Henk Tepper de retour au pays

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Les explications de Geneviève Côté

L'agriculteur néo-brunswickois Henk Tepper, emprisonné au Liban depuis un an, est de retour au pays. Il a atterri samedi après-midi à l'aéroport d'Ottawa, où l'attendaient des membres de sa famille.

Le fermier de Drummond âgé de 44 ans était détenu dans une prison à Beyrouth depuis le 23 mars 2011, en vertu d'un mandat d'arrêt international. L'Algérie lui reproche d'avoir importé sur son territoire des pommes de terre pourries, impropres à la consommation.

« Je suis heureux d'être à la maison, je me sens bien, et c'est tout ce que je peux vous dire », a simplement déclaré l'agriculteur aux journalistes, les traits tirés, alors qu'il quittait la zone des douanes et venait de retrouver sa femme, leurs deux filles, ses parents et sa soeur.

En entrevue sur CBC, la soeur de Tepper, Harmein Dionne, a déclaré dans les couloirs de l'aéroport qu'elle était « tellement excitée » de retrouver son frère. « J'ai toujours gardé espoir, parce que je suis une battante et que je savais que, tôt ou tard, j'allais [le] ramener ici. J'y ai toujours cru », a-t-elle témoigné.

Depuis son arrestation, Henk Tepper se trouvait dans une impasse juridique. Il était en effet détenu au Liban en vertu d'un mandat international d'Interpol. L'Algérie n'avait pu réclamer qu'il lui soit livré puisqu'elle n'a pas de traité d'extradition avec le pays du cèdre.

Outre les accusations concernant la qualité de ses pommes de terre, Alger prétend que l'agriculteur aurait aussi contrefait des documents liés à l'exportation de ses patates produites au Québec et à l'Île-du-Prince-Édouard.

Une source proche de la famille Tepper a précisé que le mandat algérien était toujours en vigueur. S'il est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés en Algérie, le fermier du Nouveau-Brunswick pourrait être condamné à une peine de cinq ans d'emprisonnement.

Les avocats de l'agriculteur ont nié toutes les allégations, affirmant que les pommes de terre ont été inspectées au Canada avant l'expédition et qu'elles respectaient les normes algériennes.

Libéré grâce à qui?

La ministre des Affaires étrangères, Diane Ablonczy, s'est réjouie du retour d'Henk Tepper. Dans un communiqué publié samedi, elle a affirmé qu'Ottawa avait mis les bouchées doubles pour obtenir la libération de l'agriculteur.

« Par la voie diplomatique, notre gouvernement a travaillé avec ardeur, dans les coulisses, afin de résoudre cette situation. Le Canada se montre également très reconnaissant de la souplesse dont ont fait preuve ses partenaires au Liban », a écrit la ministre.

Les proches d'Henk Tepper et des élus libéraux ont néanmoins critiqué l'implication des autorités canadiennes dans ce dossier, déplorant qu'Ottawa n'en ait pas fait assez.

En entretien samedi sur les ondes du Réseau de l'information, la sénatrice Ringuette s'est réjouie de la libération du Néo-Brunswickois, qu'elle attribue à « son équipe » et surtout au gouvernement libanais, qui serait « beaucoup plus honorable », selon elle, que celui du Canada.

« Le gouvernement libanais était beaucoup plus attentif et responsable au niveau de notre citoyen canadien, M. Tepper, que notre gouvernement fédéral, qui n'a absolument rien fait dans le dossier, sauf se cacher », a déploré Pierrette Ringuette.

Selon la sénatrice, Henk Tepper n'a pas été libéré en échange d'argent. Elle précise également qu'il ne fait plus face à des accusations.

L'avocat de la famille Tepper accuse la GRC, qui a fermé son enquête sur l'affaire pour manque de preuve, d'avoir fourni aux autorités algériennes des informations qui auraient pu mener à l'arrestation de l'agriculteur.

Selon la GRC, il s'agit d'une pratique normale dans le cadre d'une enquête menée avec d'autres membres d'Interpol.

L'entreprise familiale de Henk Tepper, endettée de 11 millions de dollars, a récemment évité la faillite en s'entendant avec ses créanciers.