Journalistes : Solveig Miller, Florence Reinson
Mise à jour le dimanche 20 novembre 2011 à 19 h
Nombre d’habitants :
1,62 million
Nombre de sans-abri :
30 000
Nombre d’itinérants participant au projet :
500
Villes sous la loupe
Montréal
Convaincre les propriétaires à héberger un sans-abri, un défi
Après deux ans, le projet Chez soi à Montréal peut être considéré comme un succès puisque 80% des itinérants souffrant de problèmes de santé mentale participant au programme occupent toujours leur logement. Leur situation demeure toutefois fragile.
Les partenaires du projet-pilote, tant propriétaires que les concierges ou encore les voisins, sont mis à rude épreuve.
Si seulement quelques propriétaires ont demandé à sortir du projet, découragés par tous les problèmes de comportement avec le voisinage, la majorité tient bon.
Francine Cadieux, qui l’an dernier souffrait de dépression grave l’ayant poussée à la rue pendant quatre ans, se porte bien aujourd’hui.
Disposer d’un logement et recevoir la visite hebdomadaire de son intervenante Isabelle lui donnent du courage et de l'espoir.
« Ce n'est pas si facile que cela de sortir de ces peurs-là, de ces craintes, de ces angoisses. Que tu le veuilles ou non, il faut que tu aies du punch, moi j'ai été privilégiée », croit-elle.
Expulsions
D'autres n’ont pas eu la force de se battre et se sont fait expulser de leur logement, car ils étaient devenus intolérables pour le voisinage. Ils sont 20 % à Montréal à avoir été mis dehors.
Le défi de la dernière année dans la métropole aura été de soutenir les propriétaires qui ont accepté que leur logement soit habité par des sans-abri. Trois d’entre eux ont jeté l’éponge, 70 autres tiennent le coup.
« Si vous êtes le type de propriétaire qui passe une fois par mois et qui vient collecter les loyers et que vous partez après c'est sûr que ça ne fonctionnera pas », affirme Michael Arruda, propriétaire d'un multiplex dans le nord de Montréal.
M. Arruda est aussi l'expert en intervention auprès des itinérants souffrant de maladie mentale du Service de police de Montréal, et est également psychologue. Passant de la parole aux actes, il loue un appartement depuis plus d'un an à un participant du projet.
Avec les autres locataires de l’immeuble, il a tissu un lien social autour de la personne. Chaque fois que survient un problème, et problème il y a eu, il intervient.
« À un moment donné, il s'est promené dans la bâtisse avec un couteau alors qu’il était en état de psychose et là les gens ont paniqué. La police est intervenue et il faut, dans ces moments-là, être flexible, le rencontrer », explique le psychologue.
À la mi-novembre 2011, 285 participants avaient obtenu un logement. Depuis avril 2011, 41 participants ont remplacé les 48 personnes qui ont quitté le programme. 61 participants ont dû être relogés au cours des six derniers mois.
Inviter des amis
À l'autre bout de la ville, sur le Plateau, un autre participant, orphelin de Duplessis, Jean-Claude Tremblay, illustre bien un autre problème auquel sont confrontés les propriétaires. Il s'est promis que, cette fois-ci, il tiendrait certains de ses amis de la rue à distance afin d’éviter de se faire expulser de son logement.
Les chercheurs ont fait le pari que la personne réajusterait son mode de vie d'elle-même pour conserver son logement. Un toit lui est fourni sans qu’il lui soit exigé de prendre ses médicaments ou de suivre une cure de désintoxication.
« On a abandonné un tas de personnes dans la rue et ça suffit ! Il faut faire autrement et il faut mettre l'argent nécessaire pour y arriver », martèle la coordonnatrice du projet à Montréal Sonia Coté.
Jean-Claude Tremblay et Francine Cadieux ne savent pas ce qu'il adviendra d'eux l'an prochain lorsque l'étude sera terminée.
Après deux ans, plus de 80% des participants sont toujours en appartement, mais ce succès ne pourrait être qu’éphémère. Certains participants nécessitent des suivis beaucoup plus soutenus et il ne reste qu'un an au projet.
Édition 2010 >>