Confusion autour de l'embargo européen

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et La Presse Canadienne
Phoque (archives)   © PC/Jonathan Hayward

Ottawa affirme que l'embargo sur les produits dérivés du phoque qu'avait décrété l'Union européenne et qui devait entrer en vigueur vendredi, est suspendu, malgré les propos contraires d'une porte-parole de la Commission européenne.

L'embargo qu'a décrété l'Union européenne sur les produits dérivés de la chasse au phoque est suspendu avant même son entrée en vigueur.

À la demande d'un regroupement inuit canadien, l'organisation Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), la Cour de justice de l'Union européenne a accepté, jeudi, d'émettre une injonction sur l'embargo, le temps de se pencher sur la légalité de la loi adoptée par le Parlement européen.

Lors d'un point de presse donné à Saint-Jean, la ministre canadienne des Pêches et Océans, Gail Shea, s'est réjouie de ce développement. « Les cours européennes ont conclu que les Inuits avaient le droit d'être entendus et le statu quo sera maintenu jusqu'à ce qu'on leur accorde leur audience », a-t-elle dit.

Plus tard au courant de la journée, la nouvelle a toutefois été démentie par une porte-parole de la Commission européenne. L'embargo entrera en vigueur vendredi, a affirmé Maria Kokkonen, arguant que « la Cour ne siège pas en ce moment ».

Interrogé sur la question après la sortie de la porte-parole européenne, le bureau du premier ministre Harper a maintenu que l'embargo était bel et bien suspendu.

La requête a été déposée en janvier par l'ITK, qui représente une quinzaine d'organisations, pour la plupart autochtones, mais aussi des sociétés de commercialisation de produits dérivés de phoque, comme le Groupe canadien de mise en marché du phoque.

Un embargo « irrationnel »

Rappelons que le gouvernement canadien conteste cette loi devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC), prétextant que l'embargo résulte de la désinformation et qu'il s'agit d'une décision basée sur des absurdités émotives. Le gouvernement a demandé à l'organisation d'établir dès l'automne prochain un panel d'experts pour régler ce différend.

Cependant, compte tenu du revirement de situation, les avocats du gouvernement étudient maintenant la décision de la Cour de justice, afin de vérifier si elle aura un impact sur le processus entamé devant l'OMC.

De passage au Nouveau-Brunswick, le premier ministre Stephen Harper a réitéré que la décision européenne a été prise « sans aucune raison rationnelle ».

« C'est tout à fait injuste envers la population du Canada. C'est une discrimination envers l'industrie du phoque. Nous allons continuer de défendre cette industrie et chercher d'autres opportunités commerciales à travers le monde pour nos produits. » — Le premier ministre Stephen Harper

Pour sa part, l'Union européenne dit agir avec l'aval de l'opinion publique. Elle plaide qu'il s'agit d'une activité cruelle, puisque les phoques sont abattus d'un coup sur le crâne.

Les chasseurs de phoque ont rétorqué à maintes reprises que les animaux meurent instantanément.

En 2008, le Canada a exporté pour 5,5 millions de dollars de produits de phoque vers l'Union européenne.

Même si l'embargo n'est pas encore entré en vigueur, les chasseurs affirment en ressentir les effets depuis un an. Certains d'entre eux disent que la demande a diminué considérablement.

Toutefois, même s'il souhaite qu'il soit levé, cet embargo n'inquiète pas le président de l'Association des chasseurs de phoque des Îles-de-la-Madeleine, Denis Longuépée.

« Les chasseurs terre-neuviens sont des gens braves, dit-il. On ne baisse pas les bras parce qu'il nous arrive un embargo comme ça. Il s'agit juste de trouver un endroit où on peut écouler nos produits et on va aller de l'avant avec ça. »

Depuis l'annonce de l'embargo, les chasseurs de phoque se tournent donc vers l'Asie pour développer d'autres marchés et tenter de compenser pour cette perte européenne.

Selon Denis Longuépée, la contestation du Canada sera longue. La durée moyenne pour les règlements de conflits au sein de l'OMC est de 15 à 24 mois.

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