À Kingston, en Ontario, le juge qui préside le procès Shafia a demandé au jury de commencer ses délibérations, vendredi après-midi, à l'issue de plus de cinq heures d'instructions.
Les jurés ont décidé de quitter pour la soirée, et seront de retour samedi matin. Ils seront séquestrés jusqu'à l'obtention d'un verdict, à moins qu'ils n'arrivent pas à s'entendre.
Auparavant, le juge Robert Marange a donné ses directives aux 12 jurés, contenues sur quelque 200 pages. Il leur a présenté les trois verdicts qu'ils pourraient rendre à l'endroit des trois accusés : coupables de meurtres prémédités, coupables de meurtres non prémédités ou non coupables.
Mohammad Shafia, sa femme Tooba Yahya et leur fils Hamed sont accusés du quadruple meurtre de membres de leur famille. Ils ont tous trois plaidé non coupables.
Dans les instructions qu'il a données aux jurés, le juge Marange a précisé qu'il n'était pas nécessaire de rendre un verdict identique pour tous les accusés, même s'ils font face aux mêmes accusations et qu'ils sont jugés ensemble.
Il a en outre expliqué qu'il était presque impossible pour la Couronne de prouver avec une certitude absolue tous les éléments de son dossier. Sa responsabilité, a-t-il rappelé, est de prouver la responsabilité des accusés hors de tout doute raisonnable.
L'accusation de meurtre non prémédité ne nécessite pas le même degré de planification et de préméditation, a-t-il en outre précisé.
Le magistrat a également expliqué au jury la notion de complicité. En droit canadien, un accusé peut être reconnu coupable d'une infraction si la Couronne prouve, hors de tout doute raisonnable, qu'il a aidé ou encouragé le principal contrevenant à perpétrer une infraction. « Rappelez-vous que vous devez déterminer l'intention qu'avaient les accusés, a ajouté le juge. S'il vous reste un doute raisonnable sur leur complicité, vous devez déclarer les accusés non coupables. »
Soulignant l'importance de leurs responsabilités, le juge Marange a demandé aux jurés de bien étudier la preuve présentée.
Au cours de ce procès hautement médiatisé, qui a jusqu'à présent duré quatre mois, 160 éléments de preuve, dont des centaines de photographies ainsi que des dizaines d'heures d'écoute électronique et d'interrogatoires, ont été présentés aux jurés. Cinquante-huit témoins, dont des enseignants, des adolescentes, des travailleurs sociaux, des policiers, des spécialistes des technologies, des professionnels médicaux, des membres de la famille Shafia ainsi que deux des accusés, ont aussi comparu.
Les avocats de la défense ont plaidé en faveur d'un simple accident dû à l'inexpérience de la conductrice. La Couronne a plutôt argué qu'il s'agissait d'un meurtre prémédité commis pour laver l'honneur de la famille, et mis en scène pour ressembler à un accident.
Mohammad Shafia, sa femme Tooba Yahya et leur fils Hamed lors de leur arrivée au palais de justice de Kingston le 10 janvier dernier.
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PC/Lars Hagberg