La démission de Benoît XVI surprend à Québec

Les explications de Marie Maude Pontbriand

L'archevêque de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, a commenté lundi la démission du pape Benoît XVI lors d'un point de presse à Québec. S'il s'est dit surpris par la décision du pape de renoncer à son pontificat, Mgr Lacroix a néanmoins tenu à louanger le travail de Benoît XVI ainsi que l'héritage qu'il laisse partout sur la planète.

« Évidemment, il est trop tôt pour faire de grands bilans et des grandes analyses, mais quand on regarde rapidement un survol de ses activités, on pourra dire que ce pape aura laissé une grande impression et de très beaux fruits dans l'Église et dans le monde », a affirmé Mgr Lacroix.

Ce dernier a ajouté que Benoît XVI laisse un « témoignage d'une grande humilité. » « Quand je regarde les dernières huit années, je peux dire que son passage a vraiment laissé sa marque. Vingt-quatre voyages hors de l'Italie dans tous les coins du monde, trois encycliques extraordinaires avec des textes sur l'amour, la foi, la charité. »

Mgr Lacroix a rappelé que le pape actuel avait joué un rôle significatif dans sa mission. « Il m'a nommé évêque et il y a presque deux ans archevêque de Québec. C'est évidemment pour moi très touchant de voir cet homme, qui m'a appelé à ce service épiscopal, prendre sa retraite. »

Rappelons que le Vatican a annoncé lundi que le pape Joseph Alois Rastzinger, élu pape le 19 avril 2005 pour succéder à Jean-Paul II, quitterait ses fonctions le 28 février.

Benoît XVI a expliqué que ses forces déclinantes et son âge avancé n'étaient plus compatibles avec l'exercice de ses fonctions. Il est le troisième pape à démissionner dans l'histoire de l'Église catholique. Avant lui, Grégoire XII avait abdiqué en juillet 1415, et Célestin V, en décembre 1294.

Plus tôt en matinée, Mgr Lacroix a reconnu que Benoît XVI rompt avec la tradition. Il estime néanmoins que sa décision est sage dans les circonstances. « Que le pape aujourd'hui dise : "Moi, je n'ai plus les forces et la santé pour bien servir l'Église que j'aime", je pense qu'il faut saluer ce beau geste d'humilité », a-t-il déclaré.

Le pape Benoît XVI, lors de sa bénédiction Urbi et Orbi Le pape Benoît XVI, lors de sa bénédiction Urbi et Orbi  Photo :  AFP/VINCENZO PINTO

Pour Pierre Gingras, curé de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, la démission du pape Benoît XVI est également inattendue. « C'est une réaction de surprise. J'ai l'impression qu'il y a peu de personnes qui s'attendaient à cette démission-là [...] D'autant plus qu'on va rentrer dans le carême, dans les fêtes pascales », a-t-il affirmé.

À l'instar de Mgr Lacroix, Pierre Gingras est d'avis que la décision du pape commande le respect. « Dans l'état actuel, l'énergie qui est demandée pour tout ça, je comprends et je le trouve sage de prendre cette décision-là. »

M. Gingras estime que Benoît XVI a laissé une marque importante au sein de l'Église. « Benoît XVI a été, je pense, un homme qui a voulu faire avancer la compréhension de ce qu'est Dieu [...] C'est un homme qui a voulu aussi, je pense, jeter des ponts de réconciliation. »

Le cardinal Marc Ouellet Le cardinal Marc Ouellet  Photo :  PC/Francis Vachon

Le cardinal Ouellet candidat?

Au moment où le pape Benoît XVI annonce sa démission, les yeux se tournent vers celui qui lui succédera. Le nom du cardinal Marc Ouellet, l'ancien archevêque de Québec auquel Mgr Lacroix a succédé, est vu parmi les candidats qui pourraient occuper les fonctions de pape.

En 2010, Marc Ouellet a été nommé par Benoît XVI à la tête de la Congrégation pour les évêques, un poste politique important au sein de la hiérarchie catholique.

« Il est évidemment un homme assez proche du pape. Il le rencontre chaque semaine, pour son travail à la Congrégation pour les évêques. Il y a des affinités, c'est bien sûr », dit Mgr Lacroix.

Ce dernier ajoute qu'au bout du compte, ce sont les cardinaux qui auront le dernier mot. « Maintenant, qu'est-ce que les cardinaux diront? [...] Ils vont certainement discuter entre eux, voir quel est l'homme qui va le mieux servir l'Église pour cette prochaine étape. »

De son côté, Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie de l'Université Laval, estime qu'il y a plusieurs candidatures à considérer à la succession de Benoît XVI, hormis celle du cardinal Marc Ouellet. Il cite notamment les cardinaux italiens Gianfranco Ravasi, 70 ans, et Angelo Scola, 71 ans. Il y a aussi le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, 55 ans, fait remarquer M. Routhier.

Joseph Alois Rastzinger aura 86 ans le 16 avril. Le conclave, exercice par lequel les cardinaux élisent un nouveau pape, aura lieu le 8 mars prochain.

Mgr Gérald Cyprien Lacroix réagit à la démission de Benoît XVI