancier

Quatre armateurs qui opèrent déjà sur le Saint-Laurent ont été consultés: CTMA, Canada Steamship Lines (CSL), le groupe Desgagné et le Nunavut Eastern Arctic Shipping Inc.(NEAS).

Mais, en dernière analyse le choix des ports d'origine et de destinations reviendra l'ABCN, qui décidera en fonction de considérations logistiques, financières, et de l'origine et la destination des marchandises.

Chacun des armateurs consultés pourrait mettre à la disposition de l'ABCN leurs capacités de transport de marchandises. Par exemple, note les auteurs du rapport :

  • CTMA Voyageur dispose d'une capacité de 22 remorques par semaine et pourrait faire deux trajets hebdomadaires pour une capacité totale de 44 remorques;
  • NEAS a une capacité disponible de 65 unités par semaine;
  • Desgagnés pourrait consacrer au projet une capacité de 59 à 92 unités par semaine.

Échéancier serré

Avant la mise en place du service, un certain nombre d'actions doivent être menées à bien, rappellent les Armateurs du Saint-Laurent.

Il faut une entente formelle sur la stratégie d'affaires à mettre en oeuvre ainsi que l'engagement financier du ministère des Transports. Il faut également passer par toutes les étapes préparatoires à la création de l'Autoroute bleue.

Aluminium-Alouette-Sept-Iles Coulée d'aluminium à l'aluminerie Alouette de Sept-Îles

Le rapport précise qu'idéalement un protocole d'entente avec l'aluminerie Alouette de Sept-Îles devra être signé pour assurer un volume de marchandises de retour.

Les promoteurs pensent pouvoir réaliser tout ce programme pour le printemps prochain.

Le transport de marchandises de courte et moyenne distance vers la Côte-Nord est dominé par le camionnage.

À défaut de solution de rechange plus efficace sur le plan environnemental, mais aussi réaliste sur le plan économique, cette tendance ne fera qu'augmenter, concluent les armateurs.

Texte de Richard Lavoie

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