Journalistes : Michèle Brideau, Florence Reinson
Mise à jour le dimanche 20 novembre 2011 à 19 h
Nombre d’habitants :
126 400
Nombre de sans-abri :
946
Nombre d’itinérants participant au projet :
225
Villes sous la loupe
Moncton
L’itinérance discrète des petites villes
L'itinérance n'est pas forcément visible à Moncton, une ville de 64 000 habitants, ou plus largement dans le Grand Moncton, qui compte 126 000 âmes dans les communautés voisines de Dieppe et Riverview. Pourtant, on y dénombre près de mille sans-abri.
Philippe Mourant était un itinérant invisible. Pendant de longs mois, il a vécu dans une forêt proche de l'Université de Moncton, où il étudiait en science politique. La mort de son frère cadet l'a plongé dans un cauchemar qui l’a conduit à abandonner ses études.
«Je pensais tout le temps qu'il y avait du monde après moi qui me voulait du tort et j'entendais des choses qui n’étaient pas vraiment là. Je m'imaginais des scénarios dans ma tête.»
Philippe reprend peu à peu goût à la vie. Il a un appartement et écrit même des chansons pour faire passer la douleur des dernières années. Bipolaire, il est suivi de près par l'équipe de professionnels de l’étude Chez soi et fait des progrès.
«J'ai plus progressé et travaillé sur moi-même pendant ce temps-là, j'ai rebâti mes relations et ces choses-là», explique-t-il, ajoutant qu’il s’est fixé des buts et prend plus d’initiatives.
«Philippe est une personne qui a grandi à travers sa maladie. Il a appris à intégrer ses problèmes à l'intérieur de son quotidien au lieu de les laisser de côté», explique la chef d’équipe de Chez soi à Moncton, Sylvie Patry.
À 29 ans, il croit en son avenir. Il a entrepris des études en ingénierie au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, où il est premier de classe.
«Pour moi, c'est une grande réussite. Tu peux vivre avec une maladie mentale. Tu peux avoir des buts, tu peux avoir un job. Tu peux fonctionner dans la société», conclut Philippe.
En date de novembre 2011, 192 personnes itinérantes participent à l’étude Chez soi et plus de 100 sont logées.
Ange gardien
Sylvie Patry garde un oeil sur ses protégés. Elle connaît leurs déplacements et sait où se rendre pour prendre de leurs nouvelles. «On a quand même un genre de réseau d'établi; quand on les cherche, dépendamment de leurs activités quotidiennes, on sait où aller», affirme-t-elle.
Paul Cormier fait aussi partie du groupe de quelque 200 itinérants de Moncton qui participent à l'étude Chez soi. Il souffre de troubles bipolaires et de schizophrénie. Aujourd'hui, il va mieux, prend régulièrement ses médicaments, et a apprivoisé la vie en appartement.
Les voir évoluer vers un cheminement qui leur amène leur autonomie, c'est magique
se réjouit Sylvie Patry
Tous les matins, elle tient une réunion avec des psychiatres, infirmières et travailleurs sociaux pour discuter de l'état de chaque participant à l'étude Chez soi. Tous ne vont pas aussi bien que Paul et Philippe, mais tous vivent de petites victoires.
«La réussite pour certains, c'est de rester dans le même logement pendant quelques mois, d'être capables de se préparer quelques repas, d'arriver à maintenir son environnement, ce qui veut dire entretenir son appartement», explique Mme Patry.
Elle constate des progrès à plusieurs niveaux, notamment celui de la justice lorsqu’elle accompagne à l'occasion des participants convoqués au tribunal. «Le juge nous demandera ce que nous pouvons apporter à cette personne-là qui lui permettrait de comprendre qu'il peut la relâcher et assurer à la communauté qu'elle sera prise en charge», poursuit-elle. Certains, qui avaient des démêlés avec la justice, ont ainsi évité la prison.
Le reportage de Michèle Brideau
Photoreportage
L’itinérance ne touche pas que les grandes villes. On dort dans la rue aussi à Moncton, qui compte 126 000 habitants dans la grande région et un millier de sans-abri.
Édition 2010 >>