Un camp minier devant le parlement

Pancarte de la coalition Sept-Îles sans uranium

La coalition Sept-Îles sans uranium installe un camp minier devant l'Assemblée nationale jusqu'à jeudi pour réclamer un moratoire de trois ans sur l'exploration et l'exploitation des sites uranifères partout au Québec.

Un regroupement d'opposants à l'exploitation d'uranium à Sept-Îles, sur la Côte-Nord, s'installe jusqu'à jeudi dans un faux campement minier aménagé devant l'Assemblée nationale à Québec.

Sept-Îles sans uranium, appuyé par la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, réclame deux titres d'exploration minière directement sous l'Assemblée nationale du Québec pour protester contre la nouvelle Loi sur les mines.

Tandis que la commission parlementaire sur les modifications à apporter à la Loi sur les mines reprend ses travaux, ces opposants réclament un moratoire d'au moins trois ans sur l'exploration et l'exploitation des mines d'uranium non seulement à Sept-Îles, mais partout au Québec. Les protestataires entendent être présents 24 heures sur 24 dans leur campement minier improvisé.

Le porte-parole de Sept-Îles sans uranium, Marc Fafard, explique vouloir ainsi démontrer la facilité de la procédure gouvernementale pour s'approprier des droits sur le sous-sol de la province.

S'ils sont accordés par le ministère des Ressources naturelles, les droits d'exploration minière, acquis pour une centaine de dollars, permettent à son détenteur d'explorer le sous-sol du territoire ciblé en exclusivité durant deux ans.

Le représentant de la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, Ugo Lapointe, considère qu'il est aberrant que le régime minier actuel accorde des droits de prospection sous les plaines d'Abraham.

« Ça n'a pas d'allure! Il faut changer de fond en comble ce régime désuet qui s'appuie sur des principes qui datent d'une autre époque. » — Ugo Lapointe de la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine

Selon les modalités prévues par la loi, un opposant à l'exploitation de l'uranium a obtenu, le 8 juillet dernier, deux claims sous le parlement et sous une partie des plaines d'Abraham en remplissant un simple formulaire. Il n'a toutefois pas encore obtenu la confirmation de cette acquisition par le ministère des Ressources naturelles. Par contre, la coalition avance que, selon les registres du ministère, un prospecteur a officiellement obtenu les droits exclusifs de propriété et d'exploration des minéraux sous le parlement, de mai 2008 à mai 2010.

Membre de la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, Christian Simard, de Nature-Québec, juge que la Loi sur les mines devrait protéger les citoyens et leur environnement. M. Simard réclame « une loi qui ne met plus le droit des minières devant tout autre droit ».

site-lac-kachiwiss-uranium Site d'exploration d'uranium, près d'Aguanish sur la Côte-Nord

Pour sa part, Marc Fafard de Sept-Îles sans uranium souhaite que tous les territoires urbanisés soient exclus des zones de prospection. M. Fafard fait ainsi un lien avec les citoyens de Malartic, où la minière Osisko s'est entendue de gré à gré avec 200 propriétaires sauf un pour les exproprier et poursuivre l'exploitation de la partie du gisement située sous la ville. « Nous voulons que les citoyens soient respectés et que les territoires municipaux soient soustraits du potentiel minier du Québec. Aucune mine en exploitation pendant 15 ou 25 ans ne peut ainsi se justifier de déménager un village établi depuis 100 ans ou plus », soutient M. Fafard.

Le porte-parole de Sept-Îles sans uranium, Marc Fafard, estime que tout le Québec doit se sentir concerné par l'exploitation d'uranium, même si, les sites actuellement en exploration sont situés sur la Côte-Nord. « Qu'on n'en produise pas sur le territoire, donc pas de centrale, pas de production et, par la bande, pas d'exploration », déclare M. Fafard.

L'organisme a aussi demandé au ministère de l'Environnement, la semaine dernière, de considérer les carottes de forage comme des matières dangereuses dès la confirmation d'une teneur d'uranium de 37 parties par million.

Semaine d'activités

uranium-exploration-dechets Carottes extraites d'un site d'exploration d'uranium.

Pour que le Québec ait meilleure mine et Sept-Îles sans uranium ont organisé une série d'activités pour sensibiliser la population du Québec aux impacts du développement de la filière uranifère. Les deux coalitions inviteront notamment la population à se procurer des droits miniers partout au Québec. Des droits, déjà acquis, seront aussi vendus aux enchères. Mercredi, les protestataires invitent les gens à participer à un pique-nique sur l'herbe devant le parlement, vêtus en jaune, la couleur rappelant celle de la radioactivité. Les deux organismes déposeront leurs mémoires en commission parlementaire mercredi.

Plusieurs organismes partenaires de la coalition présenteront également des mémoires cette semaine et la semaine prochaine.

Parmi ces groupes, les élus entendront un groupe de médecins de Sept-Îles qui a menacé de démissionner si une mine voyait le jour dans la région.

La porte-parole du groupe, la psychiatre Isabelle Gingras, explique que son groupe demande aussi l'imposition d'un moratoire sur l'exploration uranifère sur l'ensemble du territoire québécois. « On est allés chercher des appuis de confrères de partout en province, donc c'est important qu'on sorte le débat de Sept-Îles. Ce n'est pas juste un problème de Sept-Îles. Ce n'est pas un syndrome pas dans ma cour », lance la Dre Gingras.

Une année mouvementée à Sept-Îles

Citoyens et médecins défilent à Sept-Îles pour demander au gouvernement un moratoire sur l'exploration et l'exploitation de l'uranium au Québec (archives)

Les parlementaires entendront cette semaine plusieurs intervenants originaires de la Côte-Nord, notamment de Sept-Îles. Cette ville de la Côte-Nord livre une bataille contre l'exploration de l'uranium sur son territoire depuis que l'entreprise Terra Ventures a amorcé ses travaux de prospection d'uranium sur le site du lac Kachiwiss, situé à moins d'une vingtaine de kilomètres au nord de la municipalité. Manifestations et pétitions s'étaient succédé.

La controverse, jumelée à une chute du prix de l'uranium, l'hiver dernier, a entraîné l'arrêt du projet. Terra Ventures a finalement annoncé son départ la semaine dernière.

Cette décision a tout de même surpris certaines personnes, puisque tout était encore en place jusqu'au mois dernier. Des membres de Sept-Îles sans uranium s'étaient rendus sur le site de Terra Ventures pour exprimer leurs craintes que l'entreprise reprenne ses travaux. « C'est la première fois qu'une industrie minière ou une entreprise minière change d'idée à la suite d'une manifestation citoyenne. Ça démontre quel poids les citoyens ont encore aujourd'hui au Québec », a déclaré le porte-parole Marc Fafard, la semaine dernière.

D'autres mémoires

La commission parlementaire entendra aussi des représentants d'autres régions, qui ne sont pas opposés au développement uranifère.

La Ville de Sept-Îles demandera pour sa part que tous les projets miniers soient assujettis à l'acceptation sociale.

Ces travaux se déroulent au moment même où à l'autre bout du pays, en Saskatchewan, se déroule la troisième conférence internationale sur l'uranium. Plus de 500 délégués d'une vingtaine de pays sont à Saskatoon pour participer à cet événement, organisé par l'Institut canadien des mines, de la métallurgie et du pétrole.

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