
C'est devant une salle comble à Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord, que s'est déroulée, lundi soir, la première rencontre d'informations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sur le projet d'aménagement d'un complexe hydroélectrique sur la rivière Romaine.
Dès le début de la soirée, John Burcombe, du groupe environnemental Au courant, a réitéré la demande des groupes environnementalistes de tenir des audiences publiques à Montréal ou Québec.
La requête a été aussitôt rejetée par le président de la commission, Michel Germain.
Ce dernier a indiqué que certaines considérations technologiques remettaient en cause une telle idée. « Si nous avions accepté, ça aurait impliqué peut-être quatre salles en téléconférence. Je ne sais même pas si c'est possible. Comme je vous dis, ça n'a jamais été tenté », a expliqué M. Germain.
Boycottage
Plus tôt dans la journée, lundi, des groupes comme Nature Québec, Fondations Rivières et la Société pour vaincre la pollution ont dénoncé le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), pour son refus de tenir une partie des audiences à Montréal ou à Québec.
 | BAPE (archives)
| Ces organismes indiquent notamment que les effets du projet ne sont pas que régionaux. Ils avancent également l'argument que tous les Québécois payeront pour ce projet.
Les environnementalistes affirment ne pas avoir les moyens de se déplacer à Havre-Saint-Pierre, où se déroulent les audiences du BAPE. Ils estiment que le gouvernement provincial devrait augmenter le budget des audiences.
Ces groupes demandaient aussi au gouvernement ainsi qu'à Hydro-Québec d'utiliser la vidéoconférence afin de faciliter leur participation. Le système de vidéoconférence leur aurait permis de poser directement leurs questions aux experts.
De son côté, le BAPE leur a offert de poser leurs questions par l'entremise d'Internet. Les groupes ont refusé en raison de l'importance du projet. « C'est un peu comme si Hydro-Québec s'était fait donner un billet gratuit pour présenter une étude d'impacts sans débat à Havre-Saint-Pierre », souligne Daniel Green, de la Société pour vaincre la pollution.
La ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, a fait savoir, par l'entremise de son attaché de presse Philippe Cannon, qu'elle tentait de trouver le moyen de favoriser la participation de ces groupes sur la Côte-Nord.
En attendant, les groupes environnementaux menacent de boycotter les audiences publiques sur le projet hydroélectrique de la rivière Romaine, située sur la Côte-Nord.
Ce boycottage ne serait pas sans conséquence. Des groupes comme Nature Québec ou La Société pour vaincre la pollution disposent d'une expertise et de moyens que la plupart des citoyens ne possèdent pas.
Les différents groupes sont d'avis que leur absence risque d'entacher la crédibilité du rapport. « Le rapport du BAPE va être affaibli par le fait que l'on ne soit pas là. Un débat technique et démocratique sur ce projet-là est une nécessité. C'est 8 milliards de dollars de notre argent », explique M. Green.
Irritation régionale
La Coalition en faveur du projet hydroélectrique de La Romaine a pour sa part dénoncé l'attitude des groupes environnementaux qui menacent de boycotter les audiences s'il n'y a pas de possibilités d'y participer à partir de Montréal ou de Québec.
Le président de la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord (CRE), Georges-Henri Gagné, qualifie cette demande d'inacceptable. M. Gagné s'insurge surtout contre les raisons qui motivent cette demande soit l'éloignement des endroits où se déroulent les audiences et les coûts de transport pour s'y présenter.
Le président de la CRE rappelle que l'éloignement des grands centres est la réalité de tous les hommes et de toutes les femmes de la région qui travaillent au développement économique de l'ensemble du Québec.
Le préfet de la MRC de la Minganie, Pierre Cormier, déplore, pour sa part, le peu de considération des groupes environnementaux pour le travail du BAPE et de la population de la Minganie.
Questions sans réponse
 | Jacques Gélineau (archives)
| Au cours de la soirée de lundi, le candidat défait du Parti vert aux dernières élections fédérales, Jacques Gélineau, a demandé si Hydro-Québec disposait d'études sur l'effet cumulatif des quatre futurs barrages sur les écosystèmes du fleuve Saint-Laurent.
M. Gélineau a également réclamé des précisions sur les ententes conclues avec les communautés locales, dont des bandes innues et la MRC de la Minganie.
Hydro-Québec a refusé de répondre à cette dernière question, invoquant un souci de confidentialité. La réponse a été jugée inacceptable par Jacques Gélineau. « Il reste beaucoup de questions à approfondir. Avec des dossiers secrets, on ne peut pas prendre des décisions pour les générations qui vont suivre », fait valoir M. Gélineau.
Mardi, d'autres participants se sont aussi interrogés sur la nature des ententes conclues entre Hydro-Québec et les communautés de la Minganie. À la demande de la commission, Hydro-Québec devra produire un tableau synthèse d'ici mercredi. En attendant, la société d'État a précisé que l'entente conclue avec la MRC de la Minganie serait indexée et actualisée au fil du temps.
Certains ont aussi voulu en savoir plus sur la rentabilité du projet. Hydro-Québec a réitéré son intention de vendre, dans un premier temps, l'électricité à la Nouvelle-Angleterre et à New York, pour se tourner entièrement vers le Québec en 2037. La société d'État a ainsi précisé que le coût du kilowatt-heure, avec tous les frais, serait de 9,2 ¢.
Enfin, l'utilisation de l'unique route138 pour l'acheminement de l'équipement et les déplacements des travailleurs pendant la période des travaux a soulevé de nombreuses questions, mardi après-midi.
Lundi, des participants s'étaient aussi inquiétés de la présence de mercure dans la chair des poissons et de l'impact des barrages sur la température de l'eau et sur la population de saumon.
Les séances d'informations du BAPE se poursuivent jusqu'à mercredi et reprendront la semaine prochaine, si nécessaire. Le dépôt des mémoires est prévu en décembre. Le BAPE remettra son rapport d'ici le 27 février.
Objectif 2009
 | Rivière Romaine
| Hydro-Québec espère toujours être en mesure de lancer le chantier du complexe hydroélectrique de la rivière Romaine en 2009.
Le futur complexe, dont la construction est estimée à 6,5 milliards de dollars, comprendra quatre centrales hydroélectriques, dont l'érection s'échelonnera jusqu'en 2020.
Les retombées économiques du projet sont évaluées à 3,5 milliards, dont 1,3 milliard pour la Côte-Nord. Hydro-Québec prévoit embaucher 1000 personnes en moyenne par année pour ce chantier.
Les besoins de main-d'oeuvre grimperont à 2400 personnes entre 2012 et 2016. Situés au nord de Havre-Saint-Pierre, en Minganie, les quatre barrages devraient produire 1550 mégawatts.
La mise en service de la première centrale est prévue pour 2014.
|