Des Tamouls (en haut à droite) observent des agents de la GRC montés à bord du MV Sun Sea.
Photo : PC/Jonathan Hayward
Escorté par la Marine canadienne, le navire MV Sun Sea, avec à son bord 490 Tamouls, a accosté vendredi, vers 9 h 15, à la base navale d'Esquimalt, située près de Victoria dans l'île de Vancouver.
Escorté par la Marine canadienne, le navire transportant près de 500 Tamouls provenant du Sri Lanka accoste à la base navale située près de Victoria dans l'île de Vancouver. Leur état de santé inquiète les autorités.
Les autorités canadiennes ont mis en place des installations pour accueillir ces Tamouls, dont plusieurs femmes et enfants, qui vont selon toute vraisemblance demander le statut de réfugié.
Elles vont tenter d'établir l'identité des personnes qui se trouvent à bord et recueillir le récit sur la base duquel leur demande de statut de réfugié sera étudiée au cours des prochaines semaines.
Les autorités doivent aussi déterminer l'état de santé des passagers, qui sont en mer depuis trois mois dans des conditions probablement difficiles. Certains d'entre eux seraient mal en point et pourraient avoir besoin de traitements médicaux.
Un hôpital de Vancouver et un autre de Victoria sont prêts à accueillir ceux et celles qui devraient être hospitalisés. La possibilité que certains aient la tuberculose est avancée.
Lorne Waldman, un avocat spécialisé en immigration qui a représenté des Tamouls arrivés au pays de la même manière l'an passé, a affirmé jeudi que plusieurs passagers « sont très malades ».
Me Waldman dit se fier aux témoignages de Tamouls résidant au Canada, qui ont été contactés au cours des dernières semaines par des proches qui sont à bord.
La décision de leur accorder ou non l'asile politique sera prise au cours des prochains mois par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR). Ceux qui pourraient présenter un risque pour la sécurité des Canadiens ou qui pourraient disparaître avant leur audition peuvent être incarcérés.
Les autorités de la Colombie-Britannique ont annoncé jeudi que les deux prisons provinciales de Maple Ridge, une ville située en banlieue de Vancouver, ont libéré de l'espace pour accueillir au moins 200 nouveaux pensionnaires.
Ottawa prône la ligne dure
Le MV Sun Sea a été arraisonné par une frégate des Forces canadiennes, jeudi, après être entré dans les eaux territoriales canadiennes. L'opération a donné lieu à une certaine confusion au sein de l'appareil fédéral.
Dans un communiqué publié jeudi après-midi, le ministre de la Sécurité publique du Canada, Vic Toews, a soutenu que les passagers se disent tous réfugiés, mais que certains sont des membres des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE).
Le groupe sécessionniste, considéré comme une organisation terroriste par le gouvernement canadien, a été défait militairement par l'armée sri-lankaise au printemps 2009, au terme d'une guerre civile qui a duré 27 ans.
Selon le ministre Toews, des « individus soupçonnés de se livrer au passage de clandestins » et des « terroristes présumés » figurent parmi les passagers du MV Sun Sea, et le Canada fait ce qui est nécessaire.
Qualifiant ces crimes d'« infâmes », le ministre s'est fait menaçant. « Nous enverrons un message clair aux autres criminels. Si vous faites cela, vous serez poursuivi selon les actes d'accusation les plus sévères permis par la loi », a-t-il averti.
Il a ajouté que les poursuites pour ce genre de crime étaient mieux assurées lorsque l'interception survenait dans les eaux canadiennes qu'en territoire maritime international.
Des individus dont les liens avec les Tigres tamouls seraient prouvés se verraient normalement refuser le statut de réfugié par la CISR et seraient déportés. Le Canada n'expulse cependant pas des individus vers des pays où ils encourent le risque d'être torturés. Le cas échéant, ils sont détenus en vertu d'un certificat de sécurité.
Les lois canadiennes en matière d'immigration sont généreuses, a précisé le ministre Toews, mais qu'il faut éviter que des gens en abusent. Conscient que l'immigration de masse d'origine maritime semble prendre de l'ampleur, il soutient que la réponse à cette problématique doit s'effectuer sur la scène internationale et non seulement nationale.
Des Tamouls à la défense de leurs compatriotes
Du côté de la communauté tamoule canadienne, le son de cloche est différent. Elle met davantage l'accent sur les mauvais traitements infligés aux Tamouls par les autorités sri-lankaises, une situation déjà dénoncée par des organisations de défense des droits de l'homme.
La présidente de l'International Crisis Group, la Canadienne Louise Arbour, avait souligné l'an dernier que les 250 000 Tamouls qui vivent dans des camps créés par le gouvernement sri-lankais lors de l'offensive finale contre les Tigres tamouls étaient en fait détenus contre leur gré.
Le Comité de coordination des réfugiés tamouls a prié le gouvernement canadien de traiter avec compassion les réfugiés tamouls à bord du MV Sun Sea. Le comité a également demandé aux autorités canadiennes ainsi qu'à la population de ne pas les juger trop rapidement.
Le Congrès tamoul canadien a lancé le même appel. Manjula Selvarajah, porte-parole de l'organisation, a affirmé que les insinuations selon lesquelles ces immigrants sont liés aux LTTE ne sont pas fondées. Elle a tenu à rappeler que l'année dernière, aucun des immigrants tamouls qui ont demandé l'asile au pays n'était relié au groupe terroriste.