Subventions fédérales aux magazines Summum : les réactions fusent

Le reportage de Cathy Senay

Les réactions sont nombreuses au lendemain du reportage de Radio-Canada sur les subventions accordées par le gouvernement fédéral aux magazines Summum et Summum Girl, des Éditions Genex, à Québec.

Mardi, Radio-Canada a révélé qu'à la mi-avril, Patrimoine canadien avait octroyé plus de 190 000 $ aux deux magazines dans le cadre du Fonds du Canada pour les périodiques.

Ce programme a été mis sur pied pour aider les magazines québécois et canadiens à demeurer compétitifs dans un contexte de libre-échange.

L'octroi de ces subventions a vivement fait réagir des organismes communautaires ainsi que des artisans du monde du documentaire, qui, eux, ont vu leur financement réduit au fil des ans.

Mercredi, le débat s'est porté sur la cohérence du Fonds du Canada pour les périodiques et sur les critères qui sont choisis ou retenus pour accorder des subventions à des publications.

Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec

« On a mieux à faire »

La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, ne comprend pas comment le gouvernement conservateur peut aider un magazine comme Summun alors que d'un autre côté, il fait des compressions dans des programmes pour les femmes.

« D'un côté, des groupes comme la Fédération des femmes du Québec, des groupes comme le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes, des groupes comme Femmes autochtones du Québec sont affectés par les coupes, alors on finance Summum ? Il me semble qu'on a mieux à faire dans une société égalitaire », a fait valoir Mme Conradi.

Maria Mourani, députée du Bloc québécois Maria Mourani, députée du Bloc québécois

Révision des critères réclamée

À Ottawa, des voix se sont élevées à la Chambre des communes pour réclamer du ministre du Patrimoine canadien, James Moore, une révision des normes et des critères retenus par le Fonds du Canada pour les périodiques afin d'accorder des subventions à certaines publications.

Lors de la période de questions, la députée bloquiste Maria Mourani a interpellé le ministre James Moore, une copie du magazine Summum à la main. « Je voudrais déposer ce document M. le président, que nous avons contribué à payer à 191 000 $. Je voudrais le déposer pour que tous les députés ici, en Chambre, dont mes collègues, les femmes, en prennent note », a-t-elle lancé.

« Que ce genre de document existe, il n'y a pas de problèmes, mais que ce soit nous que le payons M. le président, je ne suis pas d'accord. » — Maria Mourani, députée bloquiste

« Moi, j'aimerais que le gouvernement fasse des choix qui mettent de l'avant l'égalité des femmes », a quant à elle déclaré Niki Ashton, porte-parole néo-démocrate en matière de condition féminine.

Niki Ashton du Nouveau Parti démocratique Niki Ashton du Nouveau Parti démocratique

De son côté, le ministre Moore a répondu que le processus d'attribution des subventions fédérales dans le cadre du Fonds du Canada pour les périodiques ministre ne relève pas du politique.

« Ce sont les fonctionnaires qui permettent les décisions reliées au financement dans le cadre des critères, des conditions du programme. C'est un processus indépendant du gouvernement », a-t-il dit.

Le Fonds du Canada pour les périodiquesLe Fonds du Canada pour les périodiques a été créé en 2010 dans le but de soutenir l'industrie des magazines, des périodiques et des journaux non quotidiens au Canada. Les subventions accordées dans le cadre du volet Aide aux éditeurs sont proportionnelles au tirage de ces publications. D'autres volets visent à aider ces entreprises à s'adapter aux changements technologiques ou aux modifications du marché.

Parmi les bénéficiaires de ce fonds en 2011-2012, on trouve des titres qui s'adressent à tous les genres de publics. Comme les subventions sont liées au tirage, il n'est pas étonnant que les montants les plus élevés aillent aux plus gros joueurs. Par exemple, au Québec, les subventions les plus importantes vont aux titres suivants :

  • Coup de pouce (1 249 882 $)
  • Reader's Digest (1 500 000 $)
  • Sélection du Reader's Digest (754 939 $)
  • TV Hebdo (1 277 115 $)

Mais des publications de niche, au lectorat plus restreint, bénéficient également des subventions du Fonds. Toujours au Québec, on retrouve par exemple :

  • L'actualité alimentaire (6274 $)
  • La famille chrétienne (16 323 $)
  • Mémoires de la Société généalogique canadienne-française (8625 $)
  • The Townships Sun (3330 $)


  • Pour les petites publications, l'existence du Fonds peut faire toute la différence. C'est le cas par exemple des membres de l'Association de la presse francophone, qui publient en français à l'extérieur du Québec. « C'est une partie importante de leur fonctionnement, dit le directeur général de l'Association, Francis Potier. Sans le Fonds, ils devraient faire des changements importants au niveau du prix de leur publication, de leur personnel ou de leur mode de distribution. »

    Autre exemple : la subvention du Fonds correspond à environ 10 % des revenus des magazines Les débrouillards et Les explorateurs, qui traitent de sciences pour les jeunes. L'éditeur de ces publications, Félix Maltais, précise que ces magazines ne font pas de profit, préférant utiliser les surplus pour améliorer le produit, en publiant des suppléments, par exemple.