Le chef de police de Toronto ne démissionnera pas

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Bill Blair

Le chef de la police de Toronto n'a pas l'intention de démissionner. De passage à Victoria, en Colombie-Britannique, celui qui fait l'objet d'une pluie de critiques virulentes a affirmé qu'il fait son travail de son mieux.

Le rapport de l'ombudsman de l'Ontario sur le sommet du G20 affirme que le chef William Blair a menti au public à propos de certains pouvoirs policiers : « Il y a toute sorte d'informations fausses qui ont été émises publiquement pendant la fin de semaine [du sommet], ça na pas aidé les choses », a déclaré l'ombudsman.

Même la GRC et la Police provinciale ont pris leurs distances avec les forces de l'ordre de Toronto, selon M. André Marin. L'ombudsman déplore également que le chef Blair ait refusé de collaborer à son enquête. Mercredi matin, le porte-parole de M. Blair, Mark Pugash, avait expliqué l'absence de collaboration par le fait que la police de Toronto ne relève pas de l'ombudsman de l'Ontario: « Nous sommes redevables à la Commission des services de police qui présentera son propre rapport plus tard. »

L'Unité des enquêtes spéciales

Le chef Blair est au centre d'un autre dossier controversé relativement au G20. Il a récemment contesté les conclusions de l'Unité des enquêtes spéciales (UES) qui a affirmé que des policiers ont utilisé une force excessive pour arrêter un manifestant, Adam Nobody, le 26 juin dernier durant le G20. Le chef Blair a d'abord prétendu que la vidéo de l'incident dans lequel on voit un agent frapper M. Nobody maintenu au sol par ses collègues avait été falsifiée.

Mais l'homme qui a filmé l'incident, John Bridge, a fait parvenir une déclaration sous serment à l'UES dans laquelle il affirme que la séquence mise en ligne ne comporte aucun montage. Il précise avoir éteint sa caméra pendant quelques instants, car il a envisagé la possibilité de battre en retraite devant l'avancée policière.

Le chef Blair a atténué ses déclarations de falsification par la suite. L'Unité des enquêtes spéciales, qui n'avait déposé aucune accusation, car elle disait être incapable d'identifier les agents, a ensuite rouvert l'enquête.

Cette semaine, le Toronto Star a obtenu une seconde vidéo de l'incident sur laquelle on voit le visage d'agents impliqués dans l'arrestation au cours de laquelle Nobody a eu la mâchoire fracturée. Le quotidien s'interroge sur la volonté du chef Blair de faire la lumière sur les incidents du G20.

Demandes de démissions et expulsions de députés

La période des questions a été houleuse mercredi à Queen's Park, au lendemain du dépôt d'un rapport accablant de l'ombudsman de l'Ontario sur le sommet du G20.

Tim Hudak Tim Hudak

Les députés libéral Jeff Leal (Peterborough) et conservateur John Yakabuski (Renfrew-Nippissing-Pembroke) ont été expulsés pour des insultes qui dépassaient les bornes.

Le chef conservateur Tim Hudak a repris les propos de l'ombudsman André Marin et reproché au gouvernement d'avoir utilisé une loi sur les mesures de guerre en temps de paix et de l'avoir gardée secrète de façon préméditée. Il réclame la démission du ministre Rick Bartolucci, qui était responsable de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels lors du G20.

Mais le premier ministre Dalton McGuinty rejette cette demande. Il reconnaît seulement que son gouvernement n'a pas fait les efforts nécessaires pour communiquer les changements à la loi adoptée en catimini. Il laisse également entendre qu'à l'avenir, un débat à l'Assemblée législative serait peut-être nécessaire lorsque de tels changements sont proposés.

Rick Bartolucci Rick Bartolucci   © Radio-Canada/Yvon Thériault

M. Bartolucci a changé de portefeuille en août, moins de deux mois après le G20. C'est maintenant le ministre Jim Bradley qui doit répondre aux questions relatives à l'événement. Ce dernier refuse d'admettre que la province a agi clandestinement. Il reconnaît toutefois que les communications avec le public étaient inadéquates et s'engage à adopter toutes les recommandations de l'ombudsman.

Le principal intéressé, Rick Bartolucci, indique qu'il a songé à démissionner au moment du remaniement ministériel. Il prétend aujourd'hui que le rapport dévastateur de l'ombudsman André Marin, qui dénonce notamment le caractère secret du décret adopté, l'a rassuré. M. Bartolucci a décelé dans ce rapport la preuve que le gouvernement a agi avec de bonnes intentions et avec l'intérêt du public à coeur. Il n'a donc pas l'intention de démissionner.

De son côté, la chef néo-démocrate Andrea Horwath continue de réclamer une enquête publique. Selon elle, une telle enquête est la seule façon de faire la lumière complète sur les agissements du gouvernement et des corps policiers lors du G20.

Pas d'excuses

Dalton McGuinty Dalton McGuinty

Le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, refuse de présenter ses excuses pour le rôle de son gouvernement dans ce que l'ombudsman de la province qualifie de violation massive des droits civils lors du sommet des pays membres du G20, en juin dernier, à Toronto.

Le premier ministre McGuinty défend plutôt la décision de son gouvernement d'avoir discrètement accordé certains pouvoirs supplémentaires à la police lors du sommet. Le gouvernement n'était animé que par de bonnes intentions, ajoute-t-il.

Pourtant, l'ombudsman André Marin soutient qu'il y a eu désinformation délibérée, au point où les gens ont cru à tort que quiconque s'approchait de la barrière de sécurité du G20, au centre-ville, pouvait être mis en état d'arrestation.

Tout au plus, le gouvernement libéral reconnaît-il qu'il aurait pu mieux communiquer les changements de pouvoirs octroyés aux forces de l'ordre.

Lors du sommet du G20, plus de 1000 personnes ont été arrêtées, dont plusieurs Québécois. Cependant, André Marin soutient que des centaines d'autres personnes, peut-être des milliers, ont été détenues sans raison valable.