Une leçon d'histoire

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Des centaines de personnes assistent au Moulin à paroles. Des centaines de personnes assistent au Moulin à paroles.   © PC/Jacques Boissinot

Le Moulin à paroles qui se déroulait sur les plaines d'Abraham à Québec a pris fin en milieu d'après-midi, dimanche.

Le Moulin à paroles a pris fin en milieu d'après-midi, au terme d'une traversée de textes historiques et poétiques qui ont fait l'histoire du Québec. Ses organisateurs estiment que l'événement a été un succès.

L'aventure historique et poétique de 24 heures aura permis la lecture, par trois fois, de 140 textes, dans le cadre de la commémoration du 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham.

Des milliers de personnes, enthousiastes, ont assisté à un moment ou l'autre à l'événement. Nombreux étaient ceux aussi à s'y être rendus la nuit.

La controverse qui entourait l'événement jusqu'à samedi en raison de la lecture prévue du Manifeste du FLQ n'a en rien nui à son déroulement.

Le manifeste a été lu par Luck Mervil peu après minuit, suivi de la « Lettre à Robert Bourassa » de Pierre Laporte, dans laquelle il plaide pour sa vie. Le ministre du Travail a été enlevé et assassiné par le FLQ en 1970.

Le gouvernement libéral de Jean Charest avait refusé de participer au Moulin à paroles en raison de la décision des organisateurs de lire le manifeste. Le ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Sam Hamad, avait été jusqu'à accuser les organisateurs de l'événement de faire l'apologie de la haine et du terrorisme prôné par le groupe.

Questionné dimanche à l'occasion d'une annonce d'investissement fédéral-provincial dans la région de Québec, le ministre Hamad a affirmé que l'événement était un « party de souverainistes », ajoutant être « heureux de voir que ça s'est passé dans le respect ».

L'un des promoteurs de l'événement, le comédien et chanteur Sébastien Ricard, estime que l'attitude du gouvernement a, en fait, probablement contribué au succès populaire de l'événement.

« On se disait à la blague: cette histoire est un plan de communication d'un million de dollars. Je pense aussi que les gens ont trouvé extraordinaire que l'on se tienne debout et qu'on ne recule pas pour une affaire absurde. » — Sébastien Ricard, Loco Locass

En revanche, de nombreuses têtes d'affiche du mouvement souverainiste ont participé à l'évènement, dont Pauline Marois et Gilles Duceppe, ainsi que l'ex-premier ministre Bernard Landry.

L'ancien chef péquiste a reçu une ovation de l'assistance lorsqu'il a lu la dernière lettre de Chevalier De Lorimier avant son exécution par les Anglais. Il est revenu sur scène dimanche matin, vers 5 h 30, pour une deuxième lecture.

Un descendant de Wolfe et un descendant de Montcalm étaient également présents.

De Jacques Cartier à Loco Locass

Les textes lus ce week-end sont un parcours de l'histoire d'ici, de la découverte de la Nouvelle-France jusqu'à aujourd'hui. On retrouve parmi eux le Discours de Papineau, livré à l'aube de la rébellion des Patriotes, deux poèmes de Nelligan, le Manifeste du refus global et Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay, pour ne nommer que ceux-là.

Le Grand Chef de la nation Huron-Wendat, Konrad Sioui lit un texte de la nation huronne le 12 septembre 2009 Le Grand Chef de la nation Huron-Wendat, Konrad Sioui lit un texte de la nation huronne le 12 septembre 2009.   © PC/Jacques Boissinot

Andrew Wolfe Burroughs, le descendant de Wolfe, dont les troupes ont vaincu celles de Montcalm, a lu en anglais des extraits de lettres envoyées par le général à sa mère et des avis transmis à ses subordonnés. Il a avoué avoir craint d'être mal accueilli, puis a félicité l'attitude pacifiste des spectateurs.

« C'est une prodigieuse leçon d'histoire. Ça fait une effervescence intellectuelle et affective qui est bonne pour tout le monde, qu'on soit d'une idée ou d'une autre. » — Bernard Landry

Les organisateurs font leurs frais

Après le tollé, les organisateurs, tous bénévoles, sont ravis de l'engouement suscité par l'évènement.

« C'est très étonnant de voir les gens écouter comme ça, dans le calme, comme s'ils attendaient ce moment depuis longtemps. C'est magnifique! » — Pierre-Laval Pineault, maître de cérémonie

Malgré le refus du gouvernement Charest d'accorder une aide de 20 000 $, en raison de la lecture du Manifeste du FLQ, les organisateurs sont convaincus de faire leurs frais grâce à de nombreux dons du public.

Brigitte Haentjens a soutenu vendredi que les dons privés ont afflué tant et si bien au cours des derniers jours qu'il sera possible de faire une édition des textes lus samedi et dimanche. La publication ne sera cependant réalisée que si l'événement s'avère profitable.

Selon le quotidien Le Soleil, plusieurs députés péquistes ont versé 300 $ au Moulin à paroles. Le Bloc québécois fournit de son côté un soutien technique aux organisateurs.

D'autres événements

Les célébrations du 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham ne se limitent pas au Moulin à paroles.

La Commission des Champs de bataille nationaux a inauguré un mémorial aux combattants, militaires et civils, qui ont participé à cette bataille, de même qu'à la guerre de 7 ans entre les puissances européennes du 18e siècle.

Environ 80 descendants de combattants ont assisté à la cérémonie.

C'est le descendant d'un milicien français qui a été invité à dévoiler le monument.

Par ailleurs, entre 200 et 300 personnes ont participé à une marche pour l'indépendance du Québec. Les marcheurs sont partis de la basse-ville pour se rendre sur les plaines d'Abraham.