Un groupe de travail du gouvernement recommande d'accorder aux francophones beaucoup plus qu'un simple rôle consultatif dans la planification des services de santé dans leur langue.
Après le commissaire aux services en français, un rapport confidentiel d'un groupe de travail juge à son tour que le rôle consultatif réservé aux francophones dans la planification des soins de santé est nettement insuffisant.
Dans un rapport confidentiel remis au ministre de la Santé de l'Ontario et dont Radio-Canada a obtenu copie, le facilitateur du groupe, Charles Beer, recommande au gouvernement McGuinty d'accorder aux francophones un rôle de premier plan dans la planification des services de santé dans leur langue. C'est beaucoup plus que le simple rôle consultatif envisagé par le ministre David Caplan.
Le rapport propose notamment la création d'une demi-douzaine de comités de planification pour les Franco-Ontariens. Ces comités travailleraient en étroite collaboration avec les réseaux locaux d'intégration des services de santé (RLISS). Les RLISS, majoritairement anglophones, ont été mis sur pied par le gouvernement McGuinty pour mieux coordonner la planification des soins un peu partout en Ontario.
Le mandat du groupe consultatif ne couvrait pas la question du financement. M. Beer note néanmoins dans le rapport que le ministère de la Santé a accès à des fonds pour la planification des services de santé en français en Ontario.
Le bureau du ministre de la Santé ignore quand David Caplan acceptera ou rejettera les recommandations de Charles Beer.
M. Beer indique que le temps presse parce que les RLISS ont déjà commencé à rafraîchir leurs plans de trois ans et il est important, insiste-t-il, que les Franco-Ontariens soient aux premières loges de la planification des services de santé dans leur langue.
Un projet dénoncé
Le gouvernement McGuinty a mis sur pied ce groupe de travail il y a quelques mois afin d'apaiser les chefs de file franco-ontariens, qui dénoncent la proposition du ministre de la Santé d'accorder aux francophones un simple rôle consultatif dans la planification des services de santé en français dans la province. Cette proposition est d'ailleurs contraire à la loi ontarienne.
Les Franco-Ontariens refusent d'obtenir un simple rôle consultatif. Lorsque ce modèle était en vigueur dans le secteur de l'éducation, c'était les anglophones qui prenaient les décisions relatives à l'éducation française. Du point de vue des Franco-Ontariens, il en va de même avec la proposition du ministre de la Santé: les anglophones décideront encore pour eux.
Le rapport du groupe de travail donne donc de nouvelles munitions à la communauté francophone, qui s'ajoutent à celles d'autres intervenants de poids. En mai, un rapport spécial du commissaire aux services en français de l'Ontario condamnait la proposition du gouvernement. Devant le tollé provoqué dans la communauté franco-ontarienne, même le premier ministre McGuinty avait laissé entrevoir de possibles changements en janvier dernier.
Le ministre veut attendre
David Caplan
Le ministre de la Santé de l'Ontario David Caplan affirme qu'il lui faudra beaucoup du temps pour analyser et mettre en pratique les recommandations d'un rapport confidentiel sur le rôle des francophones dans la planification des services de santé en français.
Le ministre affirme qu'il veut bien faire les choses, sans dire clairement s'il mettra en pratique toutes les recommandations du rapport Beer. Il précise vouloir régler le problème pour les Franco-Ontariens et pour les Premières Nations.
La néo-démocrate France Gélinas n'apprécie pas ce délai: « Les Premières Nations ont leurs propres défis à relever, et les francophones, étant un des peuples fondateurs, nous avons des droits acquis dans la Constitution. »
Le conservateur Peter Shurman croit lui aussi que les Franco-Ontariens ont droit à beaucoup plus qu'un simple rôle consultatif dans la planification des services de santé dans leur langue.