Automobile : les TCA demandent aux travailleurs de Chrysler d'être patients

Le président des TCA, Ken Lewenza Le président des TCA, Ken Lewenza  Photo :  PC/Aaron Vincent Elkaim

Le syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) demande de la patience à ses membres qui travaillent chez Chrysler, alors que les pourparlers ont repris lundi pour renouveler les conventions collectives, comme l'ont déjà fait Ford et General Motors.

« C'est essentiel que les travailleurs de Chrysler demeurent professionnels au travail. Une mauvaise attitude pourrait avoir un impact négatif sur nos négociations », a fait savoir le syndicat à ses membres.

Les tensions sont grandes puisque le président-directeur général (PDG), Sergio Marchionne, n'a pas caché les concessions qu'il aimerait obtenir et sa déception par rapport aux accords conclus avec Ford et GM.

Des travailleurs de l'usine d'assemblage de Chrysler à Brampton Des travailleurs de l'usine d'assemblage de Chrysler à Brampton  Photo :  PC/Darren Calabrese

Les travailleurs de Ford ont ratifié au cours du week-end l'accord de principe conclu il y a une semaine. De leur côté, les employés de GM tiendront un vote de ratification mercredi et jeudi.

Les TCA ont fait savoir qu'ils avaient eu des discussions informelles avec Chrysler dimanche. Le syndicat espère s'entendre avec le troisième grand américain de l'auto d'ici la fin de la semaine.

Selon le leader syndical Dino Chiodo, qui représente les travailleurs de Chrysler à Windsor, une grève serait une solution de dernier recours.

« Ils (Chrysler) font beaucoup d'argent. Ils doivent partager le gâteau avec nos membres, même si on ne reçoit qu'une petite part. » — Dino Chiodo, TCA

Le syndicat peut débrayer légalement en donnant un préavis de à 24 heures d'avis.

Pour sa part, le président national des TCA, Ken Lewenza, dit avoir beaucoup de respect pour le PDG de Chrysler, Sergio Marchionne. Il ajoute, toutefois, qu'il ne « peut y avoir du respect que lorsque les deux parties auront mis le point final à une entente. »

Chrysler s'est montrée réticente à entériner l'accord-cadre conclu entre les TCA et Ford. Le constructeur, allié avec la compagnie italienne Fiat, envisage d'augmenter sa main-d'oeuvre en Ontario; il cherche donc à réduire le plus possible ses coûts de production.

En revanche, Ford a fermé son usine à St. Thomas l'an dernier et elle ne produit plus de minifourgonnettes à Oakville.

Les Travailleurs canadiens de l'auto
  • General Motors : 8194 membres; Oshawa, Woodstock, St. Catharines, Ingersoll (l'usine d'Ingersoll n'est pas touchée par les négociations actuelles)
  • Chrysler : 8049 membres; Brampton, Windsor-Essex, Toronto
  • Ford : 4534 membres; Windsor-Essex, Oakville, Brampton

Entente ratifiée avec Ford

Les accords signés entre les TCA et Ford et GM ne comprennent pas d'augmentations de salaire, mais les travailleurs auront droit à un boni annuel.

Plus de 80 % des 3000 syndiqués qui ont participé au vote ont donné leur appui.

« C'est une sacrée bonne entente dans ce contexte économique. » — Le président des TCA, Ken Lewenza

Certains travailleurs ont concédé, toutefois, que leur syndicat avait sauvé les meubles en faisant des concessions sur le dos des nouveaux employés, qui mettront désormais dix ans pour atteindre le même taux horaire. Leur régime de retraite sera, par ailleurs, inférieur à celui des employés existants.

Impact local

L'incertitude causée par la menace d'un débrayage dans l'industrie automobile a déjà provoqué un ralentissement économique à Brampton, où Chrysler a une usine.

Le restaurateur Sam Russo raconte que même ses clients habituels ne sont plus au rendez-vous. Il ajoute que plusieurs commerçants ont remarqué que les travailleurs de l'auto avaient déjà réduit leurs dépenses la semaine dernière.

Selon l'économiste indépendant Donald Rumball, les entrepreneurs doivent s'attendre à des mois difficiles si des ententes ne sont pas conclues rapidement pour le renouvellement des conventions collectives.

« La paie que le syndicat donne aux grévistes, dit-il, c'est pas la même chose que le salaire, c'est très inquiétant si on peut considérer la possibilité d'une grève de quelques mois. »