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En profondeur

Journalistes : Benoît Ferradini, Florence Reinson

Mise à jour le dimanche 20 novembre 2011 à 19 h

Nombre d’habitants : 2,1 millions (région métropolitaine)
Nombre de sans-abri dans le Grand Vancouver : 2 600
Nombre d’itinérants participant au projet : 500
Nombre de sans-abri à Vancouver : 1600

Villes sous la loupe
Vancouver


Les problèmes de toxicomanie des sans-abri ont d’importants impacts sur leur santé

Après des années marquées par l'alcoolisme, la toxicomanie et des nuits passées dans les rues mouillées de Vancouver, Troy avait réussi à se stabiliser, il y a un an et demi. Le projet-pilote de recherche Chez soi lui a fourni un petit appartement. L'objectif visait à étudier comment sa vie allait changer avec un toit sur la tête.

Il y a un an, il était rempli d'espoir. Depuis, il a replongé dans l’alcool et la drogue. «J’ai eu des hauts et des bas depuis l’année dernière. Je me suis débrouillé pour avoir de l’argent et je suis parvenu à tout gaspiller », avoue-t-il.

Comme lui, ils sont près de 300 à être logés à Vancouver dans le cadre de l'étude. Soixante pour cent d'entre eux sont toxicomanes ou alcooliques, en plus de souffrir d’une maladie mentale. Malgré la difficulté des itinérants de conjuguer avec ces problèmes majeurs, les premiers résultats de l'étude s’avèrent encourageants.

La plupart des sans-abri sont restés dans leurs logements, et certains ont retrouvé de l'autonomie, recontacté leurs familles ou déniché des petits boulots.

«Se trouver à mi-chemin est un endroit dangereux. C’est assez loin pour se rendre compte que l’on est sur la bonne voie, mais c’est trop loin du bout du tunnel pour pouvoir tirer des conclusions», explique Julian Somers, directeur d’étude pour le projet Chez soi, démarré en 2009.

Bien souvent, les années passées dans la rue et la drogue ont ruiné la santé des sans-abri. «Jusqu’à présent, plus de 20 participants à l’étude sont morts et c’est un chiffre bien plus élevé que dans les autres villes. Je pense que cela est dû à la quantité de drogue absorbée ici», précise M. Somers.

Le nombre de 500 participants établis pour le projet-pilote à Vancouver a presque été atteint en novembre 2011 avec 490 itinérants ayant pris part au programme. Plus de 230 d’entre eux ont un logement à leur disposition.

Un hôtel reconverti en logement pour sans-abri

La centaine de chambres de l’hôtel Bosman dans le centre-ville de Vancouver sont occupées par d’anciens sans-abri participant à l’étude.

Nicholas Wennington y vit depuis un an. Il est atteint du sida et de l’hépatite. Il lui suffit de descendre au premier étage pour avoir accès à une pharmacie, à un cabinet médical et à des infirmières. Sa santé physique et mentale s’améliore, selon lui. «Maintenant, je mange trois repas par jour. Lorsque j’étais dans la rue, il y a des jours où je ne mangeais pas. Je ne me drogue plus», affirme-t-il.

Quant à Rick, un participant rencontré l’an dernier, il vit toujours dans sa chambre, mais sa santé mentale s’est détériorée.

À travers leurs défis quotidiens, les résidents ont formé une petite communauté, mais une fois l'étude Chez soi terminée, l'hôtel sera détruit. Même s'il leur reste encore un an avant la fin du programme, l'inquiétude est déjà palpable.

Si je retourne vivre dans la rue, je sais que je reprendrai de la drogue. J’ai besoin de l’assurance que j’aurai une maison après la fin de l’étude

Nicholas Wennington

Troy, lui, n'a pas encore pensé à l'avenir. Son dernier combat contre l'alcool et le crack remonte à quelques jours. Il se bat toujours contre ses démons et veut déménager afin de prendre un nouveau départ. La poésie lui donne une raison d’espérer. Il a publié un poème cette année et cela a changé quelque chose en lui.

«J’étais vraiment allumé. Je marchais comme un homme après ça. Je ne regardais plus le sol, j’avais la tête haute. J’ai peut-être un peu de talent dont je n’étais pas conscient. Peut-être que je ne dois pas être cette personne sans-abri, ce type sans emploi», conclut-il.

Les succès et les rechutes de ces itinérants vancouvérois seront scrutés à la loupe par une vingtaine de chercheurs pendant encore 18 mois.

Reportage de Benoît Ferradini



Diaporamas
Photoreportage 1

Nicholas Wennington vit à l’hôtel Bosman depuis un an. Il est atteint du sida et de l’hépatite. Il lui suffit de descendre au premier étage pour avoir accès à une pharmacie et à un cabinet médical.

Photoreportage 2

Troy, dont la vie a été marquée par l’alcoolisme, la toxicomanie et l’itinérance, tente de prendre sa vie en main et s’est découvert un talent pour la poésie.

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