L'inquiétude est à son comble chez les membres de la communauté haïtienne de l'Ontario. Ils sont nombreux à tenter de joindre leurs proches, qui habitent près de la capitale Port-au-Prince, où un tremblement de terre de magnitude 7 est survenu mardi vers 17 h.
Entre 10 000 à 15 000 Haïtiens vivent dans la région de Toronto.
Antoine Déroses, un Torontois d'origine haïtienne, a appris la nouvelle mardi alors qu'il était au travail. Il décrit l'événement comme un véritable traumatisme, parce que plusieurs de ses proches vivent en Haïti. Il s'est inquiété particulièrement pour sa soeur, ses neveux et ses nièces qui habitent près de l'épicentre du séisme à Carrefour, au sud-est de Port-au-Prince. Il a appris que la maison familiale s'est effondrée, mais que ces proches sont en vie. Toutefois, il demeure sans nouvelles de son frère, qui habite une autre partie de la ville: « C'est une catastrophe d'une proportion apocalyptique. »
Pour Jacqueline Jean-Baptiste, les dernières heures ont été un véritable cauchemar. Sans nouvelle des membres de sa famille, elle a été incapable de dormir la nuit dernière: « Ils sont dans leur maison, j'espère... je ne sais pas, je ne sais pas! C'est pénible, parce que moi, j'ai tout le monde en Haïti »
Sudbury
Ignace Louis-Jean, un haïtien qui étudie au Collège Boréal de Sudbury, tente sans succès d'entrer en contact avec parents et amis dans la capitale haïtienne: « Quand tu vois des buildings comme le palais présidentiel, le bâtiment qui loge les Nations Unies quand ces choses sont effondrées, tu te demandes: "Qu'en est-il des maisons habitables, qu'en est-il des bidonvilles qui ceinturent Port-au-Prince?" »
Windsor
Frank Chauvin, un policier à la retraite de Windsor est extrêmement inquiet par la situation en Haïti. Il est toujours sans nouvelles de l'orphelinat pour jeunes filles qu'il a fondé à Port-au-Prince en 1978.
M. Chauvin n'a pas dormi lui non plus la nuit dernière.
Ottawa-Gatineau
Jean Baptiste, un Haïtien d'origine qui habite Ottawa, s'inquiète pour sa mère, ses soeurs et ses frères qui sont en Haïti. « À Port-au-Prince, ce n'est pas facile. Il y a un problème d'infrastructures. Les gens bâtissent n'importe comment. Dans une superficie de 15-20 kilomètres carrés, imaginez qu'il y a près de 2 millions de personnes qui vivent », explique Jean Baptiste.
La communauté de la région se mobilise pour aider les sinistrés. L'organisme Têtes ensemble SOS Haïti demande l'aide de la population pour amasser de l'argent qui sera acheminé aux sinistrés.
L'organisme souhaite d'abord acheter de la nourriture et des couvertures avec les fonds amassés. Il espère même pouvoir construire une école à plus long terme s'il amasse suffisamment d'argent.
Les responsables du centre communautaire haïtien de Vanier, dans l'est d'Ottawa, se mobilisent également. Pour l'instant, les bénévoles travaillent à transmettre les dernières informations reçues d'Haïti. Un psychiatre et un intervenant social d'origine haïtienne offrent aussi leur aide aux gens qui ont des difficultés psychologiques.
« Les gens ont besoin d'être rassurés. Les gens ont besoin d'information pour savoir ce qui se passe. Les gens ont besoin d'entendre des personnes de leur communauté qui puissent répondre à leurs questions dans leur langue maternelle, qui est le créole », explique Jude Jean-François, un intervenant social qui a voulu participer à l'effort de sa communauté.
Une victime de l'Ontario
Une infirmière de Elmira, près de Kitchener, serait au nombre des victimes du séisme. Le directeur général de l'Église missionnaire Emmanuel du Canada, Lou Geense, affirme que la femme faisait partie d'un groupe de sept membres de l'organisme qui sont arrivés à Port-au-Prince, moins de deux heures avant le tremblement de terre.
La femme, dont l'identité n'est pas encore connue, serait la seule du groupe à avoir perdu la vie. L'Église missionnaire Emmanuel était présente en Haïti pour y créer des dispensaires mobiles dans les zones rurales.
Deux des 82 policiers du Canada qui se trouvaient en Haïti au moment du séisme n'ont toujours pas été retrouvés. Les recherches se poursuivent toutefois pour retrouver les deux agents de la Gendarmerie royale du Canada: le surintendant Douglas Coates d'Ottawa et le sergent Mark Gallagher d'Halifax.
Les 80 autres policiers ont été retrouvés sains et saufs. Ces agents se trouvaient en Haïti dans le cadre de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).
Par ailleurs, un groupe de 56 Ontariens d'Owen Sound qui géraient une Église, une école, un orphelinat et une infirmerie en Haïti ont fait savoir qu'ils sont sains et saufs à la suite du séisme. Ils ont érigé un centre de commandement à Aubry, au nord de Port-au-Prince. Le groupe est arrivé il y a une semaine et devait rester pour une semaine supplémentaire.
Réactions politiques
L'Ontario participera aux efforts de reconstruction en Haïti à la suite du séisme qui a dévasté la capitale, Port-au-Prince. Le premier ministre Dalton McGuinty souhaite envoyer de l'aide médicale et participer à la restauration de l'électricité, là où c'est possible. M. McGuinty affirme que l'Ontario a la responsabilité d'aider Haïti, en raison de la diversité culturelle de la province. Il n'a pas toutefois pas évoqué d'aide financière concrète jusqu'à maintenant.
Le maire de Toronto, David Miller, offre ses condoléances aux familles des victimes du séisme en Haïti. Il dit que son administration est en train de déterminer comment elle peut venir en aide aux sinistrés. Le maire Miller ajoute que l'équipe de recherches et de secours de la métropole est prête à être déployée au besoin.
Un témoignage
En entrevue à l'émission Y a pas deux matin pareils, le coordonnateur de Médecins du monde Canada en Haïti, Marc Paquette, dit avoir vu les lumières de l'aéroport toujours allumées la nuit dernière, ce qui lui laisse l'espoir que de l'aide aérienne pourra être acheminée rapidement. Il dit ne pas avoir vu d'incendie ou de colonne de fumée. M. Paquette, s'inquiète de ce qu'il découvrira lorsqu'il se rendra en ville: « Il y a tellement de petites maisons ici qui sont construites à partir de petits blocs de ciment presque simplement empilés, avec ce qu'on a vu, le nuage de fumée [qui s'est élevé de la ville à la suite du séisme] hier soir je pense que ça va être assez désastreux. »