![]() Dons d'organes Des patients prêts à toutMise à jour le mardi 9 février 2010 à 10 h 56
Les longues listes d'attentes pour les dons d'organes forcent un nombre grandissant d'Ontariens malades à faire preuve d'imagination pour se trouver un donneur. Certains n'hésitent pas à plaider publiquement leur cause, soit dans le journal ou sur Internet, afin de trouver un étranger pour leur venir en aide. Rick, un homme de 54 ans qui souffre d'un rare cancer du foie, a lancé un appel de détresse à la radio la plus écoutée en matinée à Toronto. Ses proches ne peuvent lui venir en aide et la liste d'attente pour une greffe est bien plus longue que son espérance de vie. Le dernier espoir de Rick passe par la compassion d'un inconnu. En plus de la radio, il a fait publier un message dans les hebdomadaires gratuits du pays. Rick a poussé sa démarche encore plus loin en utilisant le pouvoir de communication d'Internet et particulièrement des réseaux sociaux. Une façon de fonctionner qui dérange Le Dr Gary Levy est une sommité canadienne de la transplantation. Son équipe soigne Rick à l'Hôpital général de Toronto, soit l'un des centres à l'aise avec l'idée de solliciter publiquement des dons d'organes. Selon Linda Wright, responsable de la bioéthique à l'hôpital, il est impératif d'écouter les donneurs potentiels. Elle souligne que le bassin d'organes est loin de répondre aux besoins de tous. En Ontario, seuls trois des sept hôpitaux qui réalisent des transplantations acceptent de procéder à une greffe avec un donneur anonyme. Les autres établissements soulèvent diverses craintes, comme les motivations du donneur. ![]() Cette idée ne plaît pas non plus à l'organisme responsable de promouvoir les dons. « Ce genre d'appel à l'aide, ça peut devenir des concours de popularité. L'histoire d'un autre malade ne sera peut-être pas aussi attirante. Certains programmes de transplantation ne veulent pas encourager ce genre de concours de popularité. Je pense que c'est l'une de leurs raisons », explique Frank Markel, président et chef de la direction du Réseau Trillium pour le don de la vie. La Société canadienne du sang, qui administre pourtant un programme pour jumeler des donneurs de reins et des patients de provinces différentes, émet également des réticences. Si le geste des bons samaritains est accepté, il n'est pas encouragé, notamment en raison des risques pour le donneur quant à l'opération « Avant de faire la promotion des dons altruistes, ce qui est une procédure risquée pour le donneur, il faudrait réparer ce qui ne fonctionne du tout pas dans ce pays, c'est-à-dire qu'on fait peu de dons d'organe à la mort », souligne le directeur de la transplantation à la Société canadienne du sang, Peter Nickerson. Quoi qu'il en soit, les efforts publics de Rick auront peut-être porté fruits. Une dizaine de donneurs potentiels se sont manifestés à la suite de ses demandes. Les dons d'organes en statistique
Sources: Dons d'organes au Canada de 1999 à 2008, ICIS; Report of the organ and tissue transplantation wait times expert panel-Ontario; Québec Transplant. ![]() Un don de soi altruiste Le monde médical canadien demeure perplexe devant l'arrivée de cette nouvelle catégorie de donneurs d'organes, soit les bons samaritains qui sont tout à fait inconnus du patient en recherche. Les médecins sont habitués que les donneurs vivants soient proches du malade. Il est difficile d'évaluer les motifs qui poussent un étranger à se départir d'un rein ou d'une partie de son foie. Pourtant, en 2008, l'aumônier Michael Hayes n'a pas hésité à donner deux tiers de son foie à une religieuse qu'il ne connaissait pas. C'est grâce à un feuillet paroissial qu'il a pris connaissance de la maladie de la dame. L'aumônier soutient que c'est écrit dans la Bible qu'il faut aider son prochain. Dans le jargon médical, le don altruiste est en hausse depuis quelques années, confirme la bioéthicienne Linda Wright. Une longue attente En Ontario, les listes d'attentes sont longues, notamment trois fois plus qu'au Québec pour l'obtention d'un rein par exemple. L'Internet devient donc un outil de choix pour accélérer les recherches. Ainsi, à Toronto, environ 10 % des greffes provenant de donneurs vivants ont été réalisées grâce à des personnes inconnues du patient. Cette situation déstabilise les médecins et la ministre ontarienne de la Santé, Deb Matthews. Sans surprise, elle souligne certains problèmes d'éthiques quant à cette façon de procéder. Elle mentionne entre autres la difficulté de s'assurer qu'il n'y ait pas eu d'échange d'argent entre le patient et le donneur. Le Dr Gary Levy, de l'Unité de transplantation de l'Hôpital général de Toronto, estime qu'il s'agit d'une pratique qu'il faut encadrer. Après avoir étudié la question pour la province, il croit que les professionnels de la santé sont mieux placés que les patients pour gérer ce genre d'appel à l'aide.
Les Canadiens sont réticents Dans le monde occidental, les Canadiens sont parmi ceux qui hésitent le plus à l'idée de donner leurs organes à leur mort, rapporte l'Institut canadien d'information sur la santé. Même si les données s'améliorent, plusieurs médecins croient que l'offre d'organes cadavériques ne suffira pas pour répondre à la demande. Les donneurs vivants anonymes feraient donc partie de la solution. « Je préfère que nous ayons le contrôle sur ce genre de demandes. Nous serions votre représentant, guidé par des lignes directrices provinciales. C'est mieux que de laisser les gens à eux-mêmes, comme s'ils devaient aller s'acheter quelque chose », suggère le Dr Levy. L'Ontario se penche sur la question tout comme les responsables des dons d'organes à l'échelle du pays. ![]() Du côté international, la France s'est dotée d'une agence nationale qui gère les listes d'attentes et les dons d'organes. Il est interdit de solliciter publiquement un organe. Par contre, la loi considère que tous les Français sont d'accord pour que des organes soient prélevés à leur mort. Pour retirer son nom, il faut enregistrer son opposition auprès des instances officielles. Pour sa part, l'aumônier Michael Hayes n'attend pas. Après avoir donné une partie de son foie, il s'est maintenant engagé à offrir un rein. D'après une série de reportages réalisée par Yanik Dumont Baron.
audio-vidéo
Solliciter un étranger pour un don d'organe suscite des réactions partagées, rapporte Yanik Dumont Baron
Sylvie-Anne Jeanson parle éthique avec le Dr Pierre Marsolais, intensiviste et spécialiste en dons d'organes à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.
En Ontario, de plus en plus de malades en attente d'un organe se tournent vers internet et la radio pour trouver un donneur, explique Yanik Dumont Baron.
Frédéric Douville, un étudiant au doctorat en Santé publique à l'Université Laval, présente des solutions pour aider les professionnels de la santé à favoriser le don cadavérique à l'émission Au-delà de la 401 avec Sylvie-Anne Jeanson.
Sylvie-Anne Jeanson s'entretient avec Béatrice Senemaud, médecin à l'Agence de la biomédecine en France et responsable des relations internationales sur l'activité de prélèvement et de greffe.
Hyperliens externes
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Le consentement présumé
Agence de la biomédecine (France) Le registre de donneurs vivants jumelés par échange de bénéficiaireSociété canadienne du sang (en anglais seulement) Étude sur les dons d'organes au paysBibliothèque du Parlement canadien Console Audio-vidéo
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