Un troisième mandat pour Campbell

Gordon Campbell Le premier ministre Gordon Campbell   © PC/Jonathan Hayward

Au terme d'une campagne plutôt terne, les libéraux de Gordon Campbell remportent un troisième mandat majoritaire consécutif en Colombie-Britannique.

Les libéraux de Gordon Campbell sont reportés au pouvoir pour un troisième mandat majoritaire. Alors que le taux de participation plonge, les néodémocrates forment de nouveau l'opposition officielle et les verts reviennent bredouilles.

Dans son discours de victoire, le premier ministre réélu, triomphant et très entouré par les siens, a déclamé que la Colombie-Britannique était le meilleur endroit au monde où vivre, et ce, malgré le contexte économique difficile en ce moment.

Dans une allocution se voulant inclusive, il a pris acte des programmes de ses adversaires déchus, se disant prêt à travailler avec l'opposition.

« Les Britanno-Colombiens peuvent être fiers, ils ont décidé d'agir dans des domaines cruciaux comme les changements climatiques, l'économie... » — Gordon Campbell

S'engageant à travailler en vue des Jeux olympiques, avec « les yeux du monde entier sur nous », le premier ministre a aussi juré de s'attacher à réduire l'écart de niveau de vie des Autochtones avec le reste de la population, et, plus largement, à aider ceux qui sont dans une passe difficile. Se plaçant sous le signe de la continuité, évoquant la génération suivante et l'héritage à laisser aux jeunes, il s'est engagé à « créer des opportunités dans toutes les régions de cette province ».

L'ancien maire de Vancouver, qui a d'ailleurs été réélu dans sa circonscription avec plus de 50 % des intentions de vote, est devenu le 34e premier ministre de la province le 16 mai 2001 en faisant élire 77 députés dans les 79 circonscriptions de la province. À ce moment-là, les libéraux n'avaient remporté qu'une seule élection générale en Colombie-Britannique depuis 1949.

Les candidats du Parti libéral ont remporté 49 circonscriptions contre 36 circonscriptions pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) de la Colombie-Britannique. À la dissolution de l'Assemblée législative, les libéraux détenaient 42 sièges et les néodémocrates 34. Il y avait trois sièges vacants.

Dans la circonscription d'Abbotsford-Sud, le libéral John van Dongen a été réélu avec plus de 60 % des intentions de vote. Rappelons qu'en pleine campagne, il a démissionné de ses fonctions de solliciteur général et de ministre de la Sécurité publique. M. van Dongen a révélé avoir perdu son permis de conduire pour excès de vitesse.

Kash Heed Kash Heed a été élu dans la circonscription de Vancouver-Fraserview. (archives)

Vancouver-Fraserview

Dans la circonscription de Vancouver-Fraserview, c'est-à-dire l'ancienne circonscription du solliciteur général Wally Oppal, le candidat vedette libéral Kash Heed l'a remporté avec près de 50 % des intentions de vote. Il devance ainsi le candidat du NPD, Gabriel Yiu, par plus de 800 votes.

L'ancien chef de la police de West Vancouver aura sans aucun doute un rôle important au sein du prochain cabinet de Gordon Campbell. Kash Heed a d'ailleurs de bonnes chances de remplacer John van Dongen au poste de solliciteur général.

Kash Heed souligne qu'il a 30 ans d'expérience dans la police et qu'il sera utile là où le premier ministre le croira utile.

Rappelons que le nouveau député a milité en faveur d'une force de police régionale, une idée à laquelle Gordon Campbell s'est catégoriquement opposé.

Kash Heed estime qu'il fera de la lutte contre le crime sa priorité, peu importe son rôle au sein du prochain gouvernement libéral.

Tous les ministres sortants ont été réélus. Toutefois, les majorités de certains libéraux sont très faibles. Par exemple, le solliciteur général, Wally Oppal, a devancé la candidate indépendante Vicki Huntington dans la circonscription de Delta-Sud par quelques votes seulement tout au long de la soirée. Il termine d'ailleurs la soirée avec seulement trois votes d'écart avec la candidate indépendante. Un recomptage est à prévoir dans cette circonscription.

Faible taux de participationUn peu plus d'un électeur sur deux s'est prononcé dans le cadre de ces élections. Le taux de participation n'a été que de 51 %. Il y a huit ans, le taux de participation s'élevait à 58 %. En 2005, il avait été de 55 %. En 1983, 77 % de la population avait voté.

Encore dans l'opposition, mais optimiste

Carole James La chef du NPD, Carole James   © PC/Darryl Dyck

De son côté, la chef du Nouveau Parti démocratique, Carole James, a été réélue. Son parti forme de nouveau l'opposition officielle.

Dans son allocution de fin de soirée, Carole James a concédé la victoire avec grâce, promettant de travailler de concert avec le gouvernement pour le bien commun, afin que « personne dans la province ne soit laissé pour compte ». Évoquant les thèmes traditionnels de la campagne de son parti, la chef a parlé de continuer à défendre les travailleurs forestiers, mais aussi les gens âgés, les jeunes, les minorités.

« Nous réalisons tous que les résultats ne sont pas ceux que nous attendions, mais nos électeurs seront très bien représentés par nos députés élus. » — Carole James

Les analystes ont d'ailleurs relevé que loin de sembler défaitiste, le ton de la chef battue semblait positif et tourné vers l'avenir.

Pourtant la question demeure à l'issue de cette soirée: que va-t-il advenir du leadership d'une chef affaiblie par la défaite?

Non au VUTEn plus d'élire un gouvernement, les électeurs de la province devaient se prononcer sur un projet de réforme du mode de scrutin, le vote unique transférable (VUT). Les résultats préliminaires indiquent qu'ils ont rejeté cette proposition.

Rien pour les verts

Jane Sterk La chef du Parti vert, Jane Sterk

Dans Esquimalt-Royal Roads, la néodémocrate Maurine Karagianis a été aussi réélue. Elle affrontait la chef du Parti vert, Jane Sterk.

D'ailleurs, les premiers résultats sont plutôt décevants pour les verts, qui ne comptent aucun élu. En fait, ils ont récolté 8,10 % des votes, soit 1 % de moins que lors des élections de 2005.

Dans son allocution, la chef a cependant indiqué qu'elle tablait sur l'avenir pour bâtir ses troupes.

« Nous avions une chance de gagner une circonscription ou deux, ce n'est pas arrivé, mais pour nous c'est la première journée de la campagne de 2013. » — Jane Sterk

Des appuis partagés

Après le dépouillement de la presque totalité des boîtes de scrutin, le Parti libéral a récolté 46,02 % des voix contre 42,02 % des votes pour le NPD. Le Parti conservateur de Wilf Hanni a récolté seulement 2,11 % des votes. Les pourcentages des appuis sont semblables à ceux reçus par les partis lors des élections générales précédentes, en 2005.

Les prochaines élections générales en Colombie-Britannique sont prévues le 14 mai 2013.

Analyse

Selon John Richards, professeur et économiste à l'Université Simon Fraser, la victoire du Parti libéral de Gordon Campbell est attribuable à la réputation de mauvais gestionnaires des néodémocrates.

« Dans un sens, c'est un peu étonnant qu'un gouvernement puisse se faire réélire au milieu d'une récession sérieuse et ça fait preuve à quel point l'électorat se méfie toujours de la qualité de gestion économique de la part des néo-démocrates », explique-t-il.

Selon lui, le choix du NPD de s'opposer à la taxe sur le carbone et les échos toujours présents de l'échec de Glen Clark en 2001 ont favorisé les libéraux.

John Richards croit cependant que les députés libéraux devront faire face à quatre années ardues au sein de la nouvelle législature.

Le premier ministre Stephen Harper Le premier ministre Stephen Harper. (archives)   © PC/Darren Calabrese

Stephen Harper réagit

Mercredi, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a tenu à féliciter la réélection de Gordon Campbell et celle du Parti libéral.

« La population de la Colombie-Britannique a exercé son droit démocratique en élisant un gouvernement provincial. Je tiens à féliciter Gordon Campbell et le Parti libéral de la province de leur réélection », a indiqué le premier ministre dans un communiqué.

« Notre gouvernement se réjouit à la perspective de continuer à collaborer avec le gouvernement du premier ministre Campbell afin d'aider les citoyens de la Colombie-Britannique et tous les Canadiens et Canadiennes à relever les défis de la récession mondiale », a ajouté Stephen Harper.

De son côté, le président de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique, Réal Roy, s'est également dit satisfait du résultat des élections de mardi soir.

Il espère toutefois que les libéraux de Gordon Campbell signeront des engagements plus fermes au sujet de certains dossiers comme les niveaux de services dans les centres d'emplois tenus par des communautés francophones.

Facebook