Parents francophones forcés de parler anglais

Le drapeau franco-ontarien Le drapeau franco-ontarien  Photo :  Marinade (Radio-Canada)

Exclusif - Alors que le Bureau du procureur général de l'Ontario dit prendre la situation au sérieux, les partis d'opposition dénoncent le manque de services en français en matière de visites supervisées.

Selon une enquête de Radio-Canada, des parents francophones sont forcés de parler en anglais à leur enfant lors de visites supervisées, parce que la personne chargée par la cour de surveiller la rencontre est un anglophone unilingue.

Le commissaire aux services en français de la province, François Boileau, a reçu quatre plaintes à ce sujet dans les régions de Parry Sound, de Thunder Bay, de Kenora et de Frontenac. Ce sont pourtant des secteurs où des services bilingues devraient être offerts, selon la Loi provinciale sur les services en français.

« On brime l'intérêt de l'enfant et c'est ça qu'on semble oublier. Jamais on ne ferait une offre semblable à des parents anglophones, jamais », affirme François Boileau.

Une mère en instance de divorce, interviewée par Radio-Canada, raconte qu'on l'a menacée d'interrompre les visites supervisées avec son fils de trois ans si elle ne lui parlait pas seulement en anglais.

« J'ai dit deux mots en français à Tristan et ils m'ont dit qu'on allait arrêter la visite si je continuais de parler en français. » — Stéphanie, mère

Elle ajoute qu'on lui a refusé d'amener une interprète. Elle n'a même pas pu donner un livre en français en cadeau à son fils.

Dans de telles visites supervisées, c'est souvent un organisme, payé par la province pour offrir un tel service, qui est chargé de surveiller les rencontres. Le commissaire aux services en français a déjà soulevé dans ses rapports la problématique des services provinciaux offerts par des tierces parties.

Protestations politiques

La députée néo-démocrate, France Gélinas, pense que « des centaines de personnes vulnérables » se trouvent dans la même situation, mais n'osent pas porter plainte.

Le député conservateur Peter Shurman trouve également que la situation est inacceptable.

De son côté, Jo-Anne David, du centre Colibri de Barrie, affirme que de tels cas font perdre à des femmes déjà vulnérables la confiance qu'elles pouvaient avoir dans le système de justice.

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, explique que la personne chargée de superviser la visite répondait aux exigences de la cour : s'assurer de comprendre les paroles échangées entre l'enfant et le parent. Elle ajoute, toutefois, qu'il s'agit d'une infraction à la Loi sur les services en français.

« On devrait être sensibles aux personnes qui parlent français et qui veulent continuer de parler en français à leur enfant. C'est inacceptable. » — Madeleine Meilleur, ministre déléguée aux Affaires francophones

Le Bureau du procureur général, responsable des cas de visites supervisées, dit travailler à rectifier la situation, sans toutefois citer de mesures précises ni donner d'échéancier.

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