Ashley Smith : Je suivais les ordres, affirme un gardien

Le reportage de Sébastien Saint-François

L'agent correctionnel qui a filmé les dernières minutes de la vie d'Ashley Smith, avant qu'elle ne meure asphyxiée dans sa cellule à Kitchener, a témoigné mardi à l'enquête du coroner sur la mort de la jeune femme qu'il n'était pas intervenu, parce que c'était la consigne qu'il avait reçue.

La jeune femme de 19 ans du Nouveau-Brunswick s'est asphyxiée en 2007 au pénitencier Grand Valley. L'Ontario a ordonné une enquête du coroner pour déterminer s'il s'agissait d'un suicide ou d'un accident.

Le gardien Valentino Burnett a affirmé mardi qu'il aurait pu être sanctionné par ses superviseurs, s'il était entré dans sa cellule. Des accusations criminelles déposées contre lui et trois autres employés de la prison ont été abandonnées.

La direction du pénitencier Grand Valley avait donné la directive au personnel de ne pas intervenir, tant qu'Ashley Smith pouvait respirer, parce qu'elle avait tenté à plusieurs reprises de s'étrangler dans le passé. Selon la direction, il s'agissait d'un jeu pour attirer l'attention des gardiens.

Vidéo choquante

La vidéo des derniers moments de la vie d'Ashley Smith, présentée à l'enquête du coroner lundi, montre que le personnel n'était pas formé pour venir en aide adéquatement à des prisonnières en détresse.

On y voit Ashley Smith en détresse dans sa cellule et ses gardiens en train de la surveiller par la fenêtre de sa porte.

La vidéo montre que les gardiens ont attendu au moins 10 minutes avant d'entrer dans la cellule d'Ashley au moment où cessaient ses convulsions. Par ailleurs, il n'y avait aucune infirmière de service ce matin-là à la prison.

La jeune femme s'était noué une lanière de tissu autour du cou.

Le Service correctionnel du Canada soutient qu'il s'agit d'un accident, mais la famille Smith parle plutôt de suicide.

La vidéo incriminante avait déjà été projetée durant l'émission d'enquête The Fifth Estate à la CBC.

Prisonnière jugée difficile :

Le syndicat des agents correctionnels affirme que plusieurs de ses membres ont été sanctionnés après être entrés dans la cellule d'Ashley Smith, contrairement aux directives qu'ils avaient reçues. Un gardien a raconté à la CBC que « lorsque tu vois quelqu'un en détresse et qui n'arrive pas à respirer, mais qu'on te dit de ne pas y aller, c'est très difficile de ne pas intervenir. » Selon les gestionnaires carcéraux, l'adolescente cherchait simplement à attirer l'attention. Un directeur avait même qualifié ses auto-étranglements « d'auto-érotisme. »

À la fin de sa vie, la jeune femme avait été placée en confinement solitaire à cause de son comportement erratique et violent.

Selon l'avocat de la famille, Me Julian Falconer, la vidéo montre qu'Ashley Smith a en fait été torturée pendant quatre ans.

« On ne parle pas de mesures disciplinaires contre une adolescente trouble-fête, mais plutôt de torture en milieu carcéral. » — Julian Falconer, avocat de la famille d'Ashley Smith

À partir de 13 ans, Ashley Smith avait été condamnée à des peines de 30 à 90 jours de prison pour une soixantaine de délits mineurs.

L'adolescente n'a jamais été précisément diagnostiquée en détention pour un problème de santé mentale, mais sa famille a toujours dit que ses multiples transferts carcéraux au pays avaient accentué son désespoir.

Me Julian Falconer affirme qu'Ashley serait encore en vie si elle avait été hospitalisée plutôt qu'emprisonnée.

Il accuse le Service correctionnel d'avoir camouflé toute l'affaire pour ne pas perdre la face.

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