Le ministre Claude Béchard
Tel que pressenti par plusieurs au cours des dernières semaines, le gouvernement du Québec donne le feu vert au controversé projet de terminal méthanier Rabaska, à Lévis. Le gouvernement Charest a adopté un décret pour permettre la réalisation du projet.
Plus de trois ans après la présentation du projet par les promoteurs, Québec autorise la construction du port méthanier à Lévis.
La ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp et le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard, en ont fait l'annonce en début d'après-midi, mercredi.
Le ministre Béchard a indiqué que le gouvernement souhaitait diversifier l'approvisionnement énergétique du Québec et diminuer la dépendance de la province en matière de gaz naturel face à l'Ouest canadien.
« On a vu dans les dernières semaines les différentes études et analyses qui démontrent qu'au cours des prochaines années, il y a de moins en moins de gaz qui va venir de l'Ouest, donc étant donné qu'on est au bout du tuyau, c'est important de diversifier nos approvisionnements en matière de gaz naturel et on a toujours mentionné que le gouvernement voulait que les projets d'envergure aillent de l'avant », a fait valoir Claude Béchard.
Il a aussi ajouté que si le gouvernement a accepté deux projets, à Gros-Cacouna et maintenant à Lévis, c'est pour que les promoteurs puissent se lancer presque en même temps dans la course pour assurer l'approvisionnement en gaz naturel qui pourrait provenir notamment de la Russie ou de l'Algérie.
De son côté, sa collègue Line Beauchamp a tenté de minimiser les critiques des groupes environnementaux. Elle a insisté sur les appuis que le projet Rabaska avait reçus, dont celui du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.
Le gouvernement Charest a récemment fait face aux critiques en choisissant de dessaisir la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) du dossier Rabaska.
La CPTAQ avait soulevé des doutes concernant le site choisi pour l'emplacement du terminal méthanier qui sera construit sur des terres agricoles considérées par l'organisme parmi les plus fertiles au Québec.
Nouvel appel à la mobilisation
Les opposants à Rabaska ont déjà déclaré qu'ils comptaient poursuivre leur combat pour stopper la réalisation du projet, malgré le décret adopté par le Conseil des ministres.
Le porte-parole de la Coalition Rabat-Joie, Yves St-Laurent
Le porte-parole de la Coalition Rabat-Joie, Yves St-Laurent, a expliqué qu'un seul terminal méthanier correspondait à la totalité de la consommation de gaz naturel du Québec, et non seulement à la moitié, comme l'a laissé entendre le ministre Béchard. M. St-Laurent affirme que le Québec peut déjà compter sur un approvisionnement de l'ouest canadien. Le Canada est le troisième producteur de gaz naturel au monde, et aurait des réserves pour les 70 prochaines années, rappelle M. St-Laurent.
Il ajoute que les dirigeants de l'entreprise russe Gazprom ont eux-mêmes affirmé que le terminal québécois serait une solution pour vendre son gaz aux États-Unis.
Selon Yves St-Laurent, même si le terminal de Lévis ne produira que 146 000 tonnes de gaz à effet de serre, il en produira beaucoup plus à la grandeur de la planète. Le porte-parole de Rabat-Joie conteste toujours le choix du site de Lévis, face à l'île d'Orléans, et rappelle que la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) n'a jamais donné d'avis favorable au projet.
Certains opposants promettent de porter le dossier devant les tribunaux. Des agriculteurs ont entrepris des démarches et ont déjà retenu les services d'une avocate. De plus, Me Julius Grey, avocat spécialisé en droits de la personne, agira comme avocat-conseil. Il est particulièrement préoccupé par le retrait du dossier des mains de la CPTAQ.
« On essaie de régler certains dossiers sans suivre la procédure prévue, sans donner aux parties l'opportunité de se faire entendre comme prévu dans la loi. Je pense qu'il y a là quelque chose d'inquiétant », dit-il.
Les opposants organisent par ailleurs une manifestation dimanche après-midi devant l'édifice du Parlement, à Québec.
Une étude de plus
La décision du gouvernement Charest survient au moment où une étude conclut que la substitution du mazout par le gaz naturel est utopique dans un marché libre comme celui du Québec. Québec s'est notamment appuyé sur son plan de conversion du mazout pour légitimer les projets de ports méthaniers. Le consultant Patrick Déry estime que sans un programme de substitution musclé, les sources d'énergie vont s'additionner, plutôt que se substituer.
Toutefois, la ministre de l'Environnement soutient que Québec prévoit maintenant l'adoption d'un cadre réglementaire d'ici quelques années.
Le promoteur Glenn Kelly
Cap sur 2011
La décision est accueillie favorablement par les groupes qui appuyaient le projet. Les chambres de commerce, la Ville de Lévis et le mouvement populaire À bon port s'étaient rangés du côté des promoteurs. Ceux-ci applaudissent d'ailleurs la décision du gouvernement. Le président de Rabaska, Glenn R. Kelly indique que les négociations pour l'approvisionnement seront finalisées et que la mise en chantier du projet devrait être amorcée à l'été 2008, pour une mise en exploitation vers la fin de 2011.