GM et Chrysler : pas d'entente aujourd'hui, selon les TCA

Des travailleurs de l'usine d'assemblage de Chrysler à Brampton Des travailleurs de l'usine d'assemblage de Chrysler à Brampton  Photo :  PC/Darren Calabrese

Les 16 000 travailleurs de General Motors et de Chrysler en Ontario demeureront dans l'incertitude au moins jusqu'à jeudi, selon un haut dirigeant de leur syndicat.

Les Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) ont conclu une entente de principe, lundi, avec Ford, pour le renouvellement des conventions collectives. Depuis, les TCA tentent faire accepter cet accord-cadre aux deux autres grands américains de l'auto.

Or, Dino Chiodo, président de la section locale des TCA à Windsor et président du comité syndical de négociation avec Chrysler, raconte que le constructeur n'a toujours pas répondu à l'entente conclue avec Ford ni présenté de contre-offre.

Quant à GM, M. Chiodo précise que le constructeur et le syndicat ont discuté des termes de l'accord avec Ford, mais qu'une série de « questions locales » ralentissaient les pourparlers. Il n'a pas voulu donner plus de détails.

Le président des TCA, Ken Lewenza, a indiqué, mardi, qu'il s'attendait à recevoir sous peu une nouvelle proposition de GM, après avoir passé la journée à discuter en détail de l'entente conclue lundi avec Ford.

M. Lewenza a affirmé que les négociations avec GM étaient plus avancées que celles en cours avec Chrysler, qui serait, selon le président des TCA, en train d'évaluer ce que lui coûterait une entente similaire à celle conclue avec Ford.

« Nous nous attendons, à tout le moins, à ce que GM dépose une offre rapidement, mais je ne sais pas ce que cela signifie pour l'instant. Jusqu'à ce que vous ayez ladite proposition entre les mains, vous ne pouvez pas savoir si vous êtes sur la même longueur d'onde », a-t-il dit.

Le dirigeant syndical a néanmoins ajouté qu'un sentiment d'optimisme se dégageait des discussions avec Chrysler.

Les Travailleurs canadiens de l'auto

  • General Motors: 8194 membres; Oshawa, Woodstock, Ste-Catharines, Ingersoll (l'usine d'Ingersoll n'est pas touchée par les négociations actuelles)
  • Chrysler: 8049 membres; Brampton, Windsor-Essex, Toronto
  • Ford: 4534 membres; Windsor-Essex, Oakville, Brampton

Le syndicat a annulé une grève prévue pour minuit, dans la nuit de lundi à mardi, afin de donner aux négociateurs de Chrysler et de GM plus de temps pour examiner l'entente de quatre ans conclue quelques heures plus tôt avec Ford.

Cependant, M. Lewenza a prévenu qu'une grève était possible et qu'il donnerait un préavis de 24 heures s'il juge que Chrysler et GM n'avancent pas dans les négociations.

Entente avec Ford

L'entente de principe de quatre ans conclue entre Ford et les TCA a permis d'éviter le débrayage des 4500 employés du constructeur américain au pays.

Pour satisfaire les deux parties, le contrat valide jusqu'en septembre 2016 ne prévoit aucune augmentation de salaire, mais plutôt un montant forfaitaire de 2000 $ par année lors des deuxième, troisième et quatrième années de la convention pour compenser la hausse du coût de la vie, ainsi qu'une prime de ratification de 3000 $.

L'entente prévoit que 800 employés mis à pied de Ford pourront retourner au travail, en partie grâce à la création de 600 nouveaux postes aux opérations canadiennes de l'entreprise.

« C'est une sacrée bonne entente dans ce contexte économique. » — Le président des TCA, Ken Lewenza

Les TCA avaient menacé de déclencher une grève simultanée dans les usines canadiennes de Ford, de Chrysler et de General Motors si aucune entente de principe n'était conclue lundi à minuit.

De son côté, le constructeur Chrysler a critiqué la décision du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile d'avoir choisi son concurrent Ford pour la négociation d'une entente-cadre.

Le syndicat a expliqué avoir choisi Ford puisqu'il s'agit de la compagnie avec laquelle il avait fait le plus de progrès depuis le début des négociations, en août dernier. Ford avait aussi été la compagnie ciblée par les TCA en 2005 et en 2008, pour la négociation d'une entente-cadre.

Dans un communiqué publié lundi dernier, Chrysler a toutefois indiqué être « très inquiète » de la décision du syndicat.

« Nous ne pensons pas qu'ils [Ford] sont les mieux placés pour ce rôle, compte tenu du fait qu'ils ont réduit leur présence au Canada au cours des dernières années. » — communiqué de Chrysler
La nouvelle Ford Focus a contribué à la renaissance du constructeur américain. La nouvelle Ford Focus a contribué à la renaissance du constructeur américain.  Photo :  AFP/Bryan Mitchell

Chrysler ajoute que son objectif est d'en arriver à une entente contractuelle qui assure une « sécurité à long terme au Canada ». En d'autres mots, Chrysler, qui envisage d'autres investissements en Ontario, veut éviter de se retrouver les mains liées par un contrat de travail négocié auprès d'un concurrent qui aurait moins en jeu au pays.

Ford a fermé son usine à St-Thomas l'an dernier et ne produit plus de minifourgonnettes à Oakville.

Impact local

L'incertitude causée par la menace d'un débrayage dans l'industrie automobile en Ontario a déjà provoqué un ralentissement économique à Brampton, où Chrysler a une usine.

Le restaurateur Sam Russo raconte que même ses clients réguliers ne sont plus au rendez-vous. Il ajoute que plusieurs commerçants ont remarqué que les travailleurs de l'auto avaient déjà réduit leurs dépenses la semaine dernière.

Selon l'économiste indépendant Donald Rumball, les entrepreneurs doivent s'attendre à des mois difficiles si des ententes ne sont pas conclues rapidement pour le renouvellement des conventions collectives.

« La paie que le syndicat donne aux grévistes, dit-il, c'est pas la même chose que le salaire, c'est très inquiétant si on peut considérer la possibilité d'une grève de quelques mois. »

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