Une Edmontonienne réclame son mot à dire sur les soins donnés à son mari invalide

Voir le reportage de Jessica L'Heureux

Une femme d'Edmonton se sent impuissante devant le droit de regard que procure la loi albertaine aux médecins sur les soins qui sont prodigués à son mari, invalide depuis un accident vasculaire cérébral.

Huguette Hébert tente en vain depuis l'an dernier de faire modifier le traitement que reçoit Jack Rudichuk. Elle s'inquiète de mises en garde concernant la prise, par les gens atteints de problèmes cardiovasculaires, de certains des médicaments qui sont administrés à son mari.

Elle n'arrive toutefois pas à faire modifier le traitement, ni à retirer son mari de l'hôpital d'Edmonton où il est soigné, en raison de dispositions de la Loi sur la santé mentale de l'Alberta.

L'Albertaine Huguette Hébert, en entrevue à Radio-Canada, en décembre 2012. Huguette Hébert estime qu'à cause des lois de l'Alberta, elle a perdu son droit de regard sur les soins prodigués à son mari invalide.

Un gériatre, le Dr Jean-Pierre Beauchemin, estime d'ailleurs que ce genre de situation risque de devenir plus fréquente avec le vieillissement de la population.

Des médicaments pour contrôler certains patients à risque

Depuis son AVC, M. Rudichuk vit avec une démence vasculaire, qui se caractérise par une détérioration progressive des fonctions intellectuelles. Il est hospitalisé à l'Hôpital Villa Caritas à Edmonton, où il demeure alité.

Alarmée par le fait que son mari semblait être sous l'effet d'une forte dose de sédatifs, Mme Hébert s'est interrogée au sujet des médicaments antipsychotiques qui lui sont administrés et de leurs doses.

« Les médecins ont tout le pouvoir. "Tassez-vous, la famille, parce que nous, on est les tout-connaissant." Je m'excuse, là, ils connaissent leur profession médicale, mais nous on connaît notre père. Il me semble que c'est valable. Moi je le connais depuis plusieurs années, puis quand il n'est pas bien, je le sais. » — Anita Rudichuk, fille de Jack Rudichuk

La liste des médicaments comprend notamment du citalopram, un antidépresseur, et de la carbamazépine, un antiépileptique. La dame a découvert des avis au public publiés par Santé Canada pour deux autres substances, soit la rispéridone et la quétiapine.

Les mises en garde de Santé Canada étaient destinées aux patients qui ont une maladie cardiovasculaire préexistante. Elles ne constituent pas des directives obligatoires.

Consulté sur la question, le Dr Jean-Pierre Beauchemin explique qu'à certains moments, l'utilisation de ces médicaments est inévitable afin d'assurer la sécurité des patients atteints de démence et de ceux qui les entourent. Le Dr Beauchemin estime que les doses administrées à Jack Rudichuk sont particulièrement fortes. Dans certains cas, elles atteignent quatre fois la dose usuelle.

« C'est rarissime qu'on en arrive à des doses semblables », note-t-il toutefois, tout en précisant qu'il lui est difficile de donner un avis médical sur le dossier de M. Rudichuk, qu'il n'a pas étudié.

« C'est difficile, en regardant juste une liste de médicaments, de porter un jugement ex cathedra et de dire qu'il y a là [faute professionnelle] ou qu'on a mal utilisé les médicaments qui sont prévus à cet effet ».

L'Hôpital Villa Caritas a refusé d'accorder une entrevue à Radio-Canada, mais il a affirmé dans une déclaration écrite qu'il avait tenté la conciliation avec Huguette Hébert : « Nous sommes désolés de la détresse vécue par cette famille. Nous avons tenté de collaborer pour répondre à ses préoccupations. Il est regrettable que nous ne soyons pas parvenus à une solution. »

« En vertu de la Loi sur les renseignements médicaux, il nous est impossible de donner des informations au sujet des soins administrés à un patient. Il serait donc inapproprié de commenter un cas particulier », a-t-on justifié dans la déclaration.

Les droits des familles contre les droits des médecins

Huguette Hébert a tenté d'utiliser son droit d'agente légale pour demander la diminution des doses, mais les médecins de l'Hôpital utilisent les dispositions de la Loi sur la santé mentale de l'Alberta et poursuivent les traitements. Le psychiatre traitant a obtenu la révision du traitement par un comité d'examen médical composé d'un autre psychiatre, d'un médecin, d'un membre du public et d'Huguette Hébert. Un président et un conseiller juridique étaient aussi présents.

Après révision, le comité a conclu que les traitements étaient appropriés et il a produit une ordonnance de traitement. Mme Hébert ne pouvait pas non plus retirer son mari de l'établissement.

« Une ordonnance de traitement, c'est comme une ordonnance de la cour. Ce n'est pas aussi fort, mais ça l'est presque, et la seule façon de la renverser, c'est d'aller en cour provinciale », explique Fay Orr, un défenseur des droits des patients atteints de trouble de santé mentale de l'Alberta.

Un avocat, Me Allan Garber, qui aide bénévolement Mme Hébert, dénonce les comités d'examen. « Mme Hébert se présente devant un comité composé d'un président, d'un psychiatre, d'un médecin et d'une personne neutre. Elle n'a pas de ressource pour embaucher ses propres experts médicaux ou un conseiller juridique. C'est un processus injuste », juge Me Garber.

La famille a demandé l'aide du ministre de la Santé à plusieurs reprises, mais sans succès. Fred Horne affirme qu'il ne peut s'ingérer dans ce genre de conflit.

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