Le projet Rabaska
Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard, a annoncé jeudi que le gouvernement retire le dossier Rabaska à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Le gouvernement Charest fait ainsi sauter le dernier obstacle à la réalisation du projet de terminal méthanier à Lévis.
Le gouvernement retire le dossier à la Commission de protection du territoire agricole, levant ainsi le dernier obstacle à la réalisation du projet de terminal méthanier à Lévis.
Cette décision fait suite à un avis défavorable émis récemment par la CPTAQ. La Commission, chargée de vérifier si des terres agricoles sont menacées par des projets industriels, a en effet rejeté de façon préliminaire un changement de zonage demandé par la Ville de Lévis. La demande aurait permis de construire le port méthanier à l'extrémité est de la ville.
La Ville et le promoteur attendaient maintenant un nouvel avis de la CPTAQ après avoir remis un rapport de 6 pages réitérant que le territoire choisi était le seul envisageable. De leur côté, les opposants au projet, parmi lesquels des agriculteurs et plusieurs groupes écologistes, auraient pu profiter des réserves émises par la CPTAQ pour entreprendre des recours judiciaires sur la base de la Loi sur la protection du territoire agricole.
Le ministre Claude Béchard
Québec voulait éviter à tout prix que le projet Rabaska ne soit retardé. Jeudi après-midi, le ministre Claude Béchard a d'ailleur invoqué l'urgence d'agir. « Se cacher derrière de nouveaux délais, demander de nouveaux délais, demander de nouvelles études, c'est demander à ce qu'il n'y ait pas de projet Rabaska », a-t-il fait valoir.
Il ne manque plus que le décret ministériel pour autoriser le projet de terminal méthanier. Signe supplémentaire de l'imminence d'une décision favorable, Québec a annoncé en début de semaine son soutien financier aux grandes entreprises qui laisseront tomber le mazout lourd au profit du gaz naturel, moins polluant.
Des opposants furieux et démoralisés
Mais le gouvernement pourrait se buter à l'opposition du Parti québécois. Jeudi après-midi, la chef Pauline Marois a déclaré que son parti appuierait Rabaska seulement si le projet respecte toutes les lois québécoises et si la Régie de l'énergie démontre que le Québec a des besoins significatifs en matière de gaz naturel.
L'Action démocratique du Québec (ADQ), qui appuie pourtant le projet Rabaska, estime qu'il s'agit d'une décision irresponsable. L'opposition officielle trouve déplorable que le gouvernement Charest soit forcé d'enfreindre les lois québécoises pour mener à bon port le projet, après plus de trois ans d'étude.
Quant aux groupes écologistes qui mènent une lutte acharnée contre le projet depuis le début, ils sont ébranlés. « C'est la cerise sur le sundae. Je trouve qu'ils y vont fort. Enlever les pouvoirs de la CPTAQ. C'est une loi qui est importante au Québec [...] On fait comme si elle n'existait plus », explique Yves Saint-Laurent, de Coalition Rabat-Joie.
« Rabaska est plus fort que les groupes environnementaux et ils ont fait du lobby depuis quatre ans. C'est évident qu'on a le résultat de ça. La machine gouvernementale a été contaminée », déplore Gaston Cadrin, du Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu.