La coaccusée du meurtre de la petite Victoria Stafford s'est présentée vendredi à la barre des témoins pour une 3e journée au procès à London de son ex-ami de coeur, Michael Rafferty.
La Couronne a demandé à Terri-Lynne McClintic, qui a déjà plaidé coupable, si elle voulait changer sa version des faits au sujet du meurtre de la fillette de 8 ans en 2009.
Après avoir relu le résumé de son interrogatoire avec la police il y a trois ans, elle a indiqué que c'était elle qui avait assailli la victime à coups de marteau, comme elle l'avait avoué en cour plus tôt cette semaine, et non pas Michael Rafferty.
Le père de la petite Victoria, Rodney Stafford, a dit vendredi que le public devait savoir ce qui s'est passé, même si la brutalité des événements est difficile à entendre.
Pas assez jeune
Les jurés avaient congé jeudi, alors que la Couronne et la Défense discutaient à huis clos de procédures administratives.
Mercredi, Terri-Lynne McClintic a raconté en cour, qu'après avoir enlevé Victoria Stafford à sa sortie de l'école à Woodstock, Michael Rafferty lui avait reproché de ne pas avoir choisi une victime assez jeune.
Le témoin clé de la Couronne a aussi affirmé que son ami de coeur de l'époque avait parlé à plusieurs reprises de l'idée d'enlever un enfant. Il l'aurait amenée devant deux domiciles, où habitaient des mères de famille monoparentales et leurs enfants, et lui aurait expliqué à quel point il serait facile « d'y entrer et d'enlever quelqu'un. » Elle a ajouté que Michael Rafferty passait souvent en voiture, avec elle, près d'écoles.
Mardi, la femme de 21 ans a admis que c'était elle qui avait assailli la fillette de coups de marteau mortels. Elle a aussi admis avoir aidé son ami de coeur de l'époque à camoufler le corps de la petite.
D'importantes recherches policières avaient été menées, il y a trois ans, après la disparition de Victoria Stafford. C'est la confession de Terri-Lynne McClintic qui avait permis à la police de retrouver son cadavre.
La victime de 8 ans, Victoria Stafford
Photo : CBC
Toxicomane
À l'époque du meurtre, Terri-Lynne McClintic n'était qu'une toxicomane, a-t-elle dit. C'est pourquoi elle affirme avoir promis à son petit ami d'être la seule à accepter le blâme pour le meurtre. Michael Rafferty, ajoute-t-elle, avait un emploi, une vie; il avait beaucoup plus à perdre qu'elle.
Mercredi, la coaccusée a aussi raconté en cour que Michael Rafferty et elle s'étaient arrêtés dans un lave-auto à Cambridge après l'homicide, pour nettoyer le véhicule du suspect et se débarrasser de leurs vêtements et de l'arme du crime.
Elle a aussi soutenu que son ami de coeur de l'époque lui avait dit de raconter aux policiers qu'ils étaient allés faire du lèche-vitrine à l'extérieur de la ville, si jamais ils l'arrêtaient.
Il lui aurait dit qu'elle n'avait rien à craindre, puisqu'elle n'avait rien fait de mal. Elle affirme qu'il lui a remis une bouteille de teinture pour qu'elle change la couleur de ses cheveux, mais elle ne l'a pas utilisée.
La jeune femme assure, par ailleurs, qu'elle ne connaissait pas la victime. Elle avait, toutefois, déjà rencontré la mère de la petite, qui se procurait illégalement des comprimés antidouleur OxyContin chez sa mère à elle.
Elle a également raconté mercredi qu'elle avait aidé un voisin à distribuer des affiches pour retrouver Victoria Stafford, après sa disparition. En entendant cette histoire, les proches de la fillette ont frémi en cour et ont murmuré des jurons contre la coaccusée.
Après son appréhension le 12 avril 2009, Michael Rafferty l'a visitée au centre de détention et l'a appelée à plusieurs reprises. Initialement, elle a nié à la police qu'elle était la femme au manteau blanc, captée par une caméra de surveillance, qui marchait avec la victime à sa sortie de l'école.
Enfance trouble
Mardi, Terri-Lynne McClintic a raconté en cour qu'elle n'avait jamais connu sa mère, une effeuilleuse, et que sa mère adoptive buvait et n'avait jamais eu d'emploi stable. Elle a dû déménager plusieurs fois dans le Sud et le Nord de l'Ontario lorsqu'elle était enfant.
La femme de 21 ans n'a jamais terminé ses études secondaires. Elle fumait de la marijuana dès l'âge de 8 ans. Elle admet que sa mère adoptive et elle avaient un problème de dépendance aux drogues et aux médicaments, comme l'OxyContin.
Elle explique qu'elle prenait cet antidouleur pour se sentir « normale. » Elle se droguait quotidiennement.
Terri-Lynne McClintic a été condamnée à plusieurs reprises pour voies de fait. Elle purge présentement une peine d'emprisonnement à perpétuité pour le meurtre de la petite Victoria.
Elle a dit avoir rencontré Michael Rafferty en février 2009, dans une pizzeria de Woodstock. Elle a raconté qu'elle lui fournissait illégalement de l'OxyContin.
Enlèvement
Terri-Lynne McClintic a expliqué en cour que le jour de la disparition de la petite Victoria, Michael Rafferty l'avait amenée en voiture devant l'école Oliver Stephens et lui aurait demandé : « vas-tu le faire? »
L'accusé, Michael Rafferty, écoute en cour le témoignage de Terri-Lynne McClintic.
Photo : CBC
Elle raconte qu'elle s'est attaquée à Victoria Stafford, parce que c'était la première fillette qu'elle avait vue à la sortie de l'école. Elle lui a dit qu'elle avait un chien et lui a demandé si elle voulait le voir. La petite Victoria a répondu que oui et elles sont montées rapidement dans la voiture de l'accusé.
Terri-Lynne McClintic affirme que son petit ami de l'époque lui a ensuite ordonné de couvrir la fillette, assise sur la banquette arrière, d'un manteau noir.
Le père de la petite, Rodney Stafford, a confié mardi qu'il était « très, très difficile » pour lui d'écouter ce témoignage.
Selon la Couronne, le duo a enlevé Victoria Stafford à sa sortie de l'école, à Woodstock, avant de l'emmener en voiture à plus de 100 kilomètres au nord, dans une région rurale. La fillette y aurait été agressée sexuellement avant d'être tuée à coups de marteau à la tête.
Terri-Lynne McClintic purge une peine de prison à perpétuité.
Doute raisonnable
Michael Rafferty, âgé de 31 ans, a plaidé non coupable à des accusations de meurtre prémédité, d'agression sexuelle causant des blessures et d'enlèvement.
Ses avocats pourraient exploiter l'aveu de Terri-Lynne McClintic au sujet des coups de marteau mortels et son passé trouble pour tenter de semer le doute dans l'esprit des jurés sur la culpabilité de leur client.