Glenn R. Kelly
Les réactions continuent de fuser à la suite de la décision de Québec de retirer le dossier de terminal méthanier Rabaska à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Alors que les uns se réjouissent, les autres continuent de dénoncer la décision du gouvernement Charest de passer outre à l'avis de la CPTAQ.
Pendant que le promoteur de Rabaska et la Ville de Lévis applaudissent la décision du gouvernement de court-circuiter la CPTAQ, l'Union des producteurs agricoles et l'organisme Équiterre fulminent.
L'Union des producteurs agricoles (UPA) dénonce vivement la décision du gouvernement. La vice-présidente de l'organisme, Martine Mercier, soutient que cela constitue un retour à la loi du plus fort. « C'est comme si on disait à la Commission de la protection du territoire agricole qu'elle n'a pas lieu d'être. C'est extrêmement dangereux parce qu'il y a trop de pression sur le monde agricole actuellement », soutient-elle.
Projet de terminal méthanier Rabaska
Elle ajoute que l'entente conclue avec l'UPA régional ne peut être considérée comme un appui formel au projet. En juillet dernier, l'UPA et les promoteurs du port méthanier Rabaska ont conclu une entente de 20 ans dans le but de minimiser les pertes de terres agricoles résultant de la construction du port méthanier à Lévis.
De son côté, le groupe environnemental Équiterre demande au gouvernement de revenir sur sa décision, jugeant qu'il se devait de respecter ses propes lois. « La rapidité avec laquelle le gouvernement tente de faire avancer le projet est inquiétante, et celui-ci doit revenir sur sa décision pour laisser cours au processus démocratique et s'assurer que la loi sur la protection du territoire agricole est respectée », affirme Frédéric Paré, coordonnateur du programme Agriculture écologique chez Équiterre.
L'Action démocratique du Québec et le Parti québécois dénoncent aussi la position du gouvernement Charest dans ce dossier. Les deux partis accusent les libéraux d'avoir contourné les règles démocratiques en faisant appel à une procédure exceptionnelle. Les péquistes continuent de réclamer une étude de la Régie de l'énergie sur les besoins réels du Québec en gaz naturel.
Satisfaction du côté des promoteurs
Toutefois, comme il fallait s'y attendre, la décision réjouit le promoteur. Le président de Rabaska, Glenn R. Kelly, soutient que de nouveaux retards auraient compromis le projet de 840 millions de dollars. Il estime que le temps presse. « Depuis qu'on a déposé notre projet, il y a 20 projets qui ont été approuvés, donc, c'est 20 concurrents pour nous qui peuvent nous enlever la fourniture en GNL [gaz naturel liquéfié] », dit-il.
Pour sa part, la mairesse de Lévis, Danielle Roy-Marinelli, estime que la décision du ministre est tout à fait légitime. « Il y a un article de la loi qui permet au gouvernement de dessaisir la CPTAQ et ça s'est déjà fait dans le passé. Donc, je pense que c'est une bonne décision », dit-elle.
Le ministre responsable de la région de Québec, Philippe Couillard, approuve aussi la décision de son collègue. Il souligne que le projet reçoit l'assentiment des développeurs économiques de la région.
La CPTAQ avait émis des réserves concernant le territoire choisi pour l'implantation du terminal méthanier à Lévis. L'organisme avait rejeté de façon préliminaire la demande de la Ville de Lévis pour l'exclusion de 190 hectares de la zone agricole, indiquant que le projet tel que présenté aurait une incidence majeure sur l'agriculture.
Il ne manque désormais plus que le décret ministériel pour autoriser le projet de terminal méthanier, ce qui pourrait être fait très prochainement.