Les bureaux de l'Acadie Nouvelle, à Caraquet.
Un entrepreneur et un spécialiste de l'éthique journalistique s'interrogent sur le prêt accordé par la Ville de Caraquet, au Nouveau-Brunswick, à l'Acadie Nouvelle, tandis que ce journal défend son intégrité.
« Ce n'est pas une banque quand même. C'est une municipalité et ils sont [censés] donner des services aux citoyens », lance Patrick Albert, propriétaire de La Petite Imprimerie
L'entrepreneur a été surpris d'apprendre que la Ville de Caraquet a fourni une avance de fonds de 75 000 $ à l'Acadie Nouvelle, une des trois divisions du groupe Acadie Média, dont fait partie Acadie Presse, une concurrente de La Petite Imprimerie.
« Je peux te dire que j'ai déjà eu des problèmes financiers. Je suis allé à la banque et j'ai signé », affirme M. Albert.
Patrick Albert n'est pas contre le fait que la municipalité ait aidé l'Acadie Nouvelle, un employeur important, mais plutôt contre la façon dont cela s'est fait, d'une manière plus ou moins nette, plus ou moins à l'insu de la population. L'entrepreneur suggère tout de même au prochain conseil municipal de trouver un comptable qui va s'assurer que cette manière d'agir est adéquate pour la ville.
« Ils ont eu un mandat pour faire la gérance de la ville. S'ils sont capables de la faire en faisant des prêts, que ce soit bon pour eux autres, j'en connais un couple de personnes qui auraient aimé en avoir des prêts. Tout de suite même, j'en connais », ajoute M. Albert.
Le professeur Marc-François Bernier, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en communication, évoque la question de conflits d'intérêts. « Il y a bien sûr un problème de conflit d'intérêts potentiel. Ce qu'on veut dans notre société, c'est que les médias surveillent les administrations publiques et ceux qui ont du pouvoir. Là, bien sûr, quand on contracte une dette envers ces gens-là, on perd de la distance critique », explique M. Bernier.
L'Association acadienne des journalistes n'a pas voulu commenter cette affaire.
Le journal défend son intégrité
L'éditeur et directeur général du quotidien l'Acadie Nouvelle, Francis Sonier, affirme pour sa part que la somme a été avancée à l'entreprise au moment où elle manquait de liquidités.
Selon M. Sonier, la ligne éditoriale du journal et son intégrité n'ont pas été sacrifiées puisque le prêt a été accordé à l'entreprise et que l'équipe de rédaction n'a jamais été mise au courant.
« Notre ligne éditoriale n'a jamais été touchée. Les employés n'ont jamais été mis au courant qu'il y avait de l'argent qui venait soit de la Ville de Caraquet ou d'autres investisseurs. C'est vraiment étanche. Il y a la salle de nouvelles et l'administration. Ce dossier-ci a été traité entre deux administrations, celle du groupe Acadie Média et celle de la Ville de Caraquet », explique Francis Sonier.
Le directeur ajoute que la situation financière de l'entreprise s'est rétablie depuis ce moment, et que le journal a remboursé l'avance au bout de deux mois.