Côte-Nord : les PME courtisent les décrocheurs

Un cuisinier   © iStockphoto

Sur la Côte-Nord, les entrepreneurs se tournent maintenant vers les décrocheurs scolaires pour pallier la pénurie de main-d'oeuvre. Certains d'entre eux ont même décidé d'abaisser leurs critères d'embauche, n'exigeant même plus une 5e secondaire.

Les commerçants font de bonnes affaires à Sept-Îles. Les restaurants sont pleins et le chiffre d'affaires des magasins augmente. Mais si les PME roulent à plein régime, certains entrepreneurs commencent à être essoufflés par le manque chronique de travailleurs.

Cette pénurie a littéralement essoufflé Glen Méthot, originaire de Sept-Îles. « Je déteste être en affaires à Sept-Îles », lance-t-il. En deux ans, il n'a pas réussi à trouver de cuisinier pour travailler dans son resto-bar.

« J'ai contacté toutes les écoles de cuisine pour savoir s'il avait des gens intéressés de venir à Sept-Îles. J'ai appelé tout le monde que je connaissais, j'offrais de loger la personne, j'offrais un bonus salarial, j'offrais un partage des profits. Et des profits on en fait. Le bonus pouvait aller jusqu'à 25 000 $ », explique-t-il.

Après avoir été victime de surmenage professionnel, Glen Méthot a décidé de vendre son commerce.

Le président de Développement économique Sept-Îles, Luc Dion, connaît bien le problème : « On connaît carrément une pénurie de main-d'oeuvre. Certains de nos entrepreneurs consacrent de 60 à 70 heures par semaine à leur entreprise. Alors, ça ne peut pas faire autrement que de conduire à la fatigue ou à la fermeture de l'entreprise ».

En janvier 2012, le taux de chômage s'élevait à 5,4 % la Côte-Nord et le Nord-du-Québec, comparativement à 8,4 % pour l'ensemble de la province.

Des minières responsables de la pénurie

Les restaurants, les boutiques et les PME de Sept-Îles ont de la difficulté à recruter du personnel, car les grandes compagnies minières offrent de meilleurs salaires et conditions de travail.

Dans la région, la moyenne des salaires oscille entre 75 000 $ et 150 000 $. Les entreprises minières peuvent offrir des salaires de 18 $ à 23 $ l'heure aux étudiants.

« Nous autres, on n'est pas capables de donner ces salaires-là. Les jeunes en bas de 20 ans qui commencent à dire que les salaires qu'on donne, c'est des salaires de crèves faim, c'est dur d'entendre ça », déplore Line Lejeune, la propriétaire du restaurant chez Omer, une institution à Sept-Îles.

Plusieurs entrepreneurs se tournent donc vers les décrocheurs. « C'est sûr les décrocheurs, pour nous autres les PME, c'est notre futur. Les gens qui ont fait le cégep ou l'université, ils ne viendront pas travailler dans les restaurants pour être plongeurs, note Line Lejeune. Il faut prendre un jeune qui décroche de l'école, parce que s'il va à l'école, il va aller se faire engager par les compagnies minières. »

La pénurie de personnel est telle à Sept-Îles que certaines PME ont décidé d'abaisser les critères d'embauche et n'exigent plus, comme auparavant, que les jeunes aient terminé leur secondaire.

C'est le cas de Fabnor, une compagnie que dirige Yves-Marie Côté. L'homme d'affaires ne se gêne pas pour dire qu'il embauche des jeunes sans diplôme. « C'est des gars et des filles qui n'ont pas complété leur secondaire 5. Ils voient qu'ils ont la possibilité d'apprendre un métier, puis on les intègre, on les forme. En bout de ligne, au bout de deux ou trois ans, ils ont vraiment appris le métier. C'est utile pour eux plus tard. »

Le problème du décrochage scolaire

Cette situation n'aide en rien la lutte au décrochage scolaire sur la Côte-Nord, où le taux de décrocheurs est parmi les plus élevés au Québec.

Luc Dion de Développement économique Sept-Îles se porte toutefois à la défense des PME. « On a abaissé les critères, mais dans le fond, on retrouve quand même une main-d'oeuvre de grande qualité. C'est des critères bien relatifs. Sincèrement, je le dis comme ça, un secondaire 5, ça ne donne pas de compétences, c'est des aptitudes », explique-t-il, ajoutant que « c'est plaisant de voir que des gens qui ont peu de scolarité ont maintenant de bons emplois ».

Les 20 et 21 février, l'équipe de Classe économique présente son émission de Sept-Îles dès 18 h 30, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Avec les informations de Jean-Philippe Robillard.

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