Darrell Dexter
Photo: La Presse Canadienne/Andrew Vaughan
Darrell Dexter goûte à la victoire avec humilitéAu soir d'une victoire historique pour ses troupes, le chef néodémocrate de Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter, savoure sa victoire, tout en félicitant ses adversaires. Il présente brièvement son plan d'action.
 

Les forces en présence

Les Néo-Écossais sont appelés aux urnes le 9 juin. Il s’agit des cinquièmes élections générales dans la province en 11 ans.

Le gouvernement progressiste-conservateur minoritaire de Rodney MacDonald voulait modifier la loi sur les finances provinciales afin de pouvoir dépenser les revenus des ressources extracôtières au lieu de les utiliser pour rembourser la dette. Cependant, les deux partis d'opposition ont voté contre cette motion de confiance, provoquant ainsi la chute du gouvernement.

Une pente à remonter pour les conservateurs

La Nouvelle-Écosse est dirigée par un gouvernement progressiste-conservateur minoritaire depuis août 2003. John Hamm était alors le premier ministre. Aux élections de 2006, avec Rodney MacDonald à la tête du parti, les progressistes-conservateurs n’ont pu regagner une majorité. Ils ont en fait perdu du terrain en se retrouvant avec deux sièges de moins à l’Assemblée législative qu’en 2003.

Rodney MacDonald place l’économie au cœur de sa campagne. En lançant cette campagne, il a expliqué que son parti veut stimuler l’économie à l’aide des redevances perçues sur les ressources extracôtières. M. MacDonald a accusé les autres partis de vouloir augmenter les taxes et les frais des services gouvernementaux pour investir dans l’économie.

Toutefois, selon l’observateur politique Ralph Surette, le gouvernement MacDonald, qui a été éclaboussé par plusieurs scandales au cours de son mandat, a perdu de la crédibilité aux yeux des électeurs.

« Il part avec l’impression qu’il rêve d’être un genre de promoteur. Il est très jeune. Il n’a pas tellement d’expérience, pas de substance, pas de direction même s’il a des politiques assez grandioses. Par exemple, en environnement: en 2020, on va être l’une des juridictions les plus avancées au monde en environnement, en carbone, etc., mais il n’y a personne qui y croit », affirme Ralph Surette.

Les néodémocrates en quête du pouvoir

Darrell Dexter, le chef néodémocrate, a dirigé le parti lors des deux dernières élections générales. Le NPD a gagné chaque fois plus de sièges. Le parti a formé l’opposition officielle à l’issue des élections de 2006. Il avait alors connu les meilleurs résultats de son histoire en remportant 20 sièges.

La campagne néodémocrate est centrée sur la famille. Ce thème était aussi au cœur de la campagne du parti en 2006 (et aussi un miroir de la campagne fédérale). Le parti y ajoute cette fois-ci le concept d’une direction politique authentique. Le NPD attaque ainsi le bilan du gouvernement sortant. En lançant sa campagne, le chef néodémocrate a accusé Rodney MacDonald d'être responsable de tout ce qui ne marche pas en Nouvelle-Écosse. Darrell Dexter se présente comme étant capable de former le prochain gouvernement.

« Cette nouvelle façon de gouverner, c’est ça le vrai enjeu dans un sens, à savoir si le NPD va finalement franchir le seuil du pouvoir. Une fois au pouvoir, ils vont pouvoir changer les choses un petit peu, même si on ne peut pas vraiment parler spécifiquement de comment ça va changer. Vous savez, tout ce qu’on peut dire, c’est [si] les partis traditionnels qui ont fait faillite depuis une quarantaine d’années un après l’autre […] vont pouvoir être remplacés. Je dirais que c’est ça le thème sous-terrain en Nouvelle-Écosse. Est-ce qu’on a le courage d’élire le NPD? », explique Ralph Surette.

Les libéraux cherchent à se renouveler

Pour le Parti libéral, il s’agit des premières élections générales sous la gouverne de Stephen McNeil. Ce dernier a été élu chef du parti il y a deux ans. Stephen McNeil croit que les Néo-écossais veulent tourner la page sur les chefs des deux autres partis, et c'est pourquoi il présente son parti comme étant le choix le plus attrayant.

Selon Ralph Surette, la base du Parti libéral est toutefois effritée. « C’est un parti quand même qui, avec la montée du NPD, a perdu le cœur de son establishment, qui était le vieil establishment d’avocats et d’hommes d’affaires d’Halifax qui a gouverné la Nouvelle-Écosse essentiellement pendant 150 ans. Mais à savoir s’il y a de la substance là-dedans? Leur organisation est très mince », estime M. Surette.

Les paris sont ouverts

Les trois partis se livrent à une lutte serrée dans plusieurs circonscriptions. Dans trois d’entre elles, les progressistes-conservateurs proposent de nouveaux candidats, car les ministres sortants Brooke Taylor et Jamie Muir prennent leur retraite de la politique, et Michael Baker, ex-ministre des Finances, est décédé récemment du cancer. De plus, le parti affronte maintenant Ernie Fage, un ancien ministre progressiste-conservateur qui se porte candidat à titre d’indépendant.

Les libéraux et les néodémocrates vont s’affronter dans plusieurs circonscriptions, notamment dans Queens, remportée par la néodémocrate Vicki Conrad en 2006. Les libéraux ne comptaient aucun candidat dans cette circonscription en 2006, mais ils en ont un cette fois-ci en la personne de Wayne Henley.

L’observateur politique Laurent Le Pierrès prévoit une soirée électorale palpitante le 9 juin. « Il y a beaucoup de circonscriptions, je crois, en Nouvelle-Écosse, parce qu’il y a trois partis qui sont quand même compétitifs et qui ont plus de 30 % des intentions de vote, où on verra qu’il y a des choses bizarres qui vont se passer. Je pense justement à cause de la répartition du vote, il y a des candidats qui vont gagner des sièges avec à peine plus d’un tiers des voix. Alors, ça va rendre les élections très imprévisibles quand on comptera les sièges à la fin de la soirée », explique M. Le Pierrès.

À la dissolution de l'Assemblée législative, les progressistes-conservateurs détenaient 21 sièges, les néodémocrates en avaient 20, les libéraux en occupaient 9. Il y avait un député indépendant et un siège vacant.
Denis Robichaud s’entretient du lancement de la campagne électorale avec l’observateur politique Ralph Surette.

Fernande Devost et l’observateur politique Laurent Le Pierrès font un survol des circonscriptions particulièrement convoitées.